À Revin, l’usine française de vélos électriques Cibox change d’échelle face aux importations asiatiques

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Dans les Ardennes, une ancienne friche industrielle est devenue en un peu plus d’un an l’un des symboles les plus concrets de la réindustrialisation française dans la mobilité électrique. Le fabricant Cibox, propriétaire de la marque de vélos et trottinettes électriques YEEP.ME, a annoncé le 21 septembre avoir déjà dépassé, à la mi-août, l’intégralité de son chiffre d’affaires réalisé sur l’ensemble de l’année 2025, et ce en moins de huit mois d’exercice 2026.

Cotée sur Euronext Growth Paris sous le code ALCBX, l’entreprise a vu son chiffre d’affaires atteindre 15,1 millions d’euros à la mi-août, contre 14,7 millions d’euros pour la totalité de 2025. Sur le seul premier semestre 2026, l’activité a été multipliée par 2,5 par rapport à la même période de 2025, pour s’établir à 10,7 millions d’euros. Cette accélération s’accompagne d’une révision à la hausse de l’objectif de production annuel : Cibox vise désormais au moins 60 000 vélos électriques produits en 2026, contre 50 000 initialement prévus. Plus de 40 000 unités avaient déjà été assemblées à fin août, dont 28 000 sur le premier semestre et 13 000 sur les seuls mois de juillet et août, à comparer aux 24 000 vélos produits sur l’ensemble de l’année 2025.

Une montée en cadence spectaculaire de l’usine ardennaise

Cette croissance repose presque entièrement sur la montée en puissance du site industriel de Revin, dans les Ardennes, où Cibox a implanté son usine sur une ancienne friche du groupe Porcher, spécialiste historique de la sanitairerie. Inaugurée en juin 2025 sur environ 16 000 m², l’usine a vu sa capacité de production passer de 200 à plus de 600 vélos par jour en l’espace de quelques mois. L’entreprise, historiquement positionnée sur l’électronique avant de se réorienter vers la micromobilité il y a une dizaine d’années, affiche désormais un mix produit largement dominé par le vélo électrique, qui représente 90 % de son activité contre 50 % seulement en 2024.

La direction de Cibox attribue cette dynamique au succès commercial de ses nouvelles gammes, notamment les modèles cargo DAY CARGO v3 et DAY CARGO MINI ainsi que le DAY COMPACT, à un renforcement de ses canaux de vente digitaux, et à la mise en cadence progressive du site industriel. À pleine capacité, l’entreprise ambitionne de produire jusqu’à 150 000 vélos par an à Revin, un objectif qui impliquerait la création de près de 250 emplois sur ce site ardennais.

Un pôle de relocalisation inattendu dans une région industrielle en reconversion

L’implantation de Cibox n’est pas un cas isolé à Revin. La commune, marquée par plusieurs décennies de déclin industriel, accueille également depuis peu la relocalisation des cycles Mercier, une marque historique française de vélos qui avait délocalisé sa production en Asie et qui l’a ramenée dans les Ardennes, un projet présenté par les collectivités locales comme un symbole de la relance industrielle du territoire, associé à environ 270 emplois et 2,4 millions d’euros d’investissement. Plus surprenant encore, un fabricant chinois de vélos électriques, Fiido, a lui aussi choisi d’assembler une partie de sa production à Revin, illustrant la manière dont la production locale devient, même pour des marques asiatiques, un argument commercial et réglementaire sur le marché européen.

Cette concentration d’initiatives fait de ce petit bassin industriel ardennais un cas d’étude pour la filière du vélo électrique en France, un secteur où la concurrence des fabricants asiatiques, notamment chinois, reste structurellement forte sur les segments d’entrée et de milieu de gamme. Le marché français du vélo à assistance électrique, longtemps porté par les aides à l’achat et le développement des mobilités douces en ville, a connu un tassement en 2025 avant de montrer des signes de reprise cette année, ce qui rend la performance commerciale de Cibox d’autant plus notable dans un contexte sectoriel qui reste incertain.

Une illustration des ambitions de souveraineté industrielle affichées depuis Choose France

Le parcours de Cibox s’inscrit dans la ligne des ambitions répétées par les pouvoirs publics français depuis plusieurs éditions du sommet Choose France, qui visent à ancrer sur le territoire national des capacités de production dans les secteurs de la mobilité et de l’électronique, considérés comme stratégiques face à la dépendance aux importations asiatiques. Si l’entreprise n’a pas communiqué, dans son point du 21 septembre, sur d’éventuels soutiens publics directs à son développement industriel, sa trajectoire témoigne de la capacité d’un acteur français de taille intermédiaire à se développer rapidement sur un segment de marché largement dominé par des concurrents étrangers, à condition de disposer d’un outil de production compétitif sur le sol national.

Cibox n’a pas précisé à ce stade le calendrier de montée en puissance vers son objectif de long terme de 150 000 vélos annuels, ni les modalités précises des recrutements à venir sur le site de Revin. L’entreprise a toutefois indiqué maintenir sa confiance dans ses perspectives de développement, tout en anticipant des charges non récurrentes sur la période à venir, liées à cette phase d’industrialisation accélérée.

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