Le Groupe SEB a annoncé, lundi 15 septembre, la nomination de Loïc Moutault au poste de directeur général, à compter du 1er octobre 2026. Il succède à Stanislas de Gramont, en fonction depuis juillet 2022, et prend les rênes opérationnelles du numéro un mondial du petit équipement domestique (Tefal, Moulinex, Rowenta, Krups, WMF, All-Clad) en pleine phase de restructuration industrielle.
Un dirigeant venu du monde des marques mondiales
Loïc Moutault a construit l’essentiel de sa carrière au sein du groupe américain Mars, où il a notamment présidé Royal Canin, la marque française de nutrition animale, avant de prendre la tête mondiale de la division Mars Petcare. Le groupe SEB met en avant son expérience de la croissance internationale, de la gestion de marques globales et du management d’équipes multiculturelles, autant de compétences jugées nécessaires pour piloter un groupe présent dans plus de 150 pays.
La gouvernance de l’entreprise reste construite sur une séparation des fonctions : Thierry de La Tour d’Artaise, ancien directeur général du groupe, demeure président du conseil d’administration. Dans son communiqué, SEB indique que « cette nomination ouvre une nouvelle étape dans le développement du groupe, dans la continuité des priorités stratégiques engagées ».
Un plan de redressement encore en cours
L’arrivée de Loïc Moutault intervient alors que SEB traverse l’une des périodes les plus difficiles de son histoire récente. En février 2026, Stanislas de Gramont avait officialisé un plan de suppression de 2 100 emplois dans le monde, dont 500 en France, touchant notamment le siège d’Écully, près de Lyon, et l’ensemble des sites français. Ce plan, baptisé « Rebond », vise à dégager 200 millions d’euros d’économies d’ici fin 2027 et à ramener la croissance annuelle du chiffre d’affaires autour de 5 %.
Les comptes 2025 avaient révélé un chiffre d’affaires en repli à 8,169 milliards d’euros, contre 8,266 milliards un an plus tôt, pénalisé notamment par une chute des ventes de 10 % en Amérique du Nord et de 12 % en Amérique du Sud, que la direction avait attribuée aux fluctuations tarifaires américaines et à la prudence des distributeurs locaux. Seule l’Europe affichait une progression, de 1,1 %, à 3,7 milliards d’euros. Au premier semestre 2026, le groupe a accusé une perte nette de 124 millions d’euros, plombée par les charges exceptionnelles liées à la restructuration, tout en renouant avec une rentabilité opérationnelle en amélioration. SEB a confirmé le maintien de ses objectifs pour l’ensemble de l’année.
L’angle souveraineté : un capitalisme familial qui tient bon
Fondé en 1857 à Selongey, en Côte-d’Or, le Groupe SEB illustre un cas devenu rare dans l’industrie française : celui d’un groupe coté, exposé à la mondialisation et à la concurrence des fabricants asiatiques d’électroménager, resté sous le contrôle d’une même famille depuis sept générations. La famille Lescure, réunie en concert familial d’environ 260 personnes physiques, détient encore près d’un tiers du capital, un ancrage qu’elle a renforcé en 2021 en créant une holding dédiée, chargée d’acquérir progressivement des titres supplémentaires afin de pérenniser ce contrôle face à d’éventuelles velléités de rachat.
Ce modèle, où la famille conserve la propriété tout en confiant la direction opérationnelle à des managers professionnels venus de l’extérieur, a déjà fait ses preuves : c’est SEB qui, en 2001, avait repris Moulinex au bord de la faillite, avec l’aval de Bercy, évitant que la marque emblématique du petit électroménager français ne tombe sous pavillon étranger ou ne disparaisse. Vingt-cinq ans plus tard, le groupe affronte une pression concurrentielle d’un autre ordre : la montée en gamme des fabricants chinois sur les segments où SEB a longtemps dominé, combinée à l’instabilité tarifaire américaine qui fragilise ses positions outre-Atlantique.
En choisissant, pour la première fois depuis plusieurs années, un dirigeant totalement extérieur au sérail SEB et rompu aux logiques des multinationales américaines, la famille actionnaire et le conseil d’administration parient sur un regard neuf pour achever le redressement engagé, sans renoncer au contrôle capitalistique qui a fait la singularité du groupe. Reste à savoir si Loïc Moutault parviendra à concilier discipline financière, préservation de l’emploi industriel français et reconquête de parts de marché face à des concurrents chinois de plus en plus offensifs, dans un contexte où plusieurs fleurons français de l’électroménager et de l’équipement domestique ont déjà disparu ou changé de mains ces dernières décennies.
