Réarmement européen : malgré une correction boursière, les analystes maintiennent leur pari sur Thales

Crédits photo : Thalès

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Après un début d’année euphorique, les valeurs de la défense européenne ont connu un coup de froid en Bourse : le secteur affiche un recul d’environ 16 % depuis le 1er janvier 2026. Mais loin d’y voir le signe d’un essoufflement du cycle de réarmement, les grandes maisons d’analyse financière (Morgan Stanley, RBC Capital Markets, Bernstein, Morningstar et AlphaValue) y lisent au contraire une opportunité d’achat. Selon une note diffusée le 21 septembre, elles continuent de cibler trois valeurs phares du secteur, dont le champion français Thales, qu’elles jugent encore sous-valorisé au regard de ses fondamentaux.

Un marché jugé « déconnecté » de la réalité industrielle

Pour ces analystes, la baisse des cours observée ces derniers mois relève davantage d’une prise de bénéfices après le rallye spectaculaire de 2025 que d’un doute sur la trajectoire du secteur. RBC Capital Markets table sur une progression annuelle d’environ 16 % des dépenses d’équipement militaire en Europe jusqu’en 2030, soit près du double du rythme de croissance des budgets de défense eux-mêmes. Bernstein va dans le même sens en chiffrant l’écart d’opportunité : alors que les budgets de défense des pays européens de l’OTAN devraient croître d’environ 3,4 % par an entre 2026 et 2030, le marché accessible aux industriels européens pourrait, lui, progresser de près de 12 % par an sur la même période, porté par la volonté des États de réduire leur dépendance aux équipements américains.

Trois entreprises concentrent l’essentiel des convictions des analystes. L’allemande Rheinmetall, portée par un budget de défense national qui devrait atteindre 150 milliards d’euros en 2026 (en hausse de 30 % sur un an), reste plébiscitée malgré un défi d’exécution industrielle sur les cadences de production de munitions. L’italienne Leonardo est saluée pour la diversité de son portefeuille (hélicoptères, électronique de défense, aérospatiale) et son exposition croissante au spatial militaire via sa participation dans Thales Alenia Space. Enfin, Thales complète ce trio, avec des objectifs de cours allant de 290 euros (Bernstein) à 330 euros (RBC Capital Markets).

Thales, positionné sur les couches technologiques stratégiques

L’intérêt des analystes pour le groupe français tient à son positionnement sur des segments à forte valeur ajoutée : radars, communications sécurisées, électronique de défense et, de plus en plus, l’espace militaire. Thales a récemment décroché un contrat initial d’environ 500 millions d’euros portant sur 330 charges utiles de satellites en orbite basse, un programme dont la valeur totale pourrait dépasser 3 milliards d’euros à terme. Les constellations militaires en orbite basse constituent, selon les analystes, un nouveau front d’investissement pour le secteur, qui suppose de maîtriser toute la chaîne, des capteurs aux infrastructures sol en passant par le traitement de la donnée, un domaine où la France dispose d’atouts industriels reconnus.

Ce diagnostic boursier fait écho aux résultats publiés par le groupe pour le premier semestre 2026 : un chiffre d’affaires total de 10,9 milliards d’euros (+6,7 % sur un an), des prises de commandes en hausse de 21 % à 12,5 milliards d’euros, et un ratio prises de commandes sur facturations (book-to-bill) de 1,14, signe d’un carnet de commandes qui continue de se remplir plus vite qu’il ne se vide. Le seul segment Défense affiche une croissance à deux chiffres, avec un chiffre d’affaires de 6,3 milliards d’euros (+12,9 %) et une marge opérationnelle ajustée de 13,8 %. Le PDG Patrice Caine avait alors évoqué « une dynamique commerciale, une solidité financière et une résilience » du groupe, avec l’ensemble des indicateurs financiers en hausse, dans un contexte géopolitique pourtant incertain. Le groupe a confirmé ses objectifs annuels, avec une croissance organique attendue de 6 à 7 % et une marge opérationnelle ajustée comprise entre 12,6 % et 12,8 % pour l’ensemble de l’exercice 2026.

Un enjeu de souveraineté économique au-delà de la Bourse

Au-delà de la lecture financière, ce dossier illustre un enjeu structurant pour l’économie française : la capacité de ses champions industriels à capter la manne du réarmement européen sans dépendre des technologies extra-européennes, singulièrement américaines. Radars, guerre électronique, communications sécurisées et désormais constellations satellitaires militaires forment un socle technologique que Paris entend conserver sous maîtrise nationale et européenne, dans la continuité des orientations budgétaires portées par la loi de programmation militaire et le projet de loi de finances 2027 pour la mission Défense. La confiance persistante des analystes internationaux envers Thales, en dépit d’un climat boursier plus prudent sur l’ensemble du secteur, conforte cette ambition : elle traduit la conviction qu’une partie significative des dizaines de milliards d’euros de commandes militaires attendues en Europe d’ici 2030 reviendra à des acteurs capables de fournir des briques technologiques souveraines, plutôt qu’à de simples assembleurs de plateformes.

Reste à savoir si cette dynamique se traduira par un rebond boursier à court terme. Les analystes eux-mêmes reconnaissent que l’exécution industrielle, notamment la capacité à absorber des carnets de commandes en forte croissance sans dégrader les marges, sera le principal test des prochains trimestres pour l’ensemble du secteur.

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