Prix de l’Audace 2026 : Vultra, Drakar, Damon, les innovations nées dans les rangs des armées

Crédits photo : Ministère des Armées et des Anciens Combattants

Table des matières

Huit projets conçus par des militaires et des agents civils du ministère des Armées ont été primés, mardi 13 octobre à Balard, lors de l’édition 2026 du Prix de l’Audace. Des drones pilotés par la radio de bord à la navigation de secours des bâtiments de guerre, revue de détail.

Huit innovateurs civils et militaires ont été distingués mardi 13 octobre à Balard, à Paris, lors de la remise du Prix de l’Audace 2026, apprend-on sur le site de l’Agence de l’innovation de défense (AID). La cérémonie était placée sous le haut patronage de Catherine Vautrin, ministre des Armées et des Anciens combattants. Patrick Pailloux, délégué général pour l’armement, a remis les prix en son nom.

Vingt-quatre projets avaient été nommés et exposés dans un village dédié. Le prix récompense l’innovation dite participative : des agents du ministère qui conçoivent eux-mêmes un prototype destiné à être déployé. Il est financé depuis 1992 par la Fondation Maréchal Leclerc de Hauteclocque et organisé avec l’AID.

« Parce que l’innovation est ce qui permet à nos armées de rester à la pointe », déclare Patrick Pailloux, qui appelle à l’encourager, à la valoriser et à l’expérimenter. Il précise, selon le Secrétariat général pour l’administration (SGA) : « Parce qu’une innovation n’a de véritable valeur que lorsqu’elle trouve sa place dans la réalité ». Adrien Facon, directeur de l’AID, lance pour sa part aux lauréats : « continuez à chercher, à expérimenter et à oser ».

Vultra, la radio de bord transformée en poste de pilotage de drones

Côté armée de l’Air et de l’Espace, le prix revient à un projet né à l’escadron de drones 1/33 Belfort. Son porteur, le capitaine Yann, pilote de MQ-9 Reaper, a conçu Vultra (V/UHF Link for Tactical Recce and Attack), précise l’armée de l’Air et de l’Espace dans une publication du 15 octobre. Le système transmet des ordres de mission à des drones et à des munitions téléopérées (plan de vol, activation des capteurs, largage, frappe) et en reçoit en retour la position, la télémétrie et les données des capteurs.

Sa particularité tient au support utilisé : le canal audio des radios militaires déjà en service. Aucune modification matérielle des aéronefs n’est donc nécessaire. Selon l’armée de l’Air et de l’Espace, aucune des principales plateformes en service, du Rafale au MQ-9 Reaper en passant par le Tigre, le Caïman ou l’A400M Atlas, ne peut aujourd’hui piloter un drone tiers depuis son cockpit, alors qu’elles embarquent toutes des radios V/UHF et HF. L’armée de l’Air présente Vultra comme une solution peu coûteuse, adaptable à de nombreux appareils.

L’enjeu est d’actualité, alors que les armées multiplient les achats de munitions rôdeuses, à l’image de la commande renouvelée de munitions téléopérées MX-10 Damocles à KNDS et Delair. Pour l’AID, il s’agit de faciliter le commandement et l’emploi de ces nouveaux moyens sur le terrain, en limitant les modifications nécessaires à leur intégration.

Drakar, Ghost et Syrinx : trois réponses à la guerre des réseaux

Trois des huit lauréats portent sur la résilience des communications. Drakar, porté par la DGA et l’AID avec la section technique de l’armée de Terre, isole les véhicules de commandement des réseaux militaires lorsqu’ils sont pris pour cible par l’artillerie ou par des drones, tout en maintenant leurs services essentiels. La capacité de conduite des opérations est ainsi préservée, même au combat.

Ghost, primé pour l’armée de Terre, est un kit permettant aux postes de commandement déployés de combiner plusieurs réseaux de communication, pour mieux résister aux perturbations. Quant à Syrinx, présenté par l’état-major des armées avec le Centre de contrôle national des fréquences, il s’agit d’un système de surveillance des fréquences radio fondé sur la radio logicielle et des logiciels développés en interne. Il surveille notamment les hautes fréquences des communications longue distance et est déjà employé par le Centre de contrôle national des fréquences.

Damon, la navigation de secours de la Marine nationale

Côté Marine nationale, le prix revient à Damon, un « dispositif autonome mobile de navigation ». Portable, il déporte les éléments nécessaires à la navigation d’un bâtiment de guerre et reste utilisable en cas de forte dégradation, comme solution de secours pour l’équipage.

L’état-major des armées place un second projet au palmarès avec ERS-OSINT, un système d’alerte précoce qui croise informations en sources ouvertes et données historiques pour repérer les signes d’affaiblissement des institutions d’un État.

Du jumeau numérique RH du SGA à l’outil Aigle de la gendarmerie

Le palmarès déborde du champ strictement opérationnel. Le SGA est récompensé pour un jumeau numérique des ressources humaines, porté par deux agentes de la direction des ressources humaines du ministère. L’outil modélise les processus RH et simule des situations comme une hausse brutale du recrutement, l’appel de réservistes ou une vague de mobilités, afin de tester plusieurs scénarios avant de décider, précise le SGA dans une publication du 16 octobre.

Enfin, la gendarmerie nationale est distinguée pour Aigle, un outil d’intelligence artificielle qui analyse l’imagerie aérienne afin d’aider à localiser des personnes disparues. Selon le SGA, les 24 projets en compétition couvraient cinq domaines : opérations, formation, aide à la décision, résilience, protection et surveillance.

Une dotation modeste, une ambition d’emploi rapide

La récompense reste symbolique. Lors de l’édition 2024, la DGA indiquait que le prix était doté de 2 500 euros par projet, avec huit lauréats déjà, dont un camouflage thermique adaptable conçu au centre d’essais en vol de la DGA. Les publications de 2026 ne mentionnent pas de montant.

« L’audace que nous récompensons aujourd’hui n’est pas l’audace tactique du chef de guerre, c’est une audace créatrice », a résumé Eric Hautecloque-Raysz, secrétaire général de la Fondation Maréchal Leclerc de Hauteclocque, cité par l’armée de l’Air et de l’Espace. Une audace qui, selon lui, refuse le conformisme. Le prix a lieu tous les deux ans : rendez-vous en 2028.

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