Rafale au Portugal : Dassault, Thales et Safran resserrent les liens industriels avec Lisbonne face au F-35 américain

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Le 23 septembre 2026, à l’ambassade de France à Lisbonne, Dassault Aviation a signé un protocole d’accord avec l’AED Cluster Portugal, l’association qui fédère plus de 180 entreprises, universités et instituts de recherche du secteur aéronautique, spatial et de défense portugais. Objectif affiché : « identifier des domaines de coopération possibles » entre les industriels du programme Rafale et le tissu industriel local, dans la course engagée pour remplacer la flotte vieillissante de F-16 de l’armée de l’air portugaise. Un geste qui en dit long sur l’intensité de la bataille commerciale qui se joue actuellement au Portugal entre la France et les États-Unis.

Un quatuor de concurrents pour succéder aux F-16

Le Portugal exploite depuis la fin des années 1990 une flotte de 24 F-16AM/BM, dont le retrait progressif approche. Quatre candidats se disputent désormais ce marché estimé, selon les sources, entre 2,5 et 5,5 milliards d’euros : le F-35A de Lockheed Martin, le Rafale de Dassault Aviation, l’Eurofighter Typhoon porté par Airbus, et le Gripen E/F du suédois Saab. Tous ont déjà signé des protocoles similaires avec l’industrie portugaise : Lockheed Martin dès juin 2025, Eurofighter et Saab en juillet 2025. Dassault, de son côté, a officiellement remis son offre en juillet 2026 avant de conclure, le 23 septembre, son propre accord industriel.

Signe de la vivacité de la compétition, Airbus a de son côté présenté le même jour, le 24 septembre, l’Eurofighter comme « le meilleur remplaçant » des F-16 portugais, selon une dépêche relayée par Boursorama. La décision finale de Lisbonne, elle, n’est pas attendue avant l’inscription du dossier dans une nouvelle loi de programmation militaire, que le chef d’état-major portugais João Cartaxo Alves a annoncée devant le Parlement avant la fin de l’année 2026. Un appel d’offres formel devrait suivre, sauf si Lisbonne privilégie finalement un accord intergouvernemental.

L’argument de la souveraineté, des deux côtés de l’Atlantique

Dans son communiqué, Dassault met en avant la volonté des « partenaires du programme Rafale déjà implantés dans le pays de s’appuyer sur les relations existantes » pour « stimuler l’économie portugaise et renforcer la souveraineté du pays ». Aux côtés de l’avionneur, Thales et Safran complètent le trio industriel français engagé dans la démarche, adossé à un écosystème de quelque 500 entreprises fournisseurs et sous-traitants du programme Rafale à l’export.

L’argument porte d’autant plus que le débat portugais s’est nettement politisé depuis le printemps 2025. Le ministre de la Défense Nuno Melo avait alors opéré un revirement notable, expliquant vouloir tenir compte de « l’environnement géopolitique » et de la « prévisibilité » des alliés, une allusion à peine voilée aux incertitudes suscitées par l’administration Trump sur les engagements américains envers l’OTAN. Melo a depuis résumé sa stratégie sans détour devant les députés : « quand il y a plusieurs concurrents, cela signifie que le prix baisse », plaidant pour une mise en concurrence assumée plutôt qu’un choix acquis d’avance en faveur du F-35.

Washington ne l’entend pas de cette oreille. En février 2026, l’ambassadeur américain John Arrigo avait publiquement exhorté le Portugal, sur CNN Portugal, à choisir le F-35 pour permettre à son armée de l’air d’« entrer en Ligue des champions » au sein de l’Union européenne, rappelant que plus de 900 exemplaires de l’appareil sont déjà en service ou commandés en Europe et que 25 % de ses composants sont d’origine européenne. L’état-major de l’armée de l’air portugaise, par la voix du général Cartaxo Alves, penche d’ailleurs ouvertement vers l’appareil américain, jugeant les avions européens « moins avancés » en matière de connectivité et de survivabilité.

Le Rafale, un argument d’indépendance stratégique

Face à cet argumentaire technologique et à la pression diplomatique américaine, la France mise sur un positionnement différent : celui d’un appareil « ITAR-free », c’est-à-dire non soumis aux régles américaines de contrôle des exportations, qui prive Washington de tout levier de restriction ou de blocage sur l’usage futur des appareils. Un atout que la diplomatie française met en avant dans plusieurs capitales européennes depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, alors que d’autres pays du Vieux Continent (dont plusieurs voisins européens du Portugal) ont déjà fait le choix inverse du F-35 ces dernières années.

L’offre française inclut par ailleurs une participation industrielle de l’entreprise portugaise OGMA à la maintenance des appareils, ainsi qu’une possible association aux développements futurs du système de combat aérien du futur (SCAF), le programme conjoint franco-germano-espagnol destiné à succéder au Rafale et à l’Eurofighter à l’horizon 2040.

Pour l’industrie française de défense, l’enjeu dépasse le seul contrat portugais. La France avait déjà tenté, sans succès, une démarche comparable auprès de la Belgique en 2017, Bruxelles ayant finalement opté pour le F-35A l’année suivante. Un nouvel échec au Portugal confirmerait la difficulté de l’offre française à s’imposer face à l’appareil américain au sein même de l’Union européenne, tandis qu’un succès viendrait renforcer la stratégie d’autonomie stratégique portée par Paris pour la base industrielle et technologique de défense européenne, au moment où plusieurs capitales du continent réévaluent leur degré de dépendance à l’égard de Washington.

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