Sommet Trump-Xi à Washington : l’Europe en position de spectatrice sur les terres rares

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Pékin l’a confirmé le 21 septembre : Xi Jinping effectuera une visite d’État aux États-Unis du 23 au 25 septembre, avec un accueil personnel de Donald Trump à sa descente d’avion, un geste protocolaire rare qui souligne l’enjeu de cette rencontre. Deuxième face-à-face entre les deux dirigeants en 2026 après le déplacement de Donald Trump en Chine en mai, ce sommet doit trancher, ou du moins clarifier, le sort d’une trêve commerciale fragile dont l’expiration, fixée au 10 novembre, fait planer une incertitude directe sur l’approvisionnement mondial en terres rares, et donc sur la souveraineté industrielle européenne.

Un sommet à trois dimensions : technologie, commerce, Taïwan

Selon plusieurs médias américains, les discussions préparatoires se sont tenues dès le 20 septembre à Manhattan, dans les bureaux de JPMorgan Chase, entre le secrétaire au Trésor Scott Bessent et le représentant au Commerce Jamieson Greer côté américain, et le vice-Premier ministre He Lifeng côté chinois. Un analyste du Centre pour l’analyse des politiques européennes résume l’agenda en trois mots : « le sommet des trois T », pour Taïwan, technologie et commerce.

Sur l’intelligence artificielle, Washington et Pékin chercheraient à établir un cadre d’alerte mutuelle en cas d’incident touchant à la sécurité nationale, ainsi que des garde-fous contre la contrebande de puces avancées et la distillation non autorisée de modèles. Sur Taïwan, un paquet d’armement américain de 14 milliards de dollars, en attente d’approbation finale, devrait être au centre des demandes chinoises. Washington, de son côté, presserait Pékin de réduire ses achats de pétrole iranien pour accentuer la pression sur Téhéran, la Chine demeurant le premier acheteur mondial de brut iranien.

Terres rares : une trêve qui expire dans sept semaines

C’est toutefois le dossier des minéraux critiques qui concentre le plus directement les intérêts économiques européens. L’accord conclu fin octobre 2025 en Corée du Sud entre les deux présidents avait permis une désescalade limitée : réduction par Washington de sa « taxe fentanyl » de 20 % à 10 %, suspension par Pékin de ses restrictions à l’export sur les terres rares, reprise des achats chinois de soja américain. Mais cet arrangement, comme le relevaient déjà plusieurs analyses au moment de sa signature, ne réglait rien sur le fond. Il expire précisément le 10 novembre, ce qui replace la question au cœur du sommet de cette semaine, avec en toile de fond la menace américaine d’une réintroduction de tarifs pouvant atteindre 125 %.

La position de force chinoise reste écrasante. Selon les données reprises par plusieurs études spécialisées, la Chine extrait environ 60 % des terres rares mondiales, en raffine plus de 85 %, et fabrique 94 % des aimants permanents utilisés notamment dans l’électronique, les véhicules électriques et l’armement. Sur les aimants samarium-cobalt, utilisés dans des applications militaires de haute précision, la dépendance occidentale frôle les 100 %. C’est précisément ce goulot d’étranglement qui donne à Pékin un puissant levier de négociation, y compris vis-à-vis d’industries de défense européennes, françaises comprises, qui s’appuient sur ces composants pour leurs équipements les plus sensibles.

La France et l’Europe cherchent à combler un retard de trente ans

Face à cette dépendance, la France a annoncé en mai dernier, par la voix des ministres Roland Lescure et Sébastien Martin, un plan national de relance de la filière des terres rares : crédits d’impôt, simplifications réglementaires, prêts garantis par l’État et exigences de transparence sur les chaînes d’approvisionnement, assortis de partenariats avec des pays producteurs comme le Brésil, la Malaisie, la Suède ou l’Afrique du Sud. Des spécialistes du secteur, comme le journaliste et essayiste Guillaume Pitron, jugent toutefois que ce plan ne constitue pas une rupture majeure, l’Europe accusant selon lui environ trente ans de retard industriel sur la Chine dans ce domaine.

À l’échelle européenne, le règlement sur les matières premières critiques (Critical Raw Materials Act), adopté en 2024, fixe des objectifs de souveraineté à l’horizon 2030 à travers 47 projets industriels stratégiques, complétés par l’initiative RESourceEU visant à diversifier les sources d’approvisionnement de la Commission. Mais les financements mobilisés restent jugés insuffisants face à l’ampleur des investissements américains et chinois dans le secteur, et plusieurs observateurs anticipent que la suprématie chinoise sur la chaîne de valeur des terres rares perdurera pendant encore dix à quinze ans, quel que soit le rythme d’accélération des efforts occidentaux.

Un test grandeur nature pour la souveraineté économique européenne

Le sommet de Washington illustre ainsi, une nouvelle fois, la position structurellement défensive de l’Europe dans un rapport de force qui se joue essentiellement entre Washington et Pékin. Que la trêve du 10 novembre soit prolongée, durcie ou rompue, l’issue de la rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping aura des répercussions directes sur les prix et la disponibilité des matériaux critiques pour l’industrie européenne, de l’automobile électrique à la défense. Pour la France, qui mise sur son plan national et sur les projets soutenus par Bruxelles pour desserrer l’étau, le rendez-vous de cette semaine agit comme un rappel : tant que la production et le raffinage mondiaux resteront concentrés en Chine, la marge de manœuvre stratégique de l’Europe continuera de se négocier ailleurs.

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