Paris a accueilli les 9 et 10 septembre 2026, au Grand Palais, le premier Sommet international sur l’espace, une initiative portée par Emmanuel Macron et réunissant environ 2 000 participants (États, organisations internationales, industriels, investisseurs, chercheurs et syndicats). Plus de 90 pays y ont envoyé une délégation. Le président français y a annoncé près de 20 milliards d’euros de projets et de contrats, dont environ 5 milliards directement signés lors de l’événement, un chiffre qui place explicitement la France en position de chef de file de la stratégie spatiale européenne à un moment où la dépendance du continent aux infrastructures américaines redevient un sujet sensible.
Un événement structuré autour de quatre piliers
Le sommet, coprésidé par les envoyées spéciales Hélène Huby (The Exploration Company) et Thomas Pesquet (Agence spatiale européenne), a été organisé autour de quatre axes : sécurité et défense, économie spatiale, régulation de l’espace comme bien commun, et inspiration scientifique. Le Centre national d’études spatiales (CNES) a pris en charge ce dernier volet, avec un colloque scientifique international réunissant environ 350 participants autour de l’exploration robotique et humaine, ainsi que de l’observation des océans et du climat. L’objectif affiché par l’Élysée est de dépasser les silos institutionnels habituels pour redonner un élan à la gouvernance multilatérale de l’espace, un domaine jusqu’ici largement dominé par les agences nationales et quelques acteurs privés américains.
IRIS², pièce maîtresse de la souveraineté numérique européenne
Le projet phare annoncé à cette occasion reste la constellation sécurisée IRIS² (Infrastructure for Resilience, Interconnectivity and Security by Satellite). Le programme prévoit le déploiement de 348 satellites, 330 en orbite basse et 18 en orbite moyenne, auxquels s’ajoutent 66 satellites dédiés à la défense et à la sécurité, censés accroître de 60 % la capacité de communication gouvernementale européenne. Les premiers lancements sont prévus pour 2029, pour une mise en service opérationnelle en 2030. Le financement, de l’ordre de 15,6 à 15,7 milliards d’euros selon les sources, se répartit entre environ 11,6 milliards de fonds publics (Commission européenne et Agence spatiale européenne) et 4 milliards apportés par le consortium industriel SpaceRISE, qui réunit le français Eutelsat (segment orbite basse), le luxembourgeois SES (orbite moyenne et terminaux utilisateurs) et l’espagnol Hispasat (infrastructures sol, pour un contrat évalué à 1,6 milliard d’euros). Plusieurs États membres ont par ailleurs pris des engagements financiers directs, l’Espagne à hauteur de 2 milliards d’euros, la Pologne pour 656 millions et la Hongrie pour 500 millions.
L’argument de souveraineté est assumé sans détour par les organisateurs : IRIS² doit réduire la dépendance de l’Europe aux systèmes américains, au premier rang desquels Starlink, un enjeu que la guerre en Ukraine a rendu particulièrement concret en démontrant la vulnérabilité stratégique d’un continent privé de communications satellitaires autonomes et résilientes.
Une cinquantaine d’opérations industrielles annoncées
Au-delà d’IRIS², le sommet a servi de catalyseur à une série de contrats industriels. Amazon Leo et Arianespace ont signé six lancements supplémentaires, portant à 24 le total des missions confiées au lanceur Ariane 6. Eutelsat et Arianespace ont par ailleurs conclu deux lancements pour la constellation OneWeb, prévus en 2027 et 2028, tandis qu’un accord entre Eutelsat et Airbus porte sur 229 satellites OneWeb additionnels, avec une cible potentielle de 669 satellites au total. La jeune pousse française MaiaSpace, qui développe le premier lanceur réutilisable européen, a signé un contrat avec l’entreprise japonaise iQPS. Safran Space a de son côté conclu un accord avec l’indienne Dhruva Space pour la constellation SBS-III (52 satellites), pendant qu’Exotrail fournira des systèmes de propulsion à la polonaise Creotech Instruments. La société française HEMERIA a également décroché un contrat de 1,9 million d’euros pour la mission Harmony de l’Agence spatiale européenne, et le service ESSP Iris, qui couvre environ 40 % du trafic aérien européen, a été mis en avant parmi les briques d’infrastructure présentées.
Une diplomatie spatiale sous tension
L’événement n’a toutefois pas fait l’unanimité. Plusieurs médias, dont France Info, ont relevé l’absence des géants spatiaux américains parmi les participants de premier plan, et France 24 a évoqué une rivalité franco-allemande en toile de fond des discussions, signe que la construction d’une politique spatiale européenne commune reste un exercice d’équilibriste entre partenaires aux intérêts industriels parfois divergents. Pour Paris, l’enjeu dépasse la seule vitrine diplomatique : il s’agit de consolider une filière industrielle nationale (Eutelsat, Arianespace, Airbus, Safran, Thales Alenia Space, MaiaSpace) au moment même où les États-Unis et la Chine accélèrent leurs propres programmes de constellations et de lanceurs réutilisables. Le sommet de Paris confirme en tout cas la place que la France entend occuper dans la définition des règles et des infrastructures spatiales de la prochaine décennie, avec l’ambition affichée de faire de l’autonomie spatiale un pilier de la souveraineté économique et technologique européenne.
