Au deuxième trimestre 2026, Stellantis affiche un chiffre d’affaires net de 43,5 milliards d’euros, en hausse de 13 %, porté par le rebond de ses activités nord-américaines. Malgré un bénéfice opérationnel ajusté multiplié par quatre sur un an, le groupe déçoit les marchés par une marge jugée trop étroite.
Stellantis affiche une croissance de son chiffre d’affaires au deuxième trimestre
Le constructeur automobile franco-italo-américain Stellantis a publié, au deuxième trimestre 2026, un chiffre d’affaires net de 43,5 milliards d’euros, conforme aux anticipations du marché, dans le cadre d’un redressement progressif engagé depuis l’arrivée de son directeur général Antonio Filosa. Cette progression de 13 % en un an s’appuie en premier lieu sur la normalisation des opérations en Amérique du Nord, marché stratégique pour le groupe issu de la fusion entre PSA et FCA. Le bénéfice opérationnel ajusté s’est établi à 773 millions d’euros, soit près de quatre fois le niveau enregistré au même trimestre de l’année précédente. Ce chiffre, bien qu’en nette amélioration, est resté inférieur au consensus des analystes, fixé à 914 millions d’euros, ce qui a pesé sur la réaction des investisseurs. À la Bourse de Paris, l’action Stellantis a reculé de 4,7 % à 5,03 euros dans les premiers échanges, alors que le CAC 40 progressait dans le même temps de 1,02 %. Ce décalage illustre la sévérité du jugement des marchés à l’égard d’un groupe qui, malgré des volumes en reprise, peine encore à convertir sa croissance commerciale en rentabilité satisfaisante. Antonio Filosa a néanmoins souligné des progrès sur l’ensemble des indicateurs financiers clés, citant des gains significatifs sur le chiffre d’affaires, le résultat opérationnel courant et le free cash flow industriel.
Une marge opérationnelle de 1,8 % qui interroge les analystes
C’est précisément la marge d’exploitation ajustée qui concentre les critiques. À 1,8 %, elle marque certes une amélioration par rapport à l’exercice précédent, mais reste inférieure à celle enregistrée au premier trimestre 2026. Les analystes de Citi ont qualifié ce niveau de « déconcertant » au regard de la forte croissance du chiffre d’affaires d’un trimestre à l’autre. Plusieurs facteurs structurels et conjoncturels expliquent cette compression des marges. En Europe, l’évolution des prix de vente s’est révélée fortement négative, traduisant une pression concurrentielle accrue sur un marché continental fragilisé par la montée en puissance des constructeurs asiatiques et la transition vers l’électrique. À cela s’ajoutent une hausse des coûts administratifs et de recherche et développement, des effets de change défavorables, ainsi que l’impact des droits de douane américains. Sur ce dernier point, Stellantis a précisé anticiper un coût total compris entre 1 et 1,2 milliard d’euros au titre de l’exercice 2026, un montant qui pèse directement sur la profitabilité du groupe. Le constructeur a par ailleurs averti que ses résultats du second semestre seraient concentrés sur le quatrième trimestre, en raison d’un arrêt de production planifié cet été, ce qui implique une lecture prudente des performances à venir.
Le free cash flow industriel repasse en territoire positif, signe de stabilisation
Au-delà des interrogations sur la marge, un signal plus encourageant est venu des flux de trésorerie. Les free cash flow industriels sont redevenus positifs au deuxième trimestre, à hauteur d’un milliard d’euros, après une sortie nette de 1,9 milliard au premier trimestre et un niveau quasi nul — 31 millions d’euros — au même trimestre de 2025. Ce retournement suggère que la stratégie d’Antonio Filosa, centrée sur la reconstitution des volumes de vente et la reconquête de parts de marché, commence à produire des effets tangibles sur la trésorerie du groupe. La logique défendue par le directeur général repose sur un pari séquentiel : rétablir d’abord les volumes, pour asseoir ensuite un redressement financier plus large. Les résultats du deuxième trimestre semblent valider partiellement cette approche, même si la rentabilité reste le maillon faible du dispositif. Ce contexte fait écho à la profonde restructuration engagée en début d’année, marquée par environ 22 milliards d’euros de charges exceptionnelles et le départ de Carlos Tavares fin 2024, après une longue période de ralentissement commercial qui avait fragilisé la position du groupe sur plusieurs marchés clés.
Stellantis confirme ses objectifs de chiffre d’affaires et de redressement pour 2026-2027
Dans ce contexte de transition, Stellantis a confirmé l’ensemble de ses prévisions pour l’exercice en cours et pour 2027. Le groupe vise une croissance de son chiffre d’affaires dans le milieu d’une fourchette à un chiffre pour 2026, ainsi qu’une marge opérationnelle dans le bas de cette même fourchette. Les free cash flow industriels sont attendus positifs en 2027, après une amélioration progressive dès 2026. Ces objectifs, maintenus malgré les vents contraires tarifaires et les pressions sur les prix en Europe, témoignent d’une certaine stabilité dans le pilotage stratégique du groupe. Pour les décideurs économiques français et européens, l’évolution de Stellantis revêt une portée qui dépasse la seule sphère boursière. Le groupe exploite plusieurs sites industriels en France, dont l’usine de Poissy, et représente un acteur central de la filière automobile européenne, en pleine recomposition face aux défis de l’électrification, des nouvelles barrières douanières et de la compétition internationale. La capacité de Stellantis à restaurer durablement sa rentabilité conditionnera en partie la solidité de cet écosystème industriel sur le Vieux Continent.
