AIE : pas de normalisation du marché pétrolier en 2027, le diesel en première ligne

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Le directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), Fatih Birol, ne voit « aucune perspective crédible » d’un retour à la normale du marché pétrolier l’an prochain, a-t-il déclaré mardi 20 octobre à Londres. Le rapport mensuel de l’agence, publié le 14 octobre, documente un déficit de gazole qui ne se résorbera pas avant 2027. Explications.

Fatih Birol à Londres : « aucune perspective crédible » pour 2027

Mardi 20 octobre, à l’occasion d’un sommet sur la transition énergétique organisé par le Financial Times à Londres, Fatih Birol, directeur exécutif de l’AIE, a estimé ne voir « aucune perspective crédible que 2027 soit une année de normalisation », rapporte Europe 1, avec l’AFP. Interrogé sur d’éventuelles nouvelles actions de l’agence, il a dit « ne pas exclure » que les gouvernements recourent à d’autres stocks stratégiques en cas d’aggravation des difficultés d’approvisionnement.

Les 400 millions de barils décidés en mars représentent, selon lui, une réponse limitée au regard des réserves. « Ça ne représente que 20 % du pétrole que nous avons. Les 80 % restants sont encore en réserve », a-t-il répondu, selon Europe 1. L’AIE, qui rassemble 32 pays membres, avait annoncé en mars déstocker 400 millions de barils, soit environ 20 % des plus de 1,8 milliard de barils détenus par les États ou par l’industrie sur obligation gouvernementale.

509 millions de barils en moins depuis la fin février

Dans son rapport d’octobre, l’AIE chiffre à 509 millions de barils le recul des stocks mondiaux observés par rapport à fin février, avant la guerre en Iran. Les stocks à terre ont reculé de 113 millions de barils en septembre et se situent à leurs plus bas niveaux depuis au moins 2016, précise l’agence. Seule la hausse du pétrole en transit sur l’eau limite la baisse nette à 10 millions de barils sur le mois.

La demande mondiale doit reculer de 2,6 millions de barils par jour (mb/d) en 2026, à 102,4 mb/d, et de 2,5 mb/d au quatrième trimestre. L’offre, elle, a progressé de 2,5 mb/d en septembre pour atteindre 102,3 mb/d, portée par les producteurs du Golfe. Les exportations de brut du Golfe ont gagné 4,4 mb/d, à 13,9 mb/d, soit plus de 75 % des niveaux d’avant-guerre. Les flux totaux par le détroit d’Ormuz atteignent 10,9 mb/d, en hausse de 3,7 mb/d, et les exportations par l’oléoduc Est-Ouest saoudien 5,6 mb/d.

Ce rebond reste fragile. L’AIE rappelle que le bombardement de cet oléoduc, le 11 septembre, a alimenté la flambée des prix : le Dated de mer du Nord a gagné 26,17 dollars le baril en un mois, à 116,89 dollars en septembre, et s’échangeait autour de 134 dollars au moment de la rédaction. Les produits raffinés du Moyen-Orient, à 1,9 mb/d, restent sous la moitié de leur niveau d’avant-guerre (4,7 mb/d). Les attaques houthies accrues en octobre ont conduit l’agence à laisser ses projections pour la fin 2026 largement inchangées.

Le gazole, 25 % de la chute de la demande et un déficit jusqu’en 2027

Le diesel concentre les tensions. Selon l’AIE, il représente 25 % de la baisse de la demande mondiale de pétrole attendue en 2026, du fait d’une disponibilité restreinte des produits et de prix en forte hausse. Les exportations mondiales de gazole ont reculé d’environ 700 000 barils par jour en septembre sur un an, une perte de 1,3 mb/d en provenance de la Russie et du Moyen-Orient n’étant que partiellement compensée. Les stocks de gazole de l’OCDE s’établissaient à 565 millions de barils en juillet, soit 5 % sous leur niveau d’avant le conflit.

Les prix de gros ont atteint des sommets d’environ 220 dollars le baril en Europe et aux États-Unis, d’après le rapport, qui note que les cracks européens du diesel sont revenus de 100 à près de 60 dollars le baril début octobre. Les marges de raffinage en Europe et en Asie, elles, ont été écrasées par des coûts de fret et de brut records, alors que les marges américaines atteignent de nouveaux sommets.

Pour 2027, l’AIE prévoit un retour du marché du gazole à l’excédent au premier trimestre, mais juge qu’il sera insuffisant pour compenser le déficit accumulé en 2026. Elle écrit que l’offre de gazole ne couvre pas la demande au quatrième trimestre, « suggérant que la reconstitution des stocks perdus, hors fluctuations saisonnières normales, est improbable avant le second semestre 2027 » (traduit de l’anglais). Une éventuelle amélioration reste, selon le rapport, tributaire d’un redressement de l’offre de produits du Moyen-Orient.

Les 100 millions de barils restants et les 10 millions de gazole français

Les États membres accélèrent la libération de leurs stocks. Mi-octobre, environ 330 millions des 400 millions de barils annoncés avaient été mis sur le marché, selon l’AIE citée par Europe 1, et « quelque 100 millions de barils restants » doivent l’être en priorisant le gazole. Le rapport rappelle que les dirigeants du G7 se sont engagés, le 2 octobre, à accélérer la livraison de ces volumes, « avec la priorité sur la libération rapide de diesel » (traduit de l’anglais).

En France, le gouvernement a annoncé la mise sur le marché de 10 millions de barils de gazole sur trois mois à partir de novembre, dans le but de faire baisser les prix à la pompe. Cette décision s’inscrit dans le [LIEN INTERNE À COMPLÉTER : article refrance.fr sur le diesel et les stocks stratégiques de pétrole] des dernières semaines.

Pour sa part, Fatih Birol a aussi déploré mardi une « perte d’importance du changement climatique dans l’agenda politique internationale » alors que la COP 31 s’ouvre en novembre.

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