TotalEnergies annonce près de 10 milliards de dollars d’investissements en Argentine : un pari conditionné à la résilience

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Le patron du groupe a dévoilé ce projet à Paris, en présence du président argentin Javier Milei. Entre diversification des approvisionnements gaziers et exposition au risque pays, l’annonce éclaire la stratégie d’un champion énergétique français.

Le 1er octobre 2026, lors de la conférence « Argentina Week » organisée à Paris, Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, a annoncé que le groupe avait « près de 10 milliards de dollars d’investissements » devant lui en Argentine. L’annonce, faite en présence du président Javier Milei en visite en France pour séduire des investisseurs dans l’énergie, les mines et les infrastructures, relayée notamment par Reuters et l’AFP, s’inscrit dans une présence ancienne : TotalEnergies opère dans le pays depuis 1978.

Des projets gaziers et pétroliers répartis entre Neuquén et la Terre de Feu

Selon les informations rapportées par la presse, l’enveloppe se répartit entre plusieurs chantiers. Le plus lourd concerne le bloc San Roque, dans la formation de Vaca Muerta (province de Neuquén), pour environ 5 milliards de dollars, avec un développement orienté vers le pétrole. Un second volet, évalué à 1,5 milliard de dollars, porte sur le champ offshore d’Alberdi, au large de la Terre de Feu, un projet gazier marin dont les partenaires cités sont Harbour Energy (37,5 %) et Pan American Energy (25 %). Le détail des quelque 3,5 milliards restants n’était pas précisé à la date de publication des premières dépêches.

Le groupe vise à porter sa production de gaz à 16 millions de mètres cubes par jour. Il assure déjà environ un quart de la production gazière nationale argentine, notamment grâce à la plateforme offshore Fénix, mise en service en septembre 2024, et à ses opérations à Aguada Pichana, à Neuquén. TotalEnergies a par ailleurs déjà investi près de 6 milliards de dollars dans cette province au cours de la dernière décennie, et exploite trois parcs éoliens et une centrale solaire pour une capacité d’environ 300 MW.

Les sources divergent sur le calendrier. Une dépêche évoque 4 à 5 milliards de dollars attendus sur la prochaine décennie, tandis que d’autres articles ne mentionnent aucun horizon précis pour l’ensemble de l’enveloppe. Le chiffre de « près de 10 milliards » doit donc être lu comme une enveloppe d’intention et non comme un engagement financier ferme et daté.

Un investissement soumis à deux conditions

Patrick Pouyanné a lui-même fixé le cadre. Il a salué la politique du président Milei, en citant la possibilité de rapatrier les dividendes et les avantages du RIGI, le régime d’incitation aux grands investissements, qui offre aux projets importants une stabilité fiscale et réglementaire de long terme. « On peut investir en Argentine. Il faut de la résilience », a-t-il déclaré, selon la presse économique. Autrement dit, la décision d’investir reste suspendue à la stabilité du cadre argentin, un pays marqué par des épisodes répétés de contrôle des changes et d’inflation élevée.

Cette prudence rappelle que le risque pays est un paramètre central des décisions du groupe. Il faut aussi relever qu’en août 2025, TotalEnergies avait cédé ses participations dans deux blocs non conventionnels de Vaca Muerta, ce qui montre un portefeuille ajusté en continu plutôt qu’un engagement linéaire.

Pourquoi cela concerne la souveraineté économique française

L’enjeu pour la France est double. D’abord, TotalEnergies est l’un des rares groupes européens à disposer d’un portefeuille mondial de production gazière et de GNL à même de sécuriser des volumes pour le marché européen. Les capitaux déployés en Argentine, où Vaca Muerta représentait 72 % de la production pétrolière du pays en août et 62 % de sa production de gaz, contribuent à une diversification géographique des sources, à un moment où la sécurité d’approvisionnement reste un sujet de vigilance pour l’Europe. Les autorités argentines projettent d’ailleurs 50 milliards de dollars d’exportations énergétiques annuelles d’ici 2031.

Ensuite, cette annonce illustre un arbitrage de capital. Alors que la France discute de son propre budget et que le groupe maintient une politique de dividende généreuse, la décision d’orienter plusieurs milliards vers l’Amérique latine pose la question de la part des investissements du champion national qui bénéficie au territoire français. Le groupe a certes conclu en mars 2026 un accord de douze ans avec EDF pour couvrir environ 60 % des besoins en électricité, soit près de 400 MW, de ses sites de raffinage et de chimie en France à partir de 2028, mais l’essentiel de sa croissance de production se joue à l’étranger. À noter également que le groupe vise une croissance de sa production d’énergie de 4 % par an jusqu’en 2030, puis de 2 à 3 % entre 2030 et 2035 pour le pétrole et le gaz, selon les propos rapportés par Reuters.

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