Mercredi 4 novembre, le ministère des Armées et des Anciens combattants annonce que la Direction générale de l’armement (DGA) a retenu Chantiers de l’Atlantique et Abeilles International pour doter la Marine nationale d’une capacité de guerre des mines en haute mer. Explications.
Mercredi 4 novembre, le ministère des Armées et des Anciens combattants fait savoir, dans un communiqué daté de Paris, que la DGA commande une capacité hauturière de guerre des mines au profit de la Marine nationale. Le groupement formé par Chantiers de l’Atlantique et Abeilles International est désigné pour la déployer. Deux plateformes navales civiles baptisées « Protée » seront mises à la disposition de la Marine d’ici 2028.
Le communiqué précise que la ministre des Armées et des Anciens combattants, Catherine Vautrin, a validé en juillet 2026 une nouvelle étape du programme SLAM-F (Système de lutte anti-mines du futur). L’objectif est une capacité complète et autonome, opérationnelle en haute mer, associant navires, drones et centres de commandement déployés ensemble.
Deux navires « Protée » affrétés pour dix ans au plus
Pour répondre au besoin à court terme, la DGA a choisi d’affréter deux plateformes civiles auprès d’Abeilles International et de Chantiers de l’Atlantique. Selon le communiqué, la flotte sera composée de deux navires affrétés pour une durée maximale de dix ans, de classe 80 mètres environ et d’un déplacement de 4 000 tonnes.
L’équipage sera mixte. Un équipage civil français conduira le navire, tandis qu’un détachement de la flottille dronisée de lutte contre les mines de la Marine nationale armera les systèmes de guerre des mines. L’architecture modulaire repose sur des conteneurs interchangeables. Le communiqué avance un potentiel de 320 jours de mission par navire et une capacité d’alerte de 24 heures.
Un système de mise à l’eau pensé pour la mer force 5
Le dispositif de mise à l’eau et de récupération des drones est développé par Chantiers de l’Atlantique et NOVBLM. Il doit permettre d’opérer les drones SLAM-F jusqu’à l’état de mer 5, c’est-à-dire par mer agitée.
Les interfaces des modules sont standardisées. Le communiqué en énumère cinq : un module de commandement et de contrôle, un module de drones de surface avec deux USV (drones de surface) SLAM-F, un module de drones sous-marins avec deux AUV (drones sous-marins autonomes) de nouvelle génération, un module de neutralisation des mines et un module de plongeurs comprenant deux embarcations, une infirmerie et un caisson de recompression.
Les drones SLAM-F embarquent des sonars à antenne synthétique haute résolution en « 3D », un traitement en temps réel assisté par intelligence artificielle et des liaisons radio et satellite cybersécurisées, ajoute le communiqué, qui présente le programme comme la preuve du leadership opérationnel et technologique de la France dans la détection et la neutralisation des mines marines.
SeaOwl et Naval Group battus au concours, selon Mer et Marine
Le communiqué ne dit rien des concurrents. Mer et Marine avait détaillé le dossier dès le 20 octobre. Selon le magazine, l’autre équipe en lice réunissait SeaOwl et Naval Group. Celle de Chantiers de l’Atlantique et des Abeilles l’a emporté.
Le même article apporte des précisions absentes du communiqué. Les deux navires seraient d’anciens navires de soutien offshore, à convertir lors d’un arrêt technique majeur, avec reconstruction du pont de travail et des emménagements. Chantiers de l’Atlantique conduit cette transformation. Le premier navire est attendu à l’été 2027 et le second à l’été 2028, sous les noms de Protée 1 et Protée 2.
Mer et Marine indique par ailleurs qu’Abeilles International est une filiale du groupe espagnol Boluda, qui arme déjà plusieurs navires de soutien de la Marine, et que le système de mise à l’eau a été conçu à partir de 2016 pour le concours belgo-néerlandais de chasseurs de mines, où Chantiers de l’Atlantique était allié à Thales.
Brest d’abord, des drones de Thales et d’Exail dans les modules
Toujours selon Mer et Marine, les deux navires seront basés à Brest, où le besoin est jugé le plus critique. Toulon ne convient pas dans un premier temps, car les fonds supérieurs à 300 mètres y sont proches de la côte, et les drones de surface peuvent en attendant opérer depuis la base varoise. Ces drones mesurent une douzaine de mètres et pèsent environ 20 tonnes. Livrés depuis la fin 2024, ils ne peuvent aujourd’hui être mis en œuvre que depuis la terre.
Côté sous-marin, huit drones autonomes de nouvelle génération ont été commandés fin 2024 à Thales et Exail, selon le magazine, pour des livraisons de 2028 à 2030. Ils doivent remplacer l’A27 d’Exail, livré à trois unités seulement, avec un sonar de Thales. Cette répartition prend un relief particulier alors que Thales renforce sa participation dans Exail, comme Refrance l’a raconté, une prise de contrôle partielle en 2027 puis complète en 2028 étant évoquée par Mer et Marine.
Les navires s’inscrivent dans une période de transition. Mer et Marine rappelle que la Marine dispose de huit chasseurs de mines tripartites, dont six seront retirés du service d’ici 2030, et que les futurs bâtiments bases de guerre des mines (BGDM) doivent être commandés en 2027 et 2028. Le programme de drones navals pilote par ailleurs d’autres rapprochements industriels, comme celui de KNDS et de SeaOwl annoncé mardi à Euronaval.
Prochaine échéance : le premier Protée doit entrer en service à l’été 2027, selon Mer et Marine.

