SiPearl livre ses premiers processeurs Rhea1 pour Jupiter, le supercalculateur exascale européen

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La société française SiPearl a annoncé le 22 septembre 2026 la livraison à Bull, filiale d’Eviden (groupe Atos), de ses premiers processeurs Rhea1, destinés à équiper Jupiter, le supercalculateur exascale installé en Allemagne. L’étape marque un jalon concret pour l’un des projets phares de la souveraineté technologique européenne dans le calcul haute performance, un secteur aujourd’hui largement dominé par les acteurs américains.

Un composant clé pour le premier système exascale d’Europe

Jupiter, hébergé au Forschungszentrum Jülich en Allemagne et financé par l’entreprise commune européenne EuroHPC, est devenu en novembre 2025 le premier supercalculateur exascale d’Europe, se classant quatrième mondial au palmarès Top500. Sa puissance de calcul reposait jusqu’ici sur des modules accélérateurs graphiques. La livraison des Rhea1 permet désormais de compléter l’architecture avec un module processeur central conçu en Europe, intégré dans la plateforme BullSequana XH3000 de Bull.

Le Rhea1 embarque 80 cœurs de type Arm Neoverse V1, deux unités vectorielles SVE de 256 bits, quatre piles de mémoire à haute bande passante (HBM) et quatre interfaces DDR5, pour un total de 61 milliards de transistors. SiPearl met en avant son efficacité énergétique et l’absence de porte dérobée ou de mécanisme d’arrêt à distance (kill switch), un argument central dans la promesse de souveraineté portée par l’entreprise. Le processeur sera commercialisé à partir de la fin de l’année 2026, avec la publication de premiers résultats de performance prévue à l’automne.

Les applications visées par Jupiter couvrent la prévision météorologique, la climatologie, l’énergie durable, l’intelligence artificielle, la recherche quantique et la biologie structurale. SiPearl indique que ce contrat constitue ses premiers revenus significatifs, un signal attendu pour une entreprise jusqu’ici en phase de développement.

Une entreprise née de l’ambition d’un microprocesseur européen

Fondée en juin 2019 par Philippe Notton, SiPearl emploie environ 200 personnes réparties entre la France, l’Espagne (centre de R&D à Barcelone, ouvert en 2021) et l’Italie (centre de Bologne, ouvert en 2024). Son positionnement, développer des microprocesseurs souverains, performants et économes en énergie pour le calcul haute performance, l’intelligence artificielle et les centres de données, en a fait l’un des symboles de la stratégie européenne d’autonomie dans les semi-conducteurs.

L’entreprise a construit son financement par étapes : 7,4 millions d’euros obtenus dès janvier 2020 dans le cadre du programme européen Horizon 2020, puis un tour de table de série A bouclé en plusieurs temps, avec un premier closing de 90 millions d’euros en avril 2023 (Arm, Atos/Bull, le fonds européen EIC Fund et l’État français), un second closing de 23 millions d’euros en décembre 2023, pour atteindre 130 millions d’euros au total en juillet 2025 grâce à un apport complémentaire de 32 millions d’euros associant à nouveau l’EIC Fund, le plan France 2030 et le fonds taïwanais Cathay Venture. La Banque européenne d’investissement figure également parmi les soutiens de l’entreprise.

SiPearl a été sélectionnée par EuroHPC dès octobre 2023 pour équiper Jupiter, puis en novembre 2025 pour fournir une nouvelle génération de puce, le Rhea2, au futur supercalculateur Alice Recoque, qui sera cette fois installé en France, au Commissariat à l’énergie atomique (CEA). Le Rhea1 a franchi l’étape du tape-out, c’est-à-dire la finalisation du dessin des circuits avant fabrication, en juillet 2025.

Les limites d’une souveraineté encore partielle

La fabrication effective des puces Rhea1 est confiée au taïwanais TSMC, leader mondial de la fonderie de semi-conducteurs avancés. Cette dépendance illustre la nuance qu’il convient d’apporter au terme de souveraineté dans ce dossier : SiPearl maîtrise la conception du processeur, un savoir-faire stratégique et rare en Europe, mais pas encore sa production physique, qui reste concentrée en Asie comme pour l’écrasante majorité des puces avancées utilisées dans le monde. L’Union européenne, via son Chips Act adopté en 2023, cherche précisément à combler cet écart en soutenant l’implantation de capacités de fabrication sur le sol européen, un chantier de long terme aux résultats encore limités.

Le calcul haute performance et l’intelligence artificielle reposent aujourd’hui très largement sur des architectures conçues par des groupes américains, au premier rang desquels Nvidia, qui équipe l’essentiel des grands supercalculateurs et des infrastructures d’IA dans le monde, y compris en Europe. Dans ce contexte, la montée en puissance de Jupiter avec un module central conçu par une entreprise française constitue un signal, certes encore modeste à l’échelle du marché mondial des semi-conducteurs, mais suivi de près par les autorités européennes comme un indicateur de la capacité du continent à ne pas dépendre exclusivement de fournisseurs extra-européens pour ses infrastructures de calcul les plus stratégiques.

La prochaine étape attendue est la publication des premiers résultats de performance du Rhea1 à l’automne 2026, ainsi que l’avancée du projet Alice Recoque en France, qui doit permettre à SiPearl de démontrer la pérennité de son modèle au-delà d’un unique contrat.

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