Plateformes extra-européennes : Shein perd 42 % de fréquentation, la facture des petits colis grimpe à 5 euros

Image d'illustration

Table des matières

Un an après l’affaire des produits illicites vendus sur Shein, Bercy a dressé vendredi 30 octobre le bilan de sa riposte contre les plateformes de commerce en ligne extra-européennes. Depuis dimanche 1er novembre, 2 euros de frais de traitement s’ajoutent au droit de douane européen de 3 euros. Explications.

Le Gouvernement revendique des résultats. Serge Papin, ministre des Petites et Moyennes entreprises, du Commerce, de l’Artisanat, du Tourisme et du Pouvoir d’achat, et David Amiel, ministre de l’Action et des Comptes publics, ont présenté vendredi 30 octobre le bilan d’un an de lutte contre « les dérives des plateformes extra-européennes de commerce en ligne », apprend-on dans un communiqué du ministère de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique.

Le point de départ remonte au 1er novembre 2025 : la découverte, sur Shein, de poupées à caractère pédopornographique et d’armes mises en vente. Depuis, l’exécutif dit avoir agi sur trois fronts : la taxation des petits colis, le contrôle des produits dangereux et la lutte contre l’ultra-fast fashion.

Shein, Temu, AliExpress : une fréquentation en net recul

Premier indicateur mis en avant : selon Médiamétrie//NetRatings pour la Fédération du e-commerce et de la vente à distance (Fevad), la fréquentation des principales plateformes a reculé sur un an de 42 % pour Shein, 36 % pour Temu et 10 % pour AliExpress. En septembre, d’après l’application Joko, les ventes en valeur sur ces sites ont diminué de 25 % en moyenne.

Le communiqué relève également que la valorisation de Shein est passée de 100 milliards d’euros en 2022 à 27 milliards en septembre 2026. « Ces chiffres montrent que les choix fiscaux et réglementaires peuvent modifier le fonctionnement de ce marché », estime Bercy.

De 2 euros à Paris à 5 euros par catégorie dans les 27

Sur le front fiscal, la France avait instauré le 1er mars 2026 une taxe nationale de 2 euros sur les petits colis. Certains opérateurs l’ont contournée en déplaçant leur dédouanement vers d’autres États membres. Le relais européen est venu le 1er juillet, avec un droit de douane forfaitaire de 3 euros par catégorie d’articles. Selon le ministère, les flux de dédouanement en France ont alors augmenté de 241 % entre juin et août 2026.

Depuis le 1er novembre, des frais de traitement de 2 euros s’y ajoutent, soit 5 euros par catégorie d’articles. Bercy donne un exemple : un colis de deux tee-shirts à 5 euros et de deux jouets à 4 euros supportera 10 euros de frais pour un panier de 18 euros.

Ces 2 euros ne sont pas une taxe française, précise MacGeneration : ils constituent une ressource propre de l’Union européenne, s’appliquent sans seuil de valeur, y compris au-delà de 150 euros, et sont dus par le déclarant en douane, généralement la plateforme ou le vendeur. Le site souligne que le pays d’entrée ne change plus rien : « Faire atterrir un avion à Liège plutôt qu’à Roissy ne permet donc plus d’échapper à ces prélèvements ». Le montant sera réévalué tous les deux ans, ajoute Génération NT.

Les volumes en jeu restent considérables. En 2025, 6 milliards d’articles issus du commerce électronique ont été importés en Europe, trois fois plus qu’en 2022, selon le communiqué. Ce dossier s’inscrit dans la continuité des droits de douane européens sur les petits colis visant les plateformes chinoises, entrés en vigueur le 1er juillet.

26 637 colis contrôlés, 69 % de non-conformité

Le volet sécurité des produits livre des chiffres plus sévères. Entre le 23 mars et le 23 mai 2026, une opération nationale de la Douane a porté sur 26 637 colis : 69 % des produits contrôlés étaient non conformes. De son côté, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a analysé près de 600 produits, dont 75 % se sont révélés non conformes et 46 % dangereux.

Les sanctions infligées par la France et l’Union européenne aux principales plateformes, Shein, Temu et AliExpress, dépassent selon Bercy 1 milliard d’euros sur un an. Les contrôles sont coordonnés par VigE-commerce, une cellule interministérielle.

David Amiel salue « l’engagement exemplaire de la douane, bras armé et vigie de Bercy dans cette lutte ». Le ministre reste prudent : « Nous serons vigilants aux effets de la mise en œuvre de ces frais de traitement et aux nouvelles tentatives de contournement qui pourraient avoir lieu, pour nous y adapter comme nous l’avons toujours fait. »

L’entrepôt polonais de Shein, angle mort des frais douaniers

Le contournement n’a pas disparu pour autant. Shein a investi dans un vaste entrepôt près de Wrocław, en Pologne, rappelle MacGeneration : expédiées depuis le territoire européen, ces commandes échappent au droit forfaitaire de 3 euros comme aux nouveaux frais de traitement. Le site rapporte aussi qu’en juillet, Temu avait choisi d’afficher directement 3,60 euros de frais dans le panier de ses clients français, soit les 3 euros de droits de douane plus la TVA.

Malus ultra-fast fashion : de 50 centimes à 12 euros par article

Troisième front, la mode ultra-éphémère. Promulguée le 8 juillet 2026, la loi prévoit un malus entré en vigueur le 1er septembre, de 50 centimes pour des chaussettes à 12 euros pour une veste. À compter du 1er janvier 2027, la publicité dans les médias en faveur des articles et des marques relevant de la mode ultra-express sera interdite.

« Ces plateformes sont de faux apôtres du pouvoir d’achat. Elles affichent des prix bas, mais à quel prix ? », fustige Serge Papin, qui prévient : « Tant que nous serons là, ce combat continuera. »

Et si vous receviez notre newsletter mensuelle ?

    Plus d'articles

    Abonnez-vous à notre newsletter

    Une sélection d'articles, dans votre boîte mail. Rien d'autre, promis.

    Vous vous êtes abonné à la newsletter avec succès

    Une erreur est survenue lors de l'envoi de votre requête. Veuillez réessayer.

    Refrance : Revue Economique de France utilisera les informations que vous fournissez sur ce formulaire pour rester en contact avec vous et vous proposer des mises à jour et du marketing.