Près de 25 000 expulsions locatives ont eu lieu en France en 2025, touchant plus de 50 000 personnes, selon la Fondation pour le Logement. À la veille de la trêve hivernale, entrée en vigueur dimanche 1er novembre, l’ex-Fondation Abbé Pierre publie une note sur les conséquences des expulsions sur la santé. Explications.
La trêve hivernale a débuté dimanche 1er novembre et suspend jusqu’au 31 mars la plupart des expulsions de locataires. Quelques jours plus tôt, mardi 27 octobre, la Fondation pour le Logement des Défavorisés, anciennement Fondation Abbé Pierre, a dressé un bilan sévère : « En 2025 près de 25 000 expulsions ont eu lieu, touchant plus de 50 000 personnes, soit l’équivalent d’une ville comme celle de Arles », apprend-on dans son communiqué.
Le nombre d’expulsions est « en hausse de 60 % en 10 ans », précise le communiqué, qui pointe une augmentation inédite depuis l’application de la loi dite Kasbarian de 2023, texte qui vise à accélérer les procédures. Selon MoneyVox, avec l’AFP, le chiffre de 2025 est stable par rapport à 2024.
Christophe Robert : « vous pouvez être expulsé parce que vous êtes tombé gravement malade »
Le délégué général de la Fondation pour le Logement, Christophe Robert, ne mâche pas ses mots. « En France, en 2026, vous pouvez être expulsé parce que vous êtes tombé gravement malade. Une réalité insupportable qui concerne un nombre croissant de personnes, dont certaines qui devraient être relogées dans le cadre du Dalo », déclare-t-il dans le communiqué.
Il fustige aussi l’action publique : « L’État est loin de respecter ses obligations en matière de droit au logement et à l’hébergement et refuse de prendre des mesures fortes pour prévenir les expulsions, pour endiguer la crise du logement et réduire la pauvreté. »
Dettes locatives : la santé, deuxième cause à Paris
La note s’appuie sur plusieurs données de terrain. Selon le bilan 2026 de la plateforme Allô Prévention Expulsion, la part des problèmes de santé dans la constitution des impayés de loyer atteint 34 % pour l’année 2026, contre 24 % en moyenne depuis 2009.
Par ailleurs, une étude réalisée en 2025 par la Commission de coordination des actions de prévention des expulsions (Ccapex) de Paris montre que 62 % des situations étudiées concernaient des personnes présentant un problème de santé. Pour 29 % des ménages concernés, la maladie était à l’origine de la procédure ; pour 19 %, l’expulsion est apparue comme le facteur déclencheur de la maladie.
De son côté, l’Espace Solidarité Habitat, le centre d’accès aux droits de la Fondation à Paris, classe les difficultés de santé comme la deuxième cause de dette locative chez les ménages qu’il accompagne en 2025, soit 22 %, à égalité avec la perte d’emploi. La précarité de l’emploi reste la première.
Quant à l’après-expulsion, la Fondation reprend une étude qu’elle a lancée en 2022 : un tiers des personnes expulsées perdent leur emploi du fait de l’expulsion, 43 % des enfants voient leur scolarité affectée et, un à trois ans plus tard, plus d’un tiers des personnes n’a pas retrouvé de logement. Plus de 70 % gardent des séquelles physiques ou psychologiques, ou subissent une rupture de soins.
Un plan national de prévention et des logements sociaux
Le réseau associatif de la Fondation constate en outre que les expulsions sont de moins en moins suivies de solutions d’hébergement, même temporaire. D’où sa demande : « la mise en œuvre d’un nouveau plan national de prévention des expulsions et la production massive de logements sociaux », précise le communiqué.
Le dossier des impayés, que Refrance suit aussi sous l’angle des retards de loyer observés chez les bailleurs, prend ici une dimension sanitaire.
Trêve depuis 1956, procédures maintenues
Inscrite dans la loi depuis 1956, la trêve couvre les cinq mois traditionnellement les plus froids de l’année, rappelle MoneyVox. Elle protège aussi la fourniture d’électricité et de gaz, que les fournisseurs ne peuvent interrompre pendant cette période. Les propriétaires peuvent toutefois engager ou poursuivre une procédure judiciaire jusqu’au 31 mars.
Rendez-vous le 31 mars 2027, à la fin de la trêve.

