OVHcloud, le champion français du cloud souverain, a annoncé mercredi 26 août 2026 plusieurs mouvements au sein de sa direction, dont le départ de sa directrice financière Stéphanie Besnier au moment même où le groupe s’apprête à entrer dans la phase d’exécution de son plan stratégique à cinq ans. La nouvelle a été sanctionnée sans détour par les marchés : l’action a chuté de 8,8%, à 14,54 euros, dans la matinée.
Un départ mal accueilli par les marchés
Selon le communiqué diffusé par le groupe roubaisien, Stéphanie Besnier quittera ses fonctions le 31 août 2026, après trois années passées à la tête des finances d’OVHcloud. Julien Rabette, actuellement directeur financier adjoint, assurera l’intérim le temps que l’entreprise recrute une remplaçante ou un remplaçant.
Dans le communiqué, le fondateur et désormais président-directeur général Octave Klaba a salué « trois années de collaboration, en particulier les douze derniers mois consacrés à bâtir notre stratégie à cinq ans et le budget de l’exercice 2027 ». Une formule qui, précisément, souligne le caractère inopportun du calendrier : c’est cette même dirigeante qui avait construit la feuille de route stratégique qu’OVHcloud s’apprêtait à mettre en œuvre.
Les analystes n’ont pas manqué de relever ce paradoxe. Chez TP ICAP Midcap, ce départ est qualifié de « facteur de risque de gouvernance », dans la mesure où l’absence prolongée d’une direction financière permanente en pleine bascule stratégique nourrit l’incertitude. Chez Allinvest Securities, la sortie de Stéphanie Besnier est jugée d’autant plus dommageable qu’elle avait « réussi à améliorer les marges ces dernières années » : la marge d’EBITDA ajusté a progressé de 0,9 point, à 40,9%, au premier semestre de l’exercice 2025-2026.
Une gouvernance déjà chahutée depuis un an
Ce nouveau remous intervient dans un contexte de gouvernance instable. Octave Klaba avait repris les rênes opérationnelles du groupe en octobre 2025, en fusionnant les fonctions de président du conseil et de directeur général, à peine un an après l’arrivée de Benjamin Revcolevschi à la direction générale — dont le conseil d’administration avait mis fin au mandat sans détailler publiquement les motifs. Klaba avait alors annoncé le lancement d’un nouveau plan stratégique quinquennal, baptisé « Step Ahead » (2026-2030), destiné à accélérer les investissements dans les centres de données et les logiciels face à une concurrence internationale galopante sur le cloud et l’intelligence artificielle.
Le titre OVHcloud, introduit en Bourse en octobre 2021 à 18,50 euros, reste aujourd’hui environ 26% en dessous de son prix d’introduction, malgré un rebond ponctuel de 45% en avril 2025 porté par l’engouement pour la souveraineté numérique européenne — un thème qui reste, sur la durée, le principal actif immatériel de l’entreprise face aux géants américains du secteur (AWS, Microsoft Azure, Google Cloud).
Deux nominations pour muscler la croissance commerciale
Le communiqué d’OVHcloud ne se limite pas à acter un départ : il annonce aussi deux arrivées destinées à muscler l’appareil commercial du groupe. Pierre Byramjee rejoint le comité exécutif au poste nouvellement créé de Chief Revenue Officer pour l’activité Digital Cloud. Fort d’une expérience chez Dell, Microsoft et Stripe, il aura pour mission d’accélérer la croissance auprès des clients « digital natives », des start-up jusqu’aux entreprises en forte croissance, en s’appuyant sur l’argument du cloud souverain.
Sylvain Siou est par ailleurs nommé vice-président Customer Solutions & Success au sein de la division commerciale Corporate. Fort de plus de vingt ans d’expérience dans l’avant-vente et la relation client — chez VMware, Nutanix, EfficientIP et Keepit —, il devra faire le lien entre l’expertise technique d’OVHcloud et les enjeux métier des grandes entreprises clientes.
Un test de crédibilité pour le cloud souverain français
Au-delà du jeu de chaises habituel des comités exécutifs, cet épisode pose une question plus large pour l’écosystème français du numérique : celle de la capacité d’OVHcloud à stabiliser sa gouvernance au moment précis où l’entreprise porte, aux yeux de l’État et des acteurs publics, l’ambition d’une alternative crédible aux hyperscalers américains. Le groupe a beau disposer d’un financement sécurisé jusqu’en 2030 selon ses propres communications, la succession rapide de deux directions générales puis d’une direction financière en moins de dix-huit mois interroge sur la solidité de l’exécution d’un plan stratégique censé, justement, incarner la promesse de continuité et de souveraineté qu’OVHcloud vend à ses clients institutionnels et industriels.


