Wood Mackenzie : Aramco et ADNOC gagnent 35 milliards de dollars de cash-flow, QatarEnergy encaisse seul le choc d’Ormuz

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Le cabinet Wood Mackenzie estime, dans un communiqué publié mardi 3 novembre, que le contournement du détroit d’Ormuz a fait gagner environ 35 milliards de dollars de flux de trésorerie d’exploitation à Aramco et ADNOC, alors que QatarEnergy subit le coup le plus dur. Explications.

Le cabinet d’analyse Wood Mackenzie a publié mardi 3 novembre 2026, à 00h40 (heure de New York), un communiqué consacré à l’effet de la guerre au Moyen-Orient sur les trois grandes compagnies pétrolières nationales du Golfe : ADNOC (Émirats arabes unis), Saudi Aramco et QatarEnergy. Le texte, diffusé depuis Londres, Houston et Singapour, décrit trois groupes résistants mais éprouvés, aux marges de manœuvre très inégales.

35 milliards de dollars de cash-flow grâce aux contournements

Les routes de contournement, les transferts de navire à navire et la réouverture partielle du détroit d’Ormuz ont permis à Aramco et ADNOC d’augmenter leur flux de trésorerie d’exploitation cumulé d’environ 35 milliards de dollars, soit 25 %, par rapport aux estimations d’avant-guerre, précise le communiqué.

Wood Mackenzie tempère aussitôt ce bilan. La reprise reste fragile et les contournements comportent leurs propres risques, comme l’ont montré les attaques des Houthis contre l’oléoduc Est-Ouest et contre le trafic en mer Rouge. Les flux dans le détroit ne sont que partiellement rétablis, et la manne dépend de prix élevés. Le sujet n’est pas nouveau pour les lecteurs de Refrance : l’oléoduc saoudien de contournement d’Ormuz visé par des drones avait déjà posé la question de la vulnérabilité des alternatives.

QatarEnergy, North Field et ExxonMobil

C’est QatarEnergy qui a subi le coup le plus dur, selon le cabinet, au moment même où l’expansion du champ North Field devait porter sa capacité de liquéfaction de 77 à 142 millions de tonnes par an (mmtpa). Le groupe qatarien cumule des dommages durables sur ses installations, des pertes de production et une dépendance persistante au détroit.

Les coûts de réparation pourraient déclencher des prolongations de contrats avec les compagnies internationales, dont ExxonMobil, citée parmi les plus exposées. Le résultat reste incertain pour ces partenaires : il pourrait accroître leurs coûts à court terme tout en prolongeant leur participation. Côté exploration, pilier de la stratégie internationale de QatarEnergy, Wood Mackenzie lui suggère aussi d’envisager des acquisitions d’actifs en phase de développement, pour accélérer sa croissance de production et se doter de compétences techniques.

ADNOC vise 47 millions de tonnes de GNL d’ici 2035

ADNOC, qui mène la reprise selon le cabinet, est libérée des quotas de l’OPEP. Le groupe regarde au-delà de son objectif de 5 millions de barils par jour pour 2027, avec 6 millions évoqués pour le début des années 2030. Les espoirs reposent sur les hydrocarbures non conventionnels et sur des phases supplémentaires sur des concessions existantes.

Sa plateforme mondiale de GNL, constituée en juillet 2026, vise 47 mmtpa de GNL commercialisable d’ici 2035, ce qui la placerait parmi les cinq premiers acteurs mondiaux en capacité. Mener de front la croissance pétrolière, l’autosuffisance gazière et l’expansion internationale accroîtra vraisemblablement la dépendance d’ADNOC envers des partenaires stratégiques et une expertise technique, prévient Wood Mackenzie.

Aramco et la tentation d’ouvrir son gaz aux majors

Pour Saudi Aramco, l’expansion du gaz domestique, et d’éventuelles exportations de GNL, pourrait ouvrir pour la première fois une partie de son amont à des participations extérieures. Avec la montée en puissance du gaz non conventionnel, l’offre de gaz commercialisable est projetée à environ 180 milliards de mètres cubes par an au début des années 2030, contre une demande intérieure d’environ 130 milliards. Cet excédent pourrait soutenir d’importantes exportations de GNL.

Le cabinet évoque une entité gazière autonome, qui isolerait les investissements gaziers de l’activité pétrolière et servirait de nouveau véhicule de financement. Son capital pourrait être proposé à des compagnies internationales (IOC) ou nationales (NOC), facilitant des échanges de GNL, des contrats d’enlèvement et d’autres arrangements commerciaux.

« Le conflit a accru le nombre de priorités concurrentes auxquelles les compagnies pétrolières nationales du Moyen-Orient sont confrontées », déclare Neivan Boroujerdi, directeur de la recherche sur les entreprises chez Wood Mackenzie (traduit de l’anglais). Le dirigeant ajoute que le capital n’est pas la contrainte, et que l’accès à la technologie, aux marchés et aux capacités opérationnelles façonnera la phase suivante.

17 % de la production des majors d’ici 2030

Le communiqué rappelle que le Moyen-Orient pèse environ 15 % de la production des grandes compagnies internationales aujourd’hui, et 17 % en 2030. Le risque géopolitique élevé pourrait toutefois rendre certaines d’entre elles plus sélectives, et obliger les compagnies nationales à élargir leur cercle de partenaires à de nouveaux entrants.

Wood Mackenzie anticipe par ailleurs une concurrence accrue pour le GNL hors Ormuz et le gaz américain, après des accords d’avant-guerre conclus pour la plupart à un niveau égal ou supérieur à son scénario central de valeur actuelle nette. L’internationalisation, résume le cabinet, devient moins une affaire de croissance qu’une affaire de résilience par la diversification.

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