Nucléaire : Framatome décroche aux États-Unis le premier contrat commercial mondial de combustible enrichi à plus de 5 %

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Le groupe français Framatome a signé le 21 septembre 2026 ce qui constitue une première mondiale sur le marché du combustible nucléaire commercial : un contrat pour fournir, à un réacteur américain actuellement en exploitation, du combustible enrichi au-delà du seuil historique de 5 % d’uranium 235, la limite qui encadrait jusqu’ici l’essentiel de l’industrie nucléaire civile. L’opérateur concerné n’a pas été identifié publiquement, mais le profil de l’installation correspond à celui de la centrale de Calvert Cliffs, dans le Maryland, exploitée par Constellation Energy et sur laquelle Framatome mène des essais depuis 2021.

Un cap technologique et industriel

Le combustible livré relève de la catégorie dite « LEU+ » (Low Enriched Uranium Plus), enrichi entre 5 % et 10 %, contre un standard industriel resté longtemps proche de 4,8 %. Fabriqué à l’usine Framatome de Richland, dans l’État de Washington, il s’appuie sur la technologie GAIA du groupe. Son principal intérêt économique pour les exploitants américains : l’allongement des cycles de fonctionnement des réacteurs de 18 à 24 mois, ce qui réduit la fréquence des arrêts de tranche et améliore le rendement énergétique de chaque cœur de réacteur.

Framatome a obtenu l’autorisation de la Nuclear Regulatory Commission (NRC) américaine en juillet 2026, au terme d’une procédure engagée en septembre 2024 et de quatre années de modifications de son site de Richland. L’entreprise y voit une avancée déterminante. Lionel Gaiffe, vice-président exécutif senior de la division combustible du groupe, a salué un accord qui « reflète la solidité de notre relation de longue date avec notre client et notre engagement commun à faire progresser la technologie du combustible nucléaire ». Les premières livraisons sont attendues au début de l’année 2028.

Une avance sur les concurrents historiques

Le signal envoyé au marché dépasse le seul cadre commercial. Plusieurs acteurs travaillent depuis des années sur l’enrichissement au-delà de 5 %, sans franchir l’étape du déploiement industriel complet. Westinghouse a chargé quatre assemblages d’essai enrichis à 6 % en avril 2025 sur le réacteur Vogtle 2, en Géorgie, mais seulement à titre de démonstration limitée. GE-Hitachi dispose d’une autorisation de production à 8 %, et le groupe européen Urenco a été le premier à approcher les 10 % d’enrichissement. Framatome se distingue en passant directement à une recharge complète destinée à l’exploitation commerciale d’un réacteur en service, et non à un simple test technique, ce qui en fait, selon les informations disponibles, le premier contrat de ce type jamais signé dans l’industrie.

Un savoir-faire français au cœur du plus grand parc nucléaire du monde

Pour Refrance, l’intérêt de ce dossier tient moins à la performance technique qu’à ce qu’elle révèle du positionnement industriel français. Framatome, filiale du groupe EDF, est l’héritière directe de l’ingénierie nucléaire hexagonale, celle qui a construit le parc français de réacteurs à eau pressurisée à partir des années 1970. Ce contrat s’obtient non pas en France, mais sur le sol américain, auprès du plus vaste parc nucléaire civil de la planète, et face à des concurrents solidement implantés localement. C’est donc une avancée conquise sur le terrain d’un rival plutôt qu’un simple contrat domestique, ce qui en dit long sur la capacité de l’industrie française à rester compétitive sur un segment technologique jugé stratégique.

Le contexte mondial renforce la portée de l’annonce. Le nucléaire a produit un record de 2 702 térawattheures d’électricité en 2025, soit près de 9 % de la production électrique mondiale, et plus de 70 gigawatts de capacité sont actuellement en construction à travers le monde. Trente-huit pays se sont engagés à tripler la capacité nucléaire installée d’ici 2050, faisant passer la puissance mondiale d’environ 403 à 1 200 gigawatts. Les investissements dans la filière atteignent désormais 75 milliards de dollars par an, en hausse de 70 % en cinq ans. Dans cette course à la relance nucléaire, la maîtrise de la chaîne du combustible, de l’enrichissement à la fabrication des assemblages, est devenue un enjeu de souveraineté à part entière pour les puissances occidentales, notamment depuis que la dépendance historique de plusieurs filières à l’enrichissement russe est apparue comme une vulnérabilité stratégique après le déclenchement de la guerre en Ukraine.

En s’imposant la première sur ce segment de marché aux États-Unis, Framatome consolide une position qui pourrait peser dans les prochaines années sur la modernisation du parc américain, mais aussi sur la crédibilité de l’offre nucléaire française à l’export, à l’heure où Paris cherche à faire valoir son savoir-faire dans les négociations internationales sur la relance de l’atome civil.

Refrance suivra ce dossier, notamment à l’approche des premières livraisons prévues début 2028.

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