Le groupe hospitalier Ramsay Santé a dévoilé, jeudi 17 septembre 2026, son plan stratégique « Connecting Care 2030 » à l’occasion de son Capital Markets Day. Derrière les objectifs de croissance affichés pour la période 2027-2029, c’est surtout la recomposition annoncée de son actionnariat qui retient l’attention : l’australien Ramsay Health Care, actionnaire historique à 52,79 %, va distribuer l’intégralité de sa participation à ses propres actionnaires en décembre 2026, ouvrant une nouvelle séquence pour l’un des principaux opérateurs de cliniques et d’hôpitaux privés du pays.
Un plan à cinq piliers pour l’un des premiers groupes hospitaliers privés d’Europe
Avec 491 établissements répartis dans cinq pays (France, Suède, Norvège, Danemark, Italie), environ 13 millions de patients pris en charge chaque année et 40 000 salariés pour 10 000 praticiens, Ramsay Santé figure parmi les tout premiers opérateurs de santé privée en Europe. Le plan « Connecting Care 2030 » articule sa stratégie autour de cinq axes : le renforcement d’une offre de soins intégrée et accessible, la transformation numérique et l’intelligence artificielle, une gestion plus active du portefeuille d’activités, l’optimisation des coûts, et le développement de nouveaux relais de croissance comme les soins à domicile, la santé mentale ambulatoire ou l’assurance santé en Suède.
Le groupe prévoit une croissance annuelle de son chiffre d’affaires de 2,0 % à 3,0 % en 2027, puis d’environ 3,0 % jusqu’en 2029, avec une amélioration progressive de ses marges et un ratio dette nette sur EBITDA ramené sous 4,0 fois. Les investissements représenteront en moyenne 4,0 % du chiffre d’affaires sur la période, adossés à un patrimoine immobilier valorisé 1,5 milliard d’euros.
La sortie programmée du géant australien Ramsay Health Care
L’annonce la plus structurante concerne toutefois la gouvernance. Ramsay Health Care Limited, qui avait pris pied dans l’ex-Générale de Santé aux côtés de Crédit Agricole Assurances en 2014 avant la fusion donnant naissance à Ramsay Santé en 2015, a engagé depuis novembre 2025 une revue stratégique de sa participation française. Le groupe australien a confirmé son intention de procéder à une distribution en nature de l’intégralité de ses 52,79 % du capital à ses propres actionnaires, en décembre 2026, une fois le pacte d’actionnaires qui le lie à Crédit Agricole Assurances arrivé à échéance, le 1er octobre 2026.
Concrètement, les actionnaires du groupe australien coté à Sydney recevront directement des titres de Ramsay Santé, dont l’actionnariat va ainsi se disperser fortement, à l’inverse d’une cession classique à un repreneur unique. Pour accompagner ce mouvement, Ramsay Santé a déposé une demande d’admission secondaire sur l’Australian Securities Exchange, via des CHESS Depositary Interests, afin que les nouveaux actionnaires australiens puissent négocier leurs titres sur leur marché domestique.
Crédit Agricole Assurances, actionnaire pivot mais pas candidat au contrôle
Face à ce retrait organisé du partenaire historique, Crédit Agricole Assurances, qui détient 39,82 % du capital via sa filiale Predica, a réaffirmé son statut d’actionnaire de long terme et sa confiance dans la direction du groupe. L’assureur, première compagnie d’assurance-vie en France, a toutefois précisé ne pas avoir l’intention d’augmenter sa participation ni de prendre le contrôle de Ramsay Santé, se positionnant en actionnaire stable plutôt qu’en repreneur.
Ce choix laisse ouverte la question de la future architecture actionnariale d’un groupe qualifié par sa propre direction de « partenaire de référence et de confiance pour les pouvoirs publics » dans les systèmes de santé européens. Une fois la distribution réalisée, Crédit Agricole Assurances pourrait devenir de facto le premier actionnaire identifiable face à un flottant australien dispersé, sans pour autant disposer d’une majorité ni exercer de contrôle formel.
Un enjeu de souveraineté sanitaire pour un acteur jugé structurant
Cette recomposition intervient dans un contexte où la financiarisation de l’offre de soins fait l’objet d’une attention politique croissante en France. Un rapport d’information du Sénat, intitulé « Financiarisation de l’offre de soins : une OPA sur la santé ? », a déjà alerté sur les conséquences de la montée en puissance d’investisseurs financiers et de groupes internationaux dans l’hospitalisation privée, aux côtés d’Elsan et de Vivalto Santé, les deux autres grands groupes du secteur.
Le cas Ramsay Santé illustre une configuration particulière : ce n’est pas l’arrivée d’un nouvel investisseur qui redessine le capital d’un acteur sanitaire jugé structurant, mais le retrait organisé d’un actionnaire de contrôle étranger, sans qu’un repreneur industriel ou souverain ne se substitue clairement à lui. Le maintien de Crédit Agricole Assurances comme actionnaire stable offre une forme de continuité française dans la gouvernance du groupe, mais la dispersion de l’ancienne participation australienne laisse la porte ouverte à une recomposition future de l’actionnariat, potentiellement au profit de nouveaux investisseurs financiers internationaux profitant de la liquidité créée sur le marché australien. Pour un groupe qui pèse directement sur l’accès aux soins de plusieurs millions de patients en France et compte parmi les employeurs majeurs du secteur hospitalier privé, la manière dont se stabilisera cette nouvelle géométrie actionnariale mérite d’être suivie de près par les pouvoirs publics.
