Réseaux télécoms : l’équipementier breton Ekinops s’allie au suédois PacketFront pour proposer une alternative européenne

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L’équipementier télécoms français Ekinops a annoncé, le 9 septembre 2026, un partenariat stratégique avec le suédois PacketFront Software Solutions. Objectif affiché des deux entreprises : construire une offre entièrement européenne pour les opérateurs et fournisseurs d’accès, à un moment où la dépendance du continent envers des équipementiers non européens est de plus en plus questionnée sur le plan industriel comme géopolitique.

Un mariage entre matériel et logiciel

Le partenariat repose sur une logique de complémentarité. Ekinops, basé à Lannion (Côtes d’Armor) et coté sur Euronext Paris, apporte les équipements de périphérie de réseau : plateformes de transport optique, solutions de connectivité d’entreprise et briques de cybersécurité SASE et Zero Trust. PacketFront, société suédoise fondée en 2001, fournit de son côté BECS, une plateforme d’orchestration et d’automatisation réseau conçue pour piloter des environnements multifournisseurs. Les deux sociétés indiquent que les plateformes d’Ekinops sont désormais certifiées pour fonctionner avec BECS, ce qui doit permettre aux opérateurs de déployer plus rapidement de nouveaux services tout en réduisant la complexité d’exploitation de leurs réseaux.

Dans le communiqué diffusé via Actusnews Wire, Frank Dedobbeleer, directeur commercial d’Ekinops pour l’Europe, le Moyen-Orient, l’Afrique et l’Asie-Pacifique, explique que cette combinaison doit permettre aux fournisseurs de services de « réduire les efforts d’ingénierie » et d’« accélérer les délais de provisionnement ». Du côté suédois, Timo Kuusela, vice-président des ventes de PacketFront, met en avant une offre « européenne puissante » née de l’association du portefeuille produits d’Ekinops et de la plateforme BECS. Les deux partenaires ciblent dans un premier temps le Royaume-Uni et l’Europe du Nord, l’annonce ayant été relayée en marge du salon Connected Britain, qui se tient à Londres les 9 et 10 septembre.

Réduire la dépendance aux équipementiers non européens

L’argument central mis en avant par les deux entreprises dépasse la seule performance technique. Le communiqué évoque explicitement la recherche, par les opérateurs européens, d’une « résilience bi-fournisseur » et d’une réduction du « risque géopolitique lié aux fournisseurs ». Cette formulation s’inscrit dans un contexte bien identifié : depuis plusieurs années, les réseaux télécoms européens reposent en grande partie sur des équipementiers extra-européens, qu’il s’agisse d’acteurs chinois soumis à des restrictions croissantes dans plusieurs pays de l’Union pour des raisons de sécurité, ou de fournisseurs nord-américains eux aussi susceptibles d’être exposés à des tensions commerciales ou réglementaires.

Face à cette double dépendance, les opérateurs cherchent des alternatives capables de garantir à la fois la continuité d’approvisionnement, la maîtrise des coûts et un ancrage réglementaire européen, notamment sur les questions de protection des données et de cybersécurité. L’offre conjointe Ekinops-PacketFront se positionne précisément sur ce créneau, avec l’ambition de proposer un couple matériel-logiciel entièrement conçu et opéré depuis l’Union européenne.

Un équipementier français sous pression qui mise sur la différenciation

Ce partenariat intervient alors qu’Ekinops traverse une période financière délicate. L’entreprise, qui a inauguré son nouveau siège social et son centre de recherche et développement à Lannion, a publié en mars 2026 des résultats annuels marqués par un recul de 11 % de son chiffre d’affaires sur l’exercice 2025, à 105 millions d’euros, pour une marge d’EBITDA de 10 %. Dans ce contexte de marché contraint pour les équipementiers télécoms, la stratégie de différenciation par la souveraineté et l’interopérabilité européenne apparaît comme un levier commercial autant qu’industriel : en s’associant à un acteur logiciel scandinave plutôt qu’en tentant de développer seul une couche d’orchestration complète, Ekinops mutualise les coûts de développement tout en renforçant son positionnement face aux géants du secteur.

L’entreprise, présente dans plus de soixante-dix pays, revendique une expertise historique dans les réseaux optiques cohérents pour les liaisons métropolitaines, régionales et longue distance, ainsi que dans l’interconnexion de centres de données, un segment en forte croissance porté par l’essor de l’intelligence artificielle.

Une illustration de la stratégie européenne à petite échelle

À son échelle, ce rapprochement franco-suédois illustre une dynamique plus large observée dans plusieurs segments des infrastructures numériques européennes : celle d’alliances industrielles transnationales visant à constituer des chaînes de valeur alternatives aux offres américaines et asiatiques, sans attendre la constitution d’un champion continental unique. Reste à savoir si cette offre conjointe parviendra à convaincre des opérateurs historiquement habitués à des solutions intégrées proposées par un nombre restreint de très grands équipementiers mondiaux. Les premiers déploiements commerciaux au Royaume-Uni et en Europe du Nord permettront d’en juger dans les prochains mois.

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