Le communiqué diffusé le 24 septembre 2026 formalise l’intégration du drone intercepteur AXS-µ1, conçu par Aerix Systems, au sein du système antidrone TARGAS DSP10 développé par KNDS France. Cette coopération, engagée plus d’un an avant d’être officialisée à l’occasion du salon Eurosatory en juin dernier, associe la capacité industrielle et l’architecture de mission de KNDS, premier groupe terrestre européen né du rapprochement entre Nexter et l’allemand KMW, à l’expertise en robotique aérienne d’une jeune pousse fondée en 2020 à Mérignac, en Gironde.
Pour KNDS, ce partenariat illustre une stratégie assumée de filtrage plutôt que de développement en interne de chaque brique technologique. Le groupe l’a résumé sobrement : «il y a beaucoup de solutions techniques et opérationnelles, à nous de trier». Aerix Systems, de son côté, a déjà levé 5 millions d’euros en mars 2026 et ouvert un second site à Saint-Jean-d’Illac en avril, signe d’une montée en puissance industrielle anticipée.
Le DSP10, un système de drones intercepteurs pensé pour neutraliser les menaces low-cost
Le module DSP10 combine le système de guerre électronique Raptor 2, conçu par Nuance Technologie, avec le drone intercepteur cinétique AXS-µ1. Ce dernier se distingue par une propulsion omnidirectionnelle à quatre moteurs indépendants qui lui permet de manœuvrer sans incliner sa cellule, une intelligence artificielle embarquée assurant la correction de trajectoire en phase finale d’interception, et une vitesse annoncée de 200 km/h. Dépourvu de charge militaire, l’engin vise une neutralisation par impact direct, selon le principe dit hit-to-kill, spécifiquement calibrée contre les drones FPV (pilotés en immersion) qui se sont multipliés sur les théâtres de conflit récents.
Deux campagnes d’essais, menées à Montlhéry puis dans la région bordelaise, ont validé le comportement du système par vent latéral atteignant 45 km/h, y compris depuis un véhicule blindé de type VBCI. Des essais complémentaires avec le Battle Lab de lutte antidrone (LAD) sont programmés ce mois-ci. KNDS envisage d’équiper chaque kit véhicule de six à sept unités DSP10, dans le cadre plus large de son écosystème TARGAS, qui regroupe également le système Serval TARGAS 30, le RapidFire coproduit avec Thales, ou encore le missile Mistral 3 de MBDA.
Une industrialisation des drones intercepteurs programmée pour 2027, face à une demande européenne pressante
La production en série de l’AXS-µ1 est annoncée pour 2027, à l’issue d’une phase de maturation du produit. Selon des informations reprises par la presse spécialisée, Aerix Systems viserait un rythme de fabrication de l’ordre de 1 000 unités mensuelles, un objectif que les deux entreprises n’ont pas officiellement confirmé. La start-up a par ailleurs été retenue dans la cohorte 2026 de l’accélérateur DIANA de l’OTAN, dédié aux technologies à double usage, et son intercepteur a été testé lors de l’exercice Bold Machina 2026.
La demande européenne pour ce type de solution s’annonce soutenue : la Belgique conduit actuellement un appel d’offres doté de 1,1 milliard d’euros pour un système de lutte antidrone, avec une exigence de maîtrise locale du code source de commandement, tandis que le concurrent SkyWarden de MBDA dispute le même marché. En France, la loi de programmation militaire révisée prévoit la livraison d’un socle minimal de 36 unités Serval LAD/TARGAS 30 d’ici 2030, pour un total de 60 en 2035, mais les crédits spécifiquement fléchés vers la lutte antidrone restent limités, de l’ordre de 350 millions d’euros engagés depuis 2024 et 170 millions supplémentaires votés dans la révision de la loi de programmation.
La souveraineté des drones intercepteurs, un enjeu stratégique face à la saturation de l’espace aérien européen
Cette alliance s’inscrit dans un contexte où la France a déjà bâti, en cinq ans, une flotte de près de 5 000 drones militaires et une filière revendiquée comme souveraine. Elle prolonge une dynamique où le groupe KNDS multiplie les partenariats avec des acteurs français et européens, qu’il s’agisse de munitions en Pologne ou, plus directement comparable, de la sélection par la DGA de la start-up Novacium comme fournisseur de batteries pour les drones intercepteurs d’Alta Ares.
L’enjeu dépasse la seule performance technique. Les incursions répétées de drones dans l’espace aérien de plusieurs pays membres de l’Union européenne et de l’OTAN, y compris au-dessus d’infrastructures sensibles, ont mis en évidence la vulnérabilité du continent face à des menaces aériennes à bas coût, difficiles à détecter et à neutraliser avec des moyens de défense antiaérienne classiques, coûteux et conçus pour d’autres cibles. En misant sur un couple industriel purement national, associant un grand groupe francoallemand et une start-up française encore jeune, KNDS et Aerix Systems affichent une ambition de souveraineté technologique qui devra toutefois composer avec des budgets nationaux contraints et une concurrence internationale déjà bien installée sur ce segment en forte croissance.


