Le 22 septembre 2026, Dassault Aviation a annoncé avoir testé en vol deux algorithmes d’intelligence artificielle destinés à assister l’équipage du Rafale. Développés en propre et en partenariat avec Thales, ces outils sont présentés par l’avionneur comme « souverains », s’inscrivant dans la trajectoire du futur standard F5 de l’appareil et dans l’effort plus large de la France pour maîtriser les technologies critiques de ses systèmes d’armes.
Un premier vol d’essai riche d’enseignements
Dans un communiqué diffusé le 22 septembre, Dassault Aviation indique avoir fait voler, à bord d’un Rafale, deux algorithmes d’intelligence artificielle jusqu’alors testés uniquement au sol ou en simulation. Le premier a été conçu en interne par les équipes de l’avionneur ; le second résulte d’une collaboration avec Thales, via son accélérateur d’intelligence artificielle cortAIx. Selon l’entreprise, cette étape démontre que les deux systèmes « ont atteint un niveau de maturité » suffisant pour être envisagés dans les prochaines évolutions du chasseur.
L’objectif affiché reste circonscrit : intégrer une IA « maîtrisée et supervisée » au service de l’équipage, et non substituer la machine à la décision humaine. Le communiqué insiste sur cette dimension de contrôle, dans un contexte où l’autonomisation croissante des systèmes de combat suscite des interrogations, tant opérationnelles qu’éthiques, au sein des états-majors occidentaux. Aucun nom commercial n’a été donné aux deux algorithmes, et Dassault Aviation n’a pas détaillé publiquement leurs fonctions précises, une réserve habituelle sur ce type de programme sensible.
cortAIx, fer de lance de l’IA de défense chez Thales
La collaboration avec cortAIx n’est pas un fait isolé. L’accélérateur d’intelligence artificielle de Thales avait déjà occupé le devant de la scène le 17 septembre avec la présentation de HexaForce, un système de commandement militaire multidomaine revendiqué comme souverain et destiné à concurrencer les offres américaines, à commencer par celles de Palantir. Le rapprochement entre les deux annonces, à cinq jours d’intervalle, illustre la stratégie de Thales : décliner les briques d’IA développées pour le commandement et le renseignement dans l’ensemble des plateformes de la base industrielle et technologique de défense française, du système terrestre à l’aéronef de combat.
Pour Dassault Aviation, l’enjeu est différent mais complémentaire : il s’agit d’irriguer un appareil déjà en service, exporté dans plusieurs pays (Inde, Égypte, Qatar, Grèce, Croatie, Indonésie, aujourd’hui en discussion avec le Danemark), de fonctions numériques qui prolongent sa pertinence opérationnelle sans attendre l’arrivée d’une nouvelle génération d’avions.
Le standard F5, horizon industriel du programme
Ce test s’inscrit dans la préparation du standard F5 du Rafale, désigné par certains observateurs comme relevant d’une véritable capacité de cinquième génération. La Direction générale de l’armement a notifié début septembre les premiers contrats de développement de ce futur standard, qui doit notamment porter sur un radar plus puissant, un moteur renforcé et une intégration plus poussée de fonctions autonomes. Selon des estimations d’observateurs du secteur, une entrée en service du F5 pourrait intervenir entre 2033 et 2035, un calendrier qui n’a pas été confirmé officiellement par Dassault Aviation à ce stade.
Le Rafale F5 est également présenté par l’État comme la plateforme clé de la composante aéroportée de la dissuasion nucléaire française pour les décennies à venir, ce qui confère à chaque brique technologique ajoutée, y compris logicielle, une portée qui dépasse le seul cadre commercial de l’avionneur.
La souveraineté numérique, argument central de la communication
Le choix du terme « souverain », répété à deux reprises dans le communiqué de Dassault Aviation, n’est pas anodin. Il s’inscrit dans une séquence où l’ensemble de l’écosystème de défense français cherche à démontrer sa capacité à développer, en propre ou avec des partenaires européens, des briques d’intelligence artificielle critiques, plutôt que de dépendre de solutions étrangères pour des systèmes touchant à la sécurité nationale. Cette logique irrigue aujourd’hui la quasi-totalité de la base industrielle et technologique de défense, des drones aux systèmes de commandement, en passant par les futurs standards des avions de combat.
Pour une base industrielle qui investit massivement dans l’intelligence artificielle de défense, tout en devant composer avec des budgets contraints et une concurrence internationale accrue sur le segment des avions de combat, cette annonce vaut autant démonstration technique que message adressé aux clients export et aux partenaires industriels européens : la France entend rester à la pointe de l’intégration de l’IA dans ses systèmes d’armes, sans en déléguer la maîtrise.
