Frégates belges : la FREMM EVO italienne devance la FDI de Naval Group, un test pour l’export naval français

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Alors que le programme belgo-néerlandais de frégates antisous-marines s’enlise, Bruxelles semble pencher pour le modèle italien de Fincantieri. Le dossier, encore ouvert, met à l’épreuve la capacité de la FDI de Naval Group à s’imposer sur le marché européen.

Un programme commun en grande difficulté

Commandé en 2023 auprès du chantier néerlandais Damen pour environ 4 milliards d’euros, le programme ASWF (Anti-Submarine Warfare Frigate) devait doter les marines belge et néerlandaise de quatre bâtiments. Il accumule aujourd’hui les déconvenues. Selon Zone Militaire et Naval News, la conception initiale s’est révélée instable, ce qui a imposé d’allonger la coque d’environ sept mètres. La première livraison est désormais repoussée à 2033 au plus tôt, contre 2027 initialement, et le coût unitaire aurait presque doublé, de 600 millions à environ 1 milliard d’euros par navire.

Pour la Belgique, l’urgence est réelle. Sa marine ne compte que deux frégates, le Léopold Ier et le Louise-Marie, acquises d’occasion aux Pays-Bas et proches de la retraite entre 2028 et 2030. Le ministre belge de la Défense, Theo Francken, a lancé dès juillet 2026 une consultation (RFI) auprès de plusieurs pays européens, dont la France, l’Allemagne, l’Espagne et l’Italie. Le budget évoqué atteint 3,2 milliards d’euros pour trois frégates, avec une livraison visée avant 2030.

La préférence pour la FREMM EVO

Le 22 septembre, la chaîne publique flamande VRT a rapporté que l’analyse interne de la marine belge privilégiait clairement la FREMM EVO, la version modernisée de la frégate franco-italienne conçue à l’origine avec DCNS, devenu Naval Group. Un officier cité par VRT estime qu’elle « répond quasiment entièrement » aux besoins belges. D’un déplacement d’environ 6 400 à 6 700 tonnes selon les sources, elle dispose de deux hangars (hélicoptère NH90 et drones navals) et d’une forte capacité antisous-marine.

Plusieurs arguments jouent en sa faveur. Le calendrier d’abord : Fincantieri promet une première livraison en 2030, puis un navire tous les six mois. L’effet de série ensuite : l’Italie et le Portugal, qui a confirmé en juillet la commande de trois unités, produisent déjà ce modèle, ce qui doit réduire les coûts. Le caractère éprouvé, enfin, par contraste avec le design néerlandais encore instable. Le Premier ministre Bart De Wever aurait par ailleurs évoqué le sujet avec Giorgia Meloni lors d’une visite à Rome en septembre, selon les médias belges.

Où se situe l’offre française

Naval Group propose sa Frégate de Défense et d’Intervention (FDI), d’environ 4 500 tonnes, équipée du radar Thales Sea Fire 500 et des missiles Aster et Exocet de MBDA. Le modèle a déjà séduit à l’export : Athènes en a commandé quatre, la Suède quatre également (contrat de 4,3 milliards d’euros évoqué dans la presse), en plus des cinq unités de la Marine nationale. La FDI reste donc, sur le papier, une option crédible.

Son handicap est industriel. Selon Zone Militaire, la chaîne de production est chargée, avec un calendrier français étalé de 2027 à 2032, ce qui limite les possibilités de livrer rapidement un client supplémentaire. Le même article souligne que Fincantieri pourrait céder des créneaux de production à l’export, quitte à compenser ensuite ses propres livraisons, une flexibilité plus difficile pour un industriel français soumis aux arbitrages de la Marine nationale.

Une décision qui n’est pas prise

Il convient de rester prudent. Selon Naval News, qui cite des sources officielles, les informations de presse affirmant que la Belgique a déjà choisi une plateforme alternative sont « prématurées ». Le comité de pilotage belgo-néerlandais s’est réuni le 1er septembre, l’ingénierie détaillée de l’ASWF a formellement démarré en septembre et les négociations bilatérales se poursuivent. La décision belge est attendue entre la mi-octobre et la fin de l’année 2026. Côté néerlandais, une source gouvernementale cherche surtout à « sortir de ce contrat de manière élégante », selon VRT.

Les enjeux pour la souveraineté industrielle française

Pour la filière navale française, l’enjeu dépasse un contrat de trois navires. Naval Group, Thales et MBDA forment un écosystème dont l’équilibre dépend des exportations : chaque commande étrangère amortit les coûts de développement et sécurise l’emploi sur les sites de production. Un revers en Belgique, marché voisin et historiquement proche, serait un signal défavorable à l’heure où l’Europe multiplie les appels d’offres navals.

Le dossier illustre aussi une tension plus large. L’Europe du réarmement réclame des livraisons rapides, or la capacité de production française est déjà largement sollicitée par les commandes nationales, grecques et suédoises. La souveraineté industrielle ne se mesure donc pas seulement à la qualité des produits, mais aussi à la disponibilité des cadences de production. Ironie supplémentaire, la FREMM est elle-même issue d’un programme franco-italien, ce qui rappelle que la concurrence intra-européenne s’exerce aussi entre héritiers de coopérations passées.

Reste à savoir si Paris fera évoluer son offre, par exemple sur les délais, les compensations industrielles ou un partenariat avec des chantiers belges, d’ici à la décision. Aucune annonce française en ce sens n’a été identifiée à ce stade.

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