Delos lève 10 millions d’euros pour exporter ses « employés IA » made in France aux États-Unis

Image d'illustration

Table des matières

La startup parisienne Delos vient de boucler un tour de table de 10 millions d’euros en série A auprès de Bpifrance, C4 Ventures et Founders Future, afin d’accélérer le déploiement de ses collaborateurs virtuels autonomes, en France comme sur le marché américain. Une levée qui illustre à la fois la vitalité de la French Tech dans l’intelligence artificielle appliquée à l’entreprise et la question, récurrente pour les champions tricolores, de la maîtrise économique de leur croissance internationale.

Des « Workers » IA plutôt que de simples assistants

Fondée il y a trois ans par les frères Pierre et Thibault de la Grand’rive, Delos développe des agents d’intelligence artificielle baptisés « Workers ». À la différence des chatbots ou copilotes classiques, ces employés numériques disposent d’une identité professionnelle complète : nom, fonction, adresse email dédiée, numéro de téléphone, ordinateur dans le cloud et mémoire de long terme. Ils sont conçus pour prendre en charge des processus métier de bout en bout, prospection commerciale, suivi client, gestion de la relation via CRM, appels sortants ou tâches de back-office, sans supervision humaine constante.

Ce positionnement, entre l’automatisation de processus et le recrutement d’un collaborateur à part entière, a permis à l’entreprise de passer rapidement à l’échelle. Delos revendique aujourd’hui plus de 300 entreprises clientes et environ 2 000 Workers déployés en production continue, pour une équipe interne de 40 salariés, complétée par une trentaine d’employés IA internes utilisés pour ses propres opérations. Parmi ses références figurent TotalEnergies, Meilleurtaux, Icade ou Cuisines Schmidt, preuve que le concept convainc aussi bien de grands groupes que des acteurs de taille intermédiaire.

Une trajectoire de croissance qui justifie l’accélération

Le rythme de développement affiché explique l’intérêt des investisseurs. Selon les chiffres communiqués par l’entreprise, les revenus récurrents sont passés de 2,5 à 5 millions d’euros en un seul trimestre, un doublement en si peu de temps qui reste rare, même dans l’univers très concurrentiel de l’IA générative appliquée à l’entreprise. Ce nouveau tour de 10 millions d’euros succède à une première levée de 2,5 millions d’euros bouclée en avril 2025 sous la conduite du fonds britannique 20VC, ce qui porte le financement cumulé de la jeune entreprise à 12,5 millions d’euros en un peu plus d’un an.

L’objectif affiché pour la fin de l’année 2026 est d’atteindre 10 millions d’euros de revenus récurrents annuels. Les fonds levés doivent servir à renforcer les équipes commerciales en France, à spécialiser davantage les Workers par métier et secteur d’activité, et surtout à financer l’expansion aux États-Unis, où deux premiers contrats ont déjà été signés auprès de références du secteur technologique durant l’été. Pierre de la Grand’rive, cofondateur et dirigeant de Delos, résume l’ambition de l’entreprise en affirmant que, d’ici trois ans, disposer de collaborateurs numériques sera devenu une évidence pour la majorité des organisations.

Le marché américain, débouché naturel et point de vigilance

L’arrivée de Delos sur le sol américain s’inscrit dans une tendance de fond : les startups françaises d’IA appliquée à l’entreprise cherchent de plus en plus tôt à valider leur modèle sur le marché nord-américain, plus vaste et souvent plus rapide à adopter de nouveaux outils logiciels. Pour Delos, réussir cette conquête serait un signal positif pour l’écosystème français, à l’heure où la comparaison avec les géants américains de l’agent IA autonome reste inévitable.

C’est aussi là que se niche l’enjeu de souveraineté économique. Le tour de table associe des investisseurs français, Bpifrance en tête, à des fonds internationaux comme C4 Ventures et, dès l’amorçage, le britannique 20VC. Ce schéma de financement mixte, courant pour les jeunes pousses technologiques les plus prometteuses, pose la question habituelle de la répartition de la valeur à long terme : si Delos réussit sa percée américaine, l’entreprise restera-t-elle pilotée depuis Paris, ou la logique de proximité avec ses clients et investisseurs nord-américains l’incitera-t-elle, comme d’autres avant elle, à déplacer progressivement son centre de gravité ? La présence de Bpifrance au capital, bras armé de l’État pour l’investissement dans les entreprises stratégiques, constitue à ce stade un point d’ancrage tricolore, mais ne garantit pas à elle seule que les emplois, la propriété intellectuelle et les futurs tours de financement resteront majoritairement français.

Un signal pour la filière IA d’entreprise française

Au-delà du cas Delos, cette levée confirme que la France dispose d’une filière active sur le segment des agents IA autonomes destinés à l’entreprise, aux côtés d’acteurs plus connus comme Mistral AI sur les modèles de fondation. La capacité de ces jeunes entreprises à exporter leur savoir-faire, plutôt que de se contenter d’un marché domestique, sera déterminante pour mesurer si l’écosystème français parvient à transformer ses succès technologiques en champions économiques durables, capitalisation et centres de décision compris.

Et si vous receviez notre newsletter mensuelle ?

    Plus d'articles

    Abonnez-vous à notre newsletter

    Une sélection d'articles, dans votre boîte mail. Rien d'autre, promis.

    Vous vous êtes abonné à la newsletter avec succès

    Une erreur est survenue lors de l'envoi de votre requête. Veuillez réessayer.

    Refrance : Revue Economique de France utilisera les informations que vous fournissez sur ce formulaire pour rester en contact avec vous et vous proposer des mises à jour et du marketing.