Automobile : Paris et Berlin troquent le tout-électrique de 2035 contre le « Made in Europe »

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En marge du Conseil européen de Bruxelles, la France et l’Allemagne ont publié vendredi 16 octobre une déclaration conjointe sur l’avenir de l’industrie automobile européenne. Paris concède un assouplissement de l’objectif CO₂ de 2035, Berlin une préférence européenne plus stricte. Explications.

La France et l’Allemagne ont rendu publique, vendredi 16 octobre, une déclaration de presse conjointe sur l’avenir de l’industrie automobile européenne, diffusée par l’Élysée en marge du Conseil européen réuni à Bruxelles. « La France et l’Allemagne sont parvenues à un accord sur une approche commune », apprend-on dans ce texte, qui entend concilier ambition climatique et survie des usines du continent.

Le compromis a été trouvé la veille, jeudi 15 octobre, selon Auto Infos, qui le décrit comme un échange : davantage de souplesse sur les émissions en 2035 contre une préférence européenne renforcée.

La déclaration elle-même reste générale. « Notre cap reste inchangé : réduire significativement les émissions de CO₂ », affirment les deux capitales, qui y associent le renforcement des capacités européennes de développement et de production de véhicules électriques. « C’est cela, la préférence européenne dans la pratique », souligne le texte. Aucun chiffre, aucune échéance, aucun règlement n’y est nommé : « À cette fin, la France et l’Allemagne proposent un ensemble global de mesures », se contente de préciser le communiqué, qui conjugue trajectoire de décarbonation, flexibilité réglementaire et incitations à l’investissement, à la recherche et à la production en Europe.

Un objectif de 90 % en 2035, sans compensation pour les 10 % restants

Le contenu chiffré du compromis provient de documents consultés par la presse. Selon Euronews, les constructeurs devraient réduire de 90 % les émissions moyennes de CO₂ de leur flotte de voitures neuves en 2035, et non plus de 100 % comme le prévoit la règle actuelle, synonyme de fin des ventes de modèles essence et diesel neufs. La Commission européenne avait proposé dès décembre 2025 de passer à 90 %, mais en imposant de compenser les 10 % restants. Paris et Berlin veulent supprimer cette compensation.

C’est là que se situe la « concession majeure » de la France, estime Automobile Propre : les 10 % résiduels n’exigeraient plus de mesures comme le recours à l’acier bas carbone ou aux carburants alternatifs, ce qui pourrait permettre de vendre certains véhicules thermiques, notamment hybrides, après 2035. D’après un document consulté par l’AFP et cité par le Journal du Net, le texte justifie cette souplesse par le recours croissant aux carburants renouvelables, dont les biocarburants.

Berlin s’oppose de longue date à l’échéance de 2035 pour protéger son industrie et réclamait une flexibilité technologique pour les moteurs thermiques et hybrides au-delà de cette date, rappelle Euronews.

70 % de valeur européenne pour accéder aux aides et marchés publics

En contrepartie, l’Allemagne accepte une définition plus stricte de la préférence européenne, longtemps portée par Paris. Selon le Journal du Net, pour être éligible aux aides publiques et à la commande publique, un véhicule devra être assemblé en Europe et intégrer au moins 70 % de valeur européenne dans ses composants hors batterie, une exigence montant en charge à partir de 2028.

Le projet de déclaration consulté par Le Monde, et détaillé par Auto Infos, va plus loin. Les coûts d’assemblage et de peinture pourraient compter jusqu’à cinq points dans ce calcul. Côté batteries, au moins 10 % des batteries concernées devraient intégrer trois composants européens, dont les cellules, avant une extension à toutes les batteries en 2030 ; en 2032, cinq composants ainsi que le système de gestion de la batterie (BMS) devraient être européens.

Un enjeu de taille pour les équipementiers, déjà fragilisés comme l’illustre la crise qui frappe AKWEL et les sous-traitants automobiles français. Une source à l’Élysée, citée par Euronews, présente ce mécanisme comme le moyen d’éviter que les usines européennes ne deviennent de simples sites d’assemblage.

Ce volet rejoint le débat sur la préférence européenne dans les marchés publics et les dispositifs de financement, proposée par la Commission en mars 2026 dans le cadre de son Industrial Accelerator Act, précise Euronews.

Londres, Oslo et Berne à la porte du « Made in Europe »

Reste la question du périmètre. Paris défendait un « Made in Europe » limité aux Vingt-Sept pour contrer la concurrence chinoise, quand Berlin plaidait pour une approche ouverte à des pays tiers de confiance, rappelle Euronews. Le compromis ouvre une porte : selon le média européen, la Norvège, l’Islande, la Suisse et le Royaume-Uni pourraient être considérés comme « Made in Europe » à condition de signer avec l’UE des accords garantissant aux entreprises européennes un accès équitable à leurs marchés publics et à leurs financements, et d’empêcher tout contournement des règles.

Auto Infos précise que le Japon, la Corée du Sud et la Turquie ne seraient pas automatiquement éligibles.

De son côté, Emmanuel Macron a relayé l’accord sur le réseau X : « Nous portons une ambition claire : réussir la transformation de notre industrie automobile », a déclaré le président de la République, cité par le Journal du Net.

Le SPD et le Parlement européen, derniers verrous

Le texte n’est encore qu’une position nationale commune. Outre-Rhin, il doit recevoir l’aval final du SPD, partenaire social-démocrate de la coalition de Friedrich Merz, selon le Journal du Net. Euronews rappelle que le titulaire social-démocrate du ministère fédéral de l’Environnement réclamait une réduction de 95 %, les 5 % restants étant compensés par de l’acier bas carbone.

Il faudra ensuite convaincre les autres États membres. « L’Europe doit être un continent qui innove, investit et produit, tout en protégeant le climat et en préservant les emplois. », plaident Paris et Berlin dans leur déclaration.

Les eurodéputés doivent voter sur la proposition de la Commission en séance plénière à Strasbourg le 23 novembre 2026, selon Euronews. Parlement et gouvernements devront alors trancher jusqu’où détricoter l’objectif zéro émission de 2035.

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