Tourisme et foncier : Pierre & Vacances-Center Parcs bascule sous pavillon émirati

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Le 29 septembre, les actionnaires du groupe Pierre & Vacances-Center Parcs se réuniront à Paris pour voter une résolution en apparence technique : le versement d’une prime exceptionnelle de 0,11 euro par action, prélevée sur les réserves. Derrière ce vote se joue en réalité la dernière étape avant le basculement complet du premier opérateur touristique français, et de son considérable patrimoine immobilier, sous le contrôle d’un fonds souverain émirati.

Une offre déjà verrouillée à plus de 80 %

L’opération a été scellée le 17 juillet 2026, quand le conseil d’administration du groupe a approuvé à l’unanimité un accord de rapprochement avec Mubadala Capital, bras de gestion d’actifs du fonds souverain d’Abou Dhabi. L’offre publique d’achat porte sur la totalité du capital, à 1,90 euro par action coupon attaché (1,79 euro coupon détaché), avec un complément de 0,10 euro en cas de retrait obligatoire si le seuil de 90 % du capital et des droits de vote est franchi. Mubadala Capital a d’ores et déjà obtenu des engagements d’apport représentant 80,13 % du capital social, avant même l’ouverture formelle de l’offre.

Le calendrier reste toutefois étalé : le dépôt du projet d’offre auprès de l’Autorité des marchés financiers n’est attendu qu’au premier trimestre 2027, sous réserve des autorisations réglementaires, pour une clôture visée au premier semestre 2027. Un cabinet d’expertise indépendante, Finexsi, doit encore rendre son rapport sur l’équité des conditions financières proposées aux actionnaires minoritaires.

Un patrimoine foncier considérable

L’enjeu dépasse la seule mécanique boursière. Le groupe, coté sur Euronext Paris, exploite plus de 45 000 résidences réparties sur 330 destinations en Europe sous quatre marques : Center Parcs (495,4 millions d’euros de chiffre d’affaires au premier semestre 2025/2026, en hausse de 2,4 %), Pierre & Vacances (172,9 millions d’euros, +6,2 %), Adagio (109,6 millions d’euros, +5,5 %) et maeva&co (30,8 millions d’euros, +6,6 %). Au total, le chiffre d’affaires économique du semestre atteint 816,8 millions d’euros, en progression de 1,8 %, porté par une fréquentation en hausse (plus de 4,16 millions de nuitées vendues, +4,4 %) et un taux d’occupation de 69,1 %.

Cette santé opérationnelle retrouvée n’est pas anodine : elle signifie que l’entrée d’un fonds souverain étranger ne répond pas, cette fois, à une situation de détresse financière immédiate, mais vient sceller le contrôle d’un actif jugé stratégique et rentable, incluant des emprises foncières importantes en zones littorales, montagnardes et périurbaines, souvent situées dans des espaces naturels protégés ou à forte valeur touristique.

Deuxième bascule de contrôle en quatre ans

L’opération s’inscrit dans la continuité d’un mouvement engagé dès 2022. Confronté à la crise du tourisme liée à la pandémie, le groupe fondé en 1967 par Gérard Brémond avait alors mené une restructuration financière d’ampleur, convertissant environ 552 millions d’euros de dette non sécurisée en capital et divisant par trois son endettement brut. Cette opération avait fait entrer au capital les fonds britanniques Alcentra et Fidera, aux côtés du bailleur institutionnel français Atream, réduisant Gérard Brémond au rôle de conseiller stratégique sur les activités immobilières du groupe, loin de la direction opérationnelle qu’il exerçait depuis la création de l’entreprise.

Quatre ans plus tard, ce sont ces mêmes actionnaires, entrés lors du sauvetage de 2022, qui cèdent à leur tour le contrôle à Mubadala Capital. Chaque étape de restructuration a ainsi davantage éloigné le capital de la sphère française : d’une entreprise familiale à des fonds anglo-saxons, puis de ces fonds à un véhicule souverain du Golfe.

Un partenaire déjà courtisé par l’État

Le paradoxe est que Mubadala n’est pas un acteur étranger anonyme sur la place de Paris. Le fonds émirati entretient depuis plusieurs années une relation institutionnelle avec l’État français : des accords de coopération ont été signés avec Bpifrance et le ministère de l’Économie pour favoriser ses investissements dans l’économie hexagonale, et Abou Dhabi a engagé environ un milliard d’euros dans le fonds « Lac d’Argent », dédié au soutien des entreprises françaises jugées stratégiques. Le rachat de Pierre & Vacances-Center Parcs s’inscrit donc moins dans une logique de raid hostile que dans le prolongement d’une politique d’ouverture assumée du capital des grands groupes français aux fonds souverains du Golfe, en échange de liquidités abondantes et d’un horizon d’investissement long.

Reste que la question du contrôle d’actifs fonciers dispersés sur l’ensemble du territoire, souvent adossés à des conventions d’occupation ou des baux emphytéotiques avec des collectivités locales, illustre les tensions propres à ce type d’ouverture capitalistique : gains de liquidité et de stabilité financière d’un côté, éloignement du centre de décision et retrait probable de la cote parisienne de l’autre. Une fois le seuil de 90 % franchi et le retrait obligatoire mis en œuvre, le titre disparaîtra d’Euronext Paris, mettant fin à plus de trente ans de présence boursière du groupe.

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