Le groupe minier français Eramet a subi une lourde sanction des marchés financiers après l’annonce d’un projet de recapitalisation destiné à renforcer ses fonds propres. À la Bourse de Paris, le titre a chuté de plus de 23 %, illustrant la nervosité des investisseurs face à une opération susceptible d’entraîner une dilution du capital.
Une recapitalisation validée par les actionnaires de référence
Jeudi 19 février, l’action de Eramet a terminé en baisse de 23,68 %, à 46,10 euros. Cette correction brutale fait suite à la présentation des résultats annuels 2025 et à l’annonce d’un projet de recapitalisation d’environ 500 millions d’euros prévu pour 2026.
L’opération, dont les modalités précises seront détaillées ultérieurement, a déjà été convenue avec les deux principaux actionnaires du groupe : la famille Duval, qui détient 37 % du capital, et l’État français, actionnaire à hauteur de 27 %. Elle devra néanmoins être validée lors d’une prochaine assemblée générale.
Dans l’esprit des marchés, une recapitalisation par émission de nouvelles actions implique mécaniquement un risque de dilution pour les actionnaires existants. Cette perspective a pesé lourdement sur la valorisation du groupe, alors même que celui-ci cherche à consolider sa structure financière dans un contexte sectoriel particulièrement tendu.
Présent dans 16 pays et employant plus de 10 000 salariés, Eramet est actif dans la production de manganèse, de sables minéralisés et de lithium, en plus du nickel, métal stratégique pour l’acier inoxydable et les batteries.
Des résultats 2025 lourdement dégradés
L’exercice 2025 s’est soldé par une perte nette de 477 millions d’euros, contre un bénéfice de 14 millions d’euros un an plus tôt. Cette dégradation significative s’explique par plusieurs facteurs conjoncturels et structurels.
Le chiffre d’affaires ajusté exclut désormais l’essentiel des activités de la Société Le Nickel (SLN) en Nouvelle-Calédonie, la filiale étant intégralement financée par l’État en raison de ses difficultés financières. Ce retrait partiel modifie la lecture des performances consolidées du groupe.
Par ailleurs, les revenus liés à la participation minoritaire dans le complexe de Weda Bay en Indonésie se sont établis à 3,2 milliards d’euros, en recul de 6,6 %. Cette baisse s’inscrit dans une tendance déjà observée l’année précédente.
Eramet a enregistré une dépréciation d’actifs de 171 millions d’euros, liée à une révision à la baisse des perspectives de prix à long terme sur certains marchés. Le groupe a également subi un effet prix défavorable estimé à 193 millions d’euros, notamment sur le manganèse, ainsi que l’impact de la faiblesse du dollar.
Nickel indonésien et contraintes réglementaires
Le site de Weda Bay, considéré comme la plus grande mine de nickel au monde, a également été confronté en 2025 à des contraintes de permis et à un durcissement du cadre réglementaire indonésien. L’Indonésie, premier producteur mondial de nickel, a mis en place des limitations sur les quotas de production et de vente afin de soutenir les prix du métal.
Cette politique pèse directement sur les volumes exportés et sur la visibilité des groupes miniers internationaux opérant dans le pays. Pour Eramet, ces restrictions viennent s’ajouter à un environnement de marché déjà fragilisé par la volatilité des cours et par les tensions sur la demande mondiale.
Dans ce contexte, la recapitalisation apparaît comme une réponse stratégique visant à restaurer la solidité bilantielle du groupe et à préserver ses capacités d’investissement, notamment dans les métaux critiques pour la transition énergétique. Reste à convaincre les marchés que cette opération permettra d’ouvrir une nouvelle phase de stabilisation et de redressement.

