Terres rares, cuivre, tungstène : la France muscle sa veille sur les minerais critiques face à la pression chinoise

Mine de lithium, matériau nécessaire pour la conception des batteries
Mine de lithium, matériau nécessaire pour la conception des batteries

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L’Observatoire français des ressources minérales pour les filières industrielles (Ofremi) a publié, le 25 août 2026, son rapport d’activité pour l’année 2025. Le document dresse le bilan d’une structure discrète mais stratégique, chargée depuis 2022 de sécuriser l’approvisionnement de la France et de l’Europe en métaux critiques — un enjeu de souveraineté industrielle que les restrictions à l’export décidées par Pékin sur les terres rares ont rendu plus pressant que jamais.

Un dispositif de veille né de la dépendance chinoise

Créé en 2022 et animé par le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), l’Ofremi réunit six établissements partenaires — BRGM, CEA, Ademe, IFPEN, Ifri et Cnam — autour d’une vingtaine d’experts pluridisciplinaires. Sa mission : cartographier les risques de rupture d’approvisionnement pour les métaux jugés stratégiques, mettre en relation industriels français et européens, et appuyer la mise en œuvre du règlement européen sur les matières premières critiques (Critical Raw Materials Act, ou CRM Act).

Le rapport 2025 intervient alors que la Chine, qui contrôle l’essentiel du raffinage mondial des terres rares et des aimants permanents indispensables aux moteurs électriques, aux éoliennes ou à certains systèmes de défense, a durci ses restrictions d’exportation. Cette dépendance, documentée depuis plusieurs années par les chancelleries occidentales, s’est transformée en variable d’ajustement géopolitique à mesure que les tensions commerciales entre Washington et Pékin se sont intensifiées — un rapport de force dans lequel l’Europe, largement importatrice, dispose de peu de leviers.

Une stratégie nationale du cuivre et un stress-test sur le tungstène

Au-delà des terres rares, l’Ofremi a concentré ses travaux 2025 sur plusieurs filières. L’observatoire a élaboré une stratégie nationale du cuivre, assortie de quatre recommandations, dont celle d’organiser la filière autour d’une structure dédiée — un métal dont la demande mondiale s’envole avec l’électrification des usages (véhicules électriques, réseaux, data centers) sans que l’offre minière suive au même rythme.

Sur le tungstène, métal essentiel à l’industrie de défense et à l’outillage de précision, l’observatoire a conduit un exercice de stress-test destiné à évaluer la résilience des chaînes d’approvisionnement françaises en cas de choc externe. Le titane a fait l’objet d’une veille confidentielle réservée aux industriels partenaires, tandis que les platinoïdes — utilisés notamment dans la catalyse automobile et l’électronique — restent sous surveillance. L’Ofremi indique également explorer, avec ses homologues européens, la piste d’une bourse européenne des métaux, qui permettrait de mutualiser l’information sur les prix et les stocks stratégiques à l’échelle du continent.

« BRGM est un acteur clé de notre stratégie sur les minerais et métaux stratégiques, un enjeu majeur pour notre industrie », a résumé Benjamin Gallezot, délégué interministériel aux approvisionnements en minerais et métaux stratégiques (DIAMMS), cité par le BRGM. Stéphane Bourg, qui dirige l’Ofremi, a pour sa part souligné le rôle de l’observatoire comme « acteur incontournable de la sécurisation des approvisionnements aux niveaux national et européen ».

Recyclage et exploration : les autres chantiers du BRGM

Le rapport d’activité 2025 du BRGM, dans lequel s’inscrit le bilan de l’Ofremi, met aussi en avant plusieurs projets de recherche destinés à réduire la dépendance française aux importations. La plateforme européenne Urban Mine, qui recense les gisements urbains de déchets valorisables dans sept flux différents à l’échelle de l’Union européenne, de l’Islande, de la Norvège, de la Suisse et du Royaume-Uni, en est un exemple. Le projet Lithos a de son côté permis de produire plusieurs centaines de kilogrammes de concentré de spodumène — un minerai de lithium — à partir de trois tonnes de minerai brut, une démonstration de faisabilité pour une future filière française du lithium.

Le BRGM a par ailleurs développé 220 jeux de données d’inventaire de cycle de vie couvrant 53 éléments métalliques et minéraux et 163 voies de production, un outil destiné à mesurer l’empreinte environnementale des filières minières. Sur le volet exploration, le consortium européen Undercover, financé par le programme Horizon Europe et regroupant seize partenaires scientifiques et industriels, développe des techniques de détection non invasives pour repérer des gisements profonds sans les impacts environnementaux de l’exploration classique. Le projet Motris, associant BRGM, CNRS et CEA, vise quant à lui à moderniser les procédés de traitement et de recyclage des métaux critiques.

Un enjeu de souveraineté industrielle et énergétique

Ces travaux s’inscrivent dans un mouvement plus large de réarmement industriel européen face à la vulnérabilité de ses chaînes d’approvisionnement en matières premières stratégiques. Le CRM Act, entré en application au niveau européen, fixe des objectifs de diversification des sources, de recyclage et de capacité de raffinage domestique que l’Ofremi est chargé de décliner pour les industriels français. Pour la défense, l’électronique, l’automobile ou les énergies renouvelables — des secteurs pour lesquels la France affiche des ambitions de souveraineté affirmées —, la sécurisation de l’accès aux métaux critiques conditionne directement la capacité du pays à tenir ses objectifs industriels sans dépendre d’un fournisseur unique en position de force géopolitique.

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