L’Autorité des marchés financiers a accordé lundi 26 octobre à l’État une dérogation à l’offre publique obligatoire pour la recapitalisation d’Eramet. Le groupe minier et métallurgique passera sous l’influence de l’Agence des participations de l’État. Explications.
Lundi 26 octobre, l’Autorité des marchés financiers (AMF) a décidé que l’État n’aurait pas à déposer d’offre publique d’achat sur Eramet, alors que sa participation doit nettement augmenter à l’occasion de l’augmentation de capital de 500 millions d’euros prévue avant la fin de l’année. La décision a été rendue publique mardi 27 octobre.
La dérogation de l’AMF, condition suspensive du plan Eramet
Cette dérogation n’est pas une formalité. Dans son communiqué du 12 octobre, Eramet précise que son obtention, purgée de tout recours, constitue une condition suspensive de l’opération. L’État, qui agit par l’Agence des participations de l’État (APE) via FSI-Equation, avait annoncé qu’il la solliciterait.
Le franchissement du seuil de 30 % du capital ou des droits de vote impose en principe le dépôt d’une offre publique. L’AMF y déroge en invoquant, selon Le Journal du Net, la « situation avérée de difficulté financière » du groupe. Sans l’augmentation de capital, Eramet rencontrerait des difficultés significatives à refinancer sa dette et la continuité de son exploitation pourrait être compromise, rapporte le site.
Dans une dépêche de l’AFP reprise par Les Nouvelles Calédoniennes, le régulateur évoque aussi une conjoncture particulière, marquée par la volatilité des prix des matières premières, qui a fortement dégradé les principaux indicateurs financiers du groupe.
500 millions d’euros, 27,1 % du capital et un plafond de 49 % des droits de vote
Le montage repose sur une augmentation de capital avec droits préférentiels de souscription de 500 millions d’euros, annoncée en février et dont le lancement est prévu au quatrième trimestre. L’État s’engage à souscrire à hauteur de sa quote-part de 27,1 % du capital. Il rachètera aussi tout ou partie des droits préférentiels de souscription de Sorame-CEIR, la holding de la famille Duval, avec une décote de 5 % sur leur valeur théorique, de sorte que l’APE ne dépasse pas 49 % des droits de vote effectifs, précise le communiqué d’Eramet.
Si l’APE n’achète pas tous ces droits, Sorame-CEIR souscrira le solde. Des options d’achat au profit de l’État et de vente au profit de Sorame-CEIR porteront ensuite sur les actions souscrites, à un prix proche du prix théorique ex-droit, sans que l’État puisse dépasser 50 % du capital. Leur signature interviendra après avis des instances représentatives du personnel. Sorame-CEIR s’engage de son côté à ne pas détenir plus de 30 % des droits de vote effectifs à l’issue de l’opération.
Fin 2025, l’État détenait un peu plus de 27 % du capital et la famille Duval environ 37 %, selon l’AFP. Après l’opération, la famille détiendra nettement moins, mais devrait rester deuxième actionnaire.
Christel Bories, Roland Lescure et la souveraineté sur les métaux critiques
Dans le communiqué, la présidente-directrice générale d’Eramet, Christel Bories, juge l’opération « indispensable pour assurer la pérennité financière du Groupe ». Le ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, Roland Lescure, y voit une démonstration de « l’engagement du Gouvernement pour asseoir l’indépendance de la France dans le domaine des minerais et métaux critiques ».
Jérôme Duval, représentant Sorame-CEIR, rappelle pour sa part que la holding est actionnaire d’Eramet depuis 1999.
Le conseil d’administration a retenu la solution à l’unanimité, les administrateurs représentant les actionnaires de référence s’étant abstenus. Eramet s’interdit par ailleurs de reprendre le versement d’un dividende tant que son levier financier ajusté ne repassera pas sous 1x.
Un titre à 37,24 euros et un précédent à 46,10 euros
Les marchés ont sanctionné l’annonce. Selon Option Finance, l’action a cédé 14,44 % mardi 13 octobre, à 37,24 euros, la plus forte baisse du SBF 120 ce jour-là. Le média ne fournit ni prix d’émission, ni parité, ni taux de dilution, et note que les investisseurs anticipent une dilution de la valeur et des droits de vote.
Ce recul fait suite à celui de février. Comme Refrance le relevait alors, Eramet décrochait en Bourse après l’annonce d’une recapitalisation de 500 millions d’euros, avec une chute de 23,68 % le 19 février, à 46,10 euros.
Perte de 477 millions d’euros en 2025 et lithium depuis fin 2024
Le groupe a enregistré une perte nette de 477 millions d’euros en 2025, rappelle Le Journal du Net. Les cours du manganèse et du nickel ont reculé l’an dernier, tandis qu’Eramet produit du lithium depuis fin 2024.
Les autres actionnaires, flottant compris, pourront exercer leurs droits préférentiels de souscription ou les céder sur le marché.
Prochaine échéance : Eramet publie son chiffre d’affaires du troisième trimestre jeudi 29 octobre. L’opération doit être exécutée après cette publication et avant la fin de l’année, sous réserve des conditions de marché.
