La société cotée Capital B, ex-The Blockchain Group, a confirmé le 7 septembre l’acquisition de 376 bitcoins supplémentaires pour 25,3 millions d’euros. Une opération qui porte à 3 521 BTC sa réserve totale et confirme l’existence, sur la place de Paris, d’un acteur singulier : le seul émetteur français à avoir bâti sa stratégie financière autour de l’accumulation de bitcoin en trésorerie. Une ambition qui, comparée à celle du pionnier américain du secteur, mesure aussi l’ampleur du chemin qu’il reste à parcourir pour toute alternative européenne.
Une nouvelle salve d’achats, financée par capital privé
Selon le communiqué diffusé via Actusnews Wire, Capital B a acquis ces 376 BTC pour un montant de 25,3 millions d’euros, soit un prix unitaire d’environ 67 000 euros pour cette tranche. L’opération porte le total détenu par le groupe à 3 521 bitcoins, acquis pour un montant cumulé de 309,4 millions d’euros, soit un coût moyen d’acquisition de 87 878 euros par unité. L’entreprise revendique un « BTC Yield » — un indicateur propre à ce type de véhicules, qui mesure la progression de la quantité de bitcoin détenue par action — de 2,17 % depuis le début de l’année, pour un gain net de 61,3 BTC sur la période.
Le financement de cette dernière acquisition combine deux mécanismes : une émission d’actions via un contrat de type « At-The-Market » conclu avec le gérant d’actifs français TOBAM, pour 1,44 million d’euros, et un placement privé de 28,7 millions d’euros associant actions nouvelles et bons de souscription. Parmi les souscripteurs figure de nouveau Adam Back, cryptographe et directeur général de Blockstream, dont l’apport de 7,6 millions d’euros porte sa participation personnelle à 17,64 % du capital ; le véhicule Blockstream Capital Partners détient de son côté 18,77 % (31,70 % en cas de dilution complète), tandis que TOBAM conserve 3,16 %.
Un « Bitcoin Treasury Company » à la française
Cotée sur Euronext Paris sous le code ALCPB, Capital B s’est repositionnée depuis novembre 2024 comme la première société française à revendiquer le statut de « Bitcoin Treasury Company », sur le modèle défriché aux États-Unis par Strategy (l’ex-MicroStrategy de Michael Saylor). Le principe : utiliser la structure d’une société cotée — ici issue de l’ancienne The Blockchain Group, elle-même adossée à deux filiales de conseil technologique, iOrga et Trimane — comme véhicule d’accumulation de bitcoin, financé par des levées de capital successives plutôt que par les revenus d’exploitation. La direction opérationnelle est assurée par Jean-Philippe Casadepax-Soulet (directeur général), Alexandre Laizet (directeur général délégué) et Simon Elbaz (directeur financier).
L’accessibilité du titre pour l’épargnant français constitue un argument distinctif de ce montage : contrairement aux actions de Strategy, cotées à New York et donc hors du champ des enveloppes fiscales françaises, celles de Capital B sont éligibles au PEA et au PEA-PME. Un particulier peut ainsi loger une exposition au bitcoin, via un titre coté à Paris, dans une enveloppe d’épargne actions classique — une option qu’aucun émetteur américain ne peut, par construction, lui offrir.
Un poids encore marginal face aux États-Unis
L’exercice de comparaison relativise cependant la portée de l’opération. Selon les données compilées par BitcoinTreasuries.net, Strategy détenait, à la même période, de l’ordre de 845 000 bitcoins pour un investissement cumulé avoisinant 63 milliards de dollars — soit environ 240 fois la réserve de Capital B. À l’échelle européenne, la société française occupe la 25ᵉ place mondiale du classement des sociétés cotées par avoirs en bitcoin, tout juste devant la suédoise H100 Group (3 506 BTC) et derrière l’allemande Bitcoin Group SE (3 605 BTC) : un peloton de poursuivants européens de taille comparable, très loin derrière le leader américain.
Cet écart illustre un enjeu plus large pour la place financière française et européenne : à mesure que le bitcoin s’installe, aux États-Unis, dans les discussions sur les réserves stratégiques d’entreprises et d’États, l’Europe dispose de très peu de véhicules cotés capables de canaliser une épargne domestique vers cette classe d’actifs sans passer par des émetteurs ou des ETF étrangers. Capital B, à son échelle réduite, occupe cette niche naissante.
L’exercice reste risqué et concentré : la stratégie expose l’actionnaire à la volatilité intégrale du bitcoin, la dilution est récurrente au fil des augmentations de capital successives, et la conservation des actifs est confiée à l’établissement suisse Taurus, hors de la sphère bancaire française. La trajectoire de Capital B mérite, à ce titre, d’être suivie dans la durée plutôt que jugée sur une seule opération — mais elle signale, dès à présent, l’émergence d’un terrain de compétition financière où la France ne veut pas laisser le champ entièrement libre aux acteurs américains.


