Les dirigeants du G7 ont annoncé vendredi 2 octobre une libération coordonnée de 100 millions de barils de pétrole et de produits dérivés, à répartir sur quatre mois, pour contenir la flambée des prix du diesel. Un accord arraché sur fond de menace américaine d’embargo à l’export. Explications.
Réunis en visioconférence vendredi 2 octobre, les dirigeants du G7 ont décidé, selon leur déclaration publiée par le Conseil de l’Union européenne, d’une libération coordonnée par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) de 100 millions de barils, « à démarrer immédiatement » sur quatre mois. Le texte prévoit qu’une part substantielle de diesel soit libérée dès les vingt premiers jours.
La déclaration traite aussi du raffinage, avec un volet de coordination, et d’un engagement à ne pas imposer de restrictions d’exportation sur les produits énergétiques entre pays du G7. Les dirigeants appellent les producteurs à éviter eux aussi de telles interdictions.
Ormuz et sanctions russes : la ligne géopolitique du texte
Sur le plan diplomatique, le G7 condamne les attaques de l’Iran contre ses voisins et réclame, selon la déclaration, la « restauration immédiate et complète des droits et principes de navigation dans le détroit d’Ormuz » (traduit de l’anglais). Quant à la Russie, les dirigeants indiquent maintenir les sanctions tout en travaillant avec l’AIE pour éviter des effets de débordement sur les marchés des carburants, du gaz et d’autres matières premières.
Washington et son embargo de 90 jours sur le diesel
Le communiqué ne dit rien des tensions qui ont précédé. Selon Euronews, l’administration Trump envisageait un embargo de 90 jours sur les exportations américaines de diesel, afin de contenir les prix intérieurs avant les élections de mi-mandat de novembre. Des diplomates européens ont décrit à la chaîne un ton américain rude, sans messages diplomatiques aimables.
Le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, a demandé aux partenaires européens d’accélérer la livraison de leurs engagements existants et de mettre immédiatement des volumes supplémentaires à disposition, rapporte Euronews. De son côté, le commissaire européen à l’énergie, Dan Jørgensen, a souligné que la discussion se tenait avec tous les membres de l’AIE, et pas seulement avec les États-Unis, pour déterminer le bon moment d’une libération. Pour sa part, l’Élysée a mis en avant un intérêt commun avec Washington à une action coordonnée sans restrictions d’exportation.
Macron, Trump et la Commission : une décision française de dernière minute
Dans un second article, Euronews précise que la Commission européenne a repoussé ce qu’elle a présenté comme des menaces américaines. Un entretien nocturne entre le président Emmanuel Macron, dont le pays détient la présidence du G7, et Donald Trump semble avoir pesé dans la décision française, ajoute le média.
Ainsi, l’engagement de ne pas restreindre les échanges d’énergie entre pays du groupe répond à la crainte européenne d’un embargo américain, sans toutefois la lever durablement.
325 millions de barils déjà sortis des stocks depuis le 11 mars
Les réserves d’urgence ne sont pas neuves dans cette crise. Euronews rappelle, dans une dépêche du samedi 3 octobre, que l’AIE a annoncé le 11 mars une action collective de 400 millions de barils, consécutive aux opérations militaires américaines et israéliennes contre l’Iran. Environ 325 millions de barils ont déjà été libérés, soit plus de 80 % de l’engagement initial, et 75 millions restent à venir.
Le média évalue le rythme de la nouvelle libération à environ 830 000 barils par jour si elle était répartie uniformément. Il souligne aussi un décalage de calendrier : libérer du brut ne produit pas immédiatement du diesel, car les raffineries doivent d’abord le traiter, et la capacité, la logistique et le type de brut conditionnent ce que les consommateurs trouveront à la pompe.
Détroit d’Ormuz et frappes sur les raffineries russes : le diesel pris en tenaille
Selon Euronews, les contraintes d’offre tiennent aux restrictions iraniennes sur le trafic dans le détroit d’Ormuz, après les actions militaires américano-israéliennes, et aux frappes ukrainiennes visant des raffineries russes. Le diesel subit ainsi deux contraintes à la fois.
La déclaration du G7 se conclut sur les prix payés par les ménages : les dirigeants y affirment que « les inquiétudes de nos citoyens concernant les prix de l’énergie demeurent une priorité absolue » et se disent « prêts à ajuster les mesures si nécessaire » (traduit de l’anglais). Les élections de mi-mandat américaines ont lieu en novembre.


