Mardi 3 novembre, à l’occasion de la European Defence Week à Paris, Bpifrance et la Commission européenne ont dévoilé un partenariat en préparation dans le cadre de l’Ukraine Investment Framework : 150 millions d’euros de garanties européennes, 13 millions d’euros de subventions et plus de 480 millions d’euros d’interventions financières sur trois ans. Explications.
Les deux institutions « franchissent une nouvelle étape » dans la coopération économique et industrielle entre la France et l’Ukraine dans les secteurs liés à la défense, apprend-on dans un communiqué de Bpifrance daté du mardi 3 novembre 2026. La European Defence Week se tient à Paris du 2 au 6 novembre.
Le dispositif n’est pas encore signé. Le communiqué parle d’un partenariat « envisagé » et précise que sa conclusion juridique définitive reste soumise à l’achèvement de la consultation interservices de la Commission européenne et à la finalisation de la documentation contractuelle.
150 millions de garanties européennes pour trois métiers de Bpifrance
Sur le papier, la mécanique tient en deux chiffres. L’Union européenne apporterait 150 millions d’euros de garanties et 13 millions d’euros de subventions. En contrepartie, Bpifrance pourrait déployer plus de 480 millions d’euros d’interventions financières sur trois ans, soit un peu plus de trois fois le montant des garanties.
La garantie européenne permettrait à la banque publique de renforcer ses dispositifs de financement, d’assurance et d’investissement en capital. Ils sont opérés par Bpifrance et par deux de ses filiales, Bpifrance Assurance Export et Bpifrance Investissement.
Les entreprises françaises seraient les premières bénéficiaires. Le communiqué cite le financement des investissements d’entreprises ukrainiennes dans des biens et équipements fournis par des industriels français, l’implantation d’entreprises françaises sur le marché ukrainien et la mise en place de partenariats avec des entreprises locales. En réduisant les risques de ces opérations et en améliorant les conditions de financement, le dispositif vise à ouvrir de nouvelles perspectives de croissance aux sociétés françaises, « tout en contribuant au développement et à la modernisation de l’économie ukrainienne ».
Drones, guerre électronique, spatial : les technologies à double usage visées
Le programme cible les secteurs stratégiques de l’économie ukrainienne, avec une attention particulière pour les technologies avancées à double usage, civil et militaire. La liste est précise : drones aériens, terrestres et maritimes, systèmes de protection électronique, technologies spatiales, communications, navigation et composants critiques.
Le périmètre déborde toutefois la seule défense. Il couvre aussi l’énergie, le numérique et les équipements industriels, avec l’objectif de soutenir des projets à forte valeur ajoutée technologique et de favoriser les coopérations entre industriels français et ukrainiens.
Du côté français, la ministre déléguée auprès de la ministre des Armées et des Anciens combattants, Alice Rufo, y voit « un enjeu stratégique ». Selon elle, ce programme « permettra à nos entreprises de contribuer au développement des capacités industrielles ukrainiennes, tout en favorisant des partenariats technologiques dans des secteurs essentiels ».
Trente partenariats avec des start-up ukrainiennes via EuroQuity
Au-delà de la finance, le projet prévoit un accompagnement non financier. L’équipe EuroQuity, la plateforme internationale de mise en relation de Bpifrance, doit faciliter l’identification de partenaires, les mises en relation et le développement de projets communs. L’objectif affiché est de faire émerger 30 partenariats en trois ans entre entreprises françaises et start-up de l’écosystème ukrainien de la défense et des technologies duales.
Pour la commissaire européenne à l’élargissement, Marta Kos, l’enjeu dépasse la seule industrie : « En défendant leur liberté, les Ukrainiens ont fait preuve d’une créativité remarquable, façonnant l’avenir de la défense moderne. » Elle ajoute qu’en mettant en relation les innovateurs ukrainiens avec des entreprises européennes, « nous transformons leurs idées en investissements, en emplois et en une sécurité accrue pour toute l’Europe ».
Le directeur général de Bpifrance, Nicolas Dufourcq, présente le programme comme « un accélérateur du déploiement des solutions françaises dans des domaines clés du marché ukrainien et du développement des investissements sur place ». Il y voit aussi « une formidable opportunité pour les industriels et les investisseurs de nouer des partenariats durables avec les startups ukrainiennes, dont l’agilité transforme les modèles d’innovation, notamment dans le domaine de la défense ».
Après le fonds Bpifrance Défense, un nouvel étage pour la banque publique
L’annonce prolonge un mouvement engagé par la banque publique dans la défense. Moins d’un an après son lancement, le fonds Bpifrance Défense, ouvert aux épargnants, a collecté 150 millions d’euros, d’après un communiqué de Bpifrance du 30 septembre. Le nouveau projet change d’échelle et de terrain : il s’agit cette fois de garanties publiques européennes, mobilisées pour accompagner des entreprises à l’étranger.
Le communiqué ne donne ni calendrier de signature, ni liste d’entreprises, ni répartition des 480 millions d’euros entre financement, assurance et capital. Il ne précise pas non plus la part qui irait aux seules entreprises de défense.
La suite dépend de la Commission : le texte sera conclu une fois la consultation interservices achevée et les contrats finalisés. La European Defence Week se poursuit à Paris jusqu’au vendredi 6 novembre.

