Radars Ground Master : l’Irlande confie à Thales et à la DGA la surveillance de son ciel

Crédits photo : Thalès

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Un contrat d’État à État, conclu via la Direction générale de l’armement, offre à la filière française une référence rare auprès d’un pays traditionnellement neutre.

L’Irlande vient de franchir une étape décisive pour combler une lacune stratégique : l’absence de radar primaire militaire. Selon le communiqué de Thales relayé le 2 octobre 2026, le département irlandais de la Défense a signé avec la Direction générale de l’armement (DGA) française un accord portant sur quatre radars Ground Master 400 Alpha (GM400α) et un radar Ground Master 200 Multi-Mission All-in-one (GM200 MM/A). Les premières livraisons sont attendues en 2027. Pour la base industrielle et technologique de défense (BITD) française, c’est un succès d’exportation qui illustre la place de Thales dans la surveillance aérienne européenne.

Un contrat d’État à État via la DGA

Le montage retient l’attention. L’Irlande n’a pas lancé un appel d’offres classique : elle a signé un ordre d’acquisition avec le ministère français des Armées et la DGA, dans une logique dite « gouvernement à gouvernement ». Cette procédure place l’État français comme interlocuteur et garant de l’exécution, ce qui rassure un acheteur novice en matière de radars militaires de grande portée. La DGA joue ici un rôle de maître d’ouvrage délégué, un schéma que la France met régulièrement en avant à l’export pour ses grands équipements.

Le ministre irlandais de la Défense, Helen McEntee, avait confirmé en septembre la commande, après l’achèvement du dossier d’affaires final en juillet. Selon TheJournal.ie, le projet global est estimé entre 300 et 500 millions d’euros. Ce chiffre couvre un ensemble plus large que les seuls radars Thales : radar terrestre longue portée, systèmes sol-air incluant une capacité antidrone, et radars maritimes pour les navires de la marine irlandaise. Ni Thales ni la DGA n’ont communiqué la valeur propre du contrat des cinq radars.

Ce que livre Thales

Le GM400α est un radar de surveillance longue portée qui renouvelle sa détection toutes les six secondes et suit des cibles dans un environnement très encombré. Il tient dans un conteneur ISO de 20 pieds et peut être déployé rapidement. Le GM200 MM/A, plus compact, intègre radar, mât et groupe électrogène dans un seul abri. Il peut être transporté par camion et mis en service en 15 minutes, selon les informations publiées par Thales. Il détecte des cibles de basse à haute altitude.

Thales indique avoir vendu plus de 300 radars de la famille Ground Master dans plus de 40 pays. Martin Soegaard, directeur pays de Thales pour le Danemark, l’Irlande, l’Islande et les pays baltes, affirme que ces systèmes fourniront à l’Irlande sa « première image aérienne reconnue complète », au service de la « souveraineté » nationale. Eric Huber, vice-président radars de surface, insiste sur des solutions « modulaires, interopérables et rapidement déployables ».

Une lacune stratégique reconnue

Pour Dublin, l’enjeu dépasse l’équipement. La Commission sur les forces de défense avait identifié l’absence de radar primaire comme une priorité immédiate : sans lui, l’Irlande ne peut détecter que les aéronefs qui émettent volontairement leur position, ce qui laisse un angle mort sur les appareils non coopératifs. Les responsables irlandais évoquent une pleine capacité opérationnelle d’ici la fin 2028, avec un déploiement des sites encore en cours d’évaluation. La mobilité des radars permet de les repositionner si la situation sécuritaire évolue.

Le calendrier annoncé, avec une première livraison en 2027, est ambitieux. Il repose sur une famille de produits déjà éprouvée et sur le « programme de montée en cadence industrielle » que Thales met en avant. Les modalités précises de production et les sites concernés n’ont pas été détaillés dans les communiqués consultés.

Un enjeu de souveraineté pour la France aussi

Pour la France, l’intérêt est double. Sur le plan économique, chaque commande à l’export alimente la charge de travail de la filière radar, de ses sous-traitants et de ses emplois qualifiés, et contribue à amortir les coûts de développement pour les forces françaises. Sur le plan stratégique, ce contrat installe un équipement et un écosystème de maintenance français dans un pays qui n’est membre ni de l’OTAN ni historiquement client de l’industrie française de défense, et qui occupe une position clé dans l’Atlantique Nord.

Il illustre aussi la compétition entre industriels européens pour équiper les pays qui rehaussent leurs capacités de surveillance. Dans un contexte de débat sur la préférence européenne, l’Irlande fait le choix d’une offre européenne, adossée à un État. L’ampleur des retombées reste toutefois à confirmer : la valeur du contrat Thales, le détail du soutien en service et la part de production en France ne sont pas publics.

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