Cloud et infrastructures publiques : l’État confie 210 millions d’euros à l’alliance Atos, Open et Thales

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L’UGAP, la centrale d’achat public française, a annoncé le 15 septembre avoir retenu l’offre conjointe d’Atos, d’Open et de Thales pour ses deux prochains marchés de prestations informatiques : l’environnement cloud d’un côté, l’exploitation des infrastructures et des réseaux de l’autre. Les deux contrats, conclus pour quatre ans, représentent une valeur estimée de 210 millions d’euros hors taxes, avec des montants maximaux d’accord-cadre pouvant atteindre 1,3 milliard d’euros. Dans un secteur des services numériques où les hyperscalers américains dominent largement les infrastructures cloud mondiales, ce choix confirme la volonté de l’État de structurer une offre alternative pilotée par des acteurs français.

Deux lots, trois industriels

Le marché se divise en deux volets distincts. Le premier, baptisé PEC (prestations réalisées dans un environnement cloud), est piloté par Atos. Il couvre l’architecture cloud publique et privée, les migrations de systèmes, l’automatisation des déploiements, ainsi que le maintien en conditions opérationnelles, le FinOps et le GreenOps. Sa valeur est estimée à 50 millions d’euros sur quatre ans, pour un accord-cadre plafonné à 500 millions d’euros.

Le second lot, EIR (exploitation informatique et réseau), revient à Open. Il porte sur la modernisation et l’exploitation des infrastructures, des systèmes et des réseaux, la gestion des bases de données, du stockage et des sauvegardes, la sécurité opérationnelle et la conteneurisation. L’objectif affiché est la réduction de la dette technique des administrations et l’évolution vers des environnements hybrides. Ce lot est estimé à 160 millions d’euros, avec un plafond d’accord-cadre de 800 millions d’euros.

Thales complète le groupement en apportant son expertise en cybersécurité et en souveraineté numérique, un savoir-faire jugé déterminant pour un marché destiné à des clients aussi sensibles que les ministères, les collectivités territoriales, les établissements publics et sanitaires, les caisses d’assurance ou encore les entreprises publiques et privées clientes de l’UGAP. Le périmètre couvre l’ensemble du territoire français, y compris les départements et régions d’outre-mer. Selon les dirigeants des trois groupes cités dans le communiqué commun, la confiance renouvelée de l’UGAP « témoigne de la force de notre proposition ». Le groupement prolonge en réalité un tandem Atos-Open déjà présent sur le précédent marché cloud de la centrale d’achat, auquel s’ajoute désormais Thales.

Un maillon de la stratégie « Cloud au centre »

Cette attribution s’inscrit dans la doctrine gouvernementale dite du « Cloud au centre », qui pousse les administrations à migrer leurs systèmes d’information vers des solutions cloud tout en privilégiant des prestataires soumis au droit européen. Les chiffres publiés récemment par l’État donnent la mesure du mouvement : 84 millions d’euros de commandes ont été passées en 2025 sur le marché du cloud de l’État, en hausse de 62 % par rapport à 2024, avec 847 projets distincts ayant passé commande, soit une progression de 42 % sur un an. En moyenne, deux nouveaux projets sont lancés chaque jour. Surtout, 99 % de ces projets publics sont désormais orientés vers des fournisseurs européens, signe d’une bascule assumée au détriment des géants américains du cloud.

L’un des chantiers les plus emblématiques de cette stratégie concerne le Health Data Hub, la plateforme qui centralise les données de santé de millions de Français et qui reste aujourd’hui hébergée par Microsoft. Sa migration vers une infrastructure cloud souveraine est annoncée pour 2027. Plusieurs solutions ont déjà obtenu ou visent la qualification SecNumCloud délivrée par l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI), référentiel censé garantir l’immunité des données face aux lois d’extraterritorialité américaines comme le Cloud Act. S3NS, filiale détenue à 95 % par Thales, a ainsi obtenu cette certification fin 2025 ; Bleu, Scaleway, OVHcloud et NumSpot poursuivent des démarches similaires. Les modèles d’intelligence artificielle de Mistral AI sont désormais déployables sur des infrastructures SecNumCloud, renforçant la cohérence d’un écosystème français qui cherche à couvrir l’ensemble de la chaîne, du modèle d’IA à l’hébergement.

Une victoire industrielle aux effets concrets

Au-delà des montants contractuels, l’enjeu de ce type de marché public dépasse la seule question budgétaire. Le secteur des services informatiques et du conseil numérique constitue une part croissante de l’économie tertiaire française, et la commande publique y joue un rôle structurant pour des groupes comme Atos, encore engagé dans un plan de redressement financier, ou Open, acteur de taille intermédiaire du secteur. Le marché UGAP leur offre une visibilité pluriannuelle et un socle de références dans un segment où les prestataires américains (Amazon Web Services, Microsoft Azure, Google Cloud) conservent une avance technologique et commerciale considérable à l’échelle mondiale.

Des exemples concrets illustrent déjà cette bascule vers des solutions hébergées en France : les systèmes du SAMU, la plateforme cartographique Géoportail de l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN), ou encore les processus d’inscription sur les listes électorales ont été migrés vers des environnements cloud conformes aux exigences de souveraineté. Le nouveau marché confié à Atos, Open et Thales devrait accélérer ce mouvement pour l’ensemble des administrations éligibles à l’UGAP, dans un contexte où la dépendance numérique aux acteurs extra-européens demeure l’un des points de vigilance constants des pouvoirs publics français.

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