Grève illimitée chez Airbus en Espagne : l’objectif de 870 livraisons en 2026 sous pression

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La reprise, ce mardi 25 août, d’un mouvement de grève illimitée sur les sites espagnols d’Airbus remet sous tension l’un des piliers de l’industrie aéronautique européenne. À quatre mois de la clôture de l’exercice, le conflit social interroge la solidité d’un modèle industriel intégré où la France, l’Espagne et l’Allemagne fabriquent ensemble, sur des chaînes interdépendantes, la quasi-totalité des avions civils du groupe.

Une grève votée après l’échec de la médiation

Les salariés espagnols d’Airbus affiliés à la CGT, à l’UGT et au syndicat ÚTIL ont annoncé lundi 24 août avoir approuvé la reconduction, sans limite de durée, de leur mouvement de grève, entré en application ce mardi. La décision intervient après le rejet, par les organisations syndicales, des dernières propositions de médiation formulées par la direction du groupe. Un nouveau point d’étape est prévu chaque vendredi pour évaluer l’évolution du rapport de force.

Le conflit couve depuis juillet. Des grèves tournantes s’étaient déjà succédé sur les sites espagnols, mobilisant jusqu’à 40 % des effectifs du pays selon les organisations syndicales, sans jusque-là perturber la production de façon visible. Le principal foyer de la contestation se situe à Getafe, dans la banlieue de Madrid, qui emploie environ 9 000 salariés sur un total espagnol d’environ 14 000.

Des revendications salariales et sociales

Les syndicats espagnols réclament une revalorisation salariale pouvant atteindre 12 %, une prime de 2 000 euros et l’indexation des rémunérations sur l’inflation constatée en Espagne depuis la crise sanitaire, avec mise en œuvre effective d’ici 2027. S’y ajoutent la garantie de deux jours de télétravail hebdomadaire, le maintien des navettes gratuites et de la restauration collective, des garanties sur le maintien de salaire en cas d’arrêt maladie, une indemnisation des jours de grève ainsi qu’une plus grande flexibilité sur les dates de congés. Une revendication traverse l’ensemble de ces demandes : la réduction des écarts de rémunération entre les sites espagnols et leurs homologues français et allemands, souvent mieux rémunérés au sein du même groupe.

La direction d’Airbus a déjà dû reculer sur un point. Le projet de réduction du télétravail — d’une moyenne de deux jours à un jour par semaine pour les fonctions support, ingénierie et informatique, présenté comme un moyen de « renforcer le travail collectif, le partage des connaissances et la rapidité des décisions » — devait entrer en vigueur le 1er septembre. Il a été suspendu le 22 août sous la pression de la mobilisation espagnole. En France, un accord d’entreprise signé en 2024 et valable jusqu’en 2028 garantit déjà le maintien de deux jours de télétravail, une différence de traitement que les syndicats espagnols mettent explicitement en avant.

La France regarde de près

Côté français, la CGT suit la situation avec attention sans, à ce stade, appeler à un mouvement similaire. Maxime Léonard, représentant CGT chez Airbus, a indiqué que l’organisation « suit de près la mobilisation espagnole », relevant que les revendications portées dans les deux pays « partagent plusieurs points communs ». Des rassemblements de solidarité s’étaient déjà tenus en juin sur les sites toulousains de Labège, sans atteindre l’ampleur du mouvement espagnol.

L’enjeu dépasse la seule question sociale. Les usines espagnoles participent à la fabrication de la quasi-totalité des programmes civils du groupe — A220, A330 et A350 — dans une chaîne de production éclatée entre la France, l’Allemagne, l’Espagne et le Royaume-Uni, où un blocage prolongé sur un maillon peut, à terme, se répercuter sur l’ensemble de la cadence industrielle. Sur le marché, la réaction reste pour l’instant contenue : l’action Airbus progressait de près de 2 %, autour de 207 euros, dans l’après-midi du 25 août, signe que les investisseurs ne anticipent pas encore d’impact direct sur la production.

Un objectif de livraisons déjà tendu

Le calendrier laisse toutefois peu de marge. Airbus avait livré 418 avions civils à fin juillet, pour un objectif annuel fixé à 870 appareils sur l’ensemble de l’exercice 2026. Il reste donc 452 avions à livrer d’ici la fin de l’année, soit une cadence mensuelle proche de 90 appareils à tenir jusqu’en décembre — un rythme déjà ambitieux avant même l’irruption de ce nouveau facteur d’incertitude sociale. Interrogée sur les conséquences d’une grève qui s’installerait dans la durée, la CGT prévient que « s’il elle dure, il y aura un impact évident » sur la production.

Pour l’industrie aéronautique européenne, l’épisode illustre une fragilité structurelle : la performance industrielle d’un groupe conçu comme un consortium multi-pays dépend de l’articulation sociale entre ses différents bassins d’emploi, à un moment où Airbus doit démontrer sa capacité à tenir ses engagements de production face à une concurrence mondiale — Boeing en tête — qui scrute également sa cadence de livraisons. Une issue rapide du conflit espagnol conditionnera en partie la trajectoire du groupe, et par ricochet celle de l’ensemble de la filière aéronautique française, sur les derniers mois de l’année.

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