Ormuz : Trump rejette le plan iranien en sept jours, le Brent repasse au-dessus de 107 dollars

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Le refus de Washington d’un plan iranien de réouverture du détroit d’Ormuz a relancé la tension sur les marchés de l’énergie lundi 28 septembre. Au sortir d’une semaine diplomatique décevante à l’ONU, la crise du Golfe reste sans issue, et son coût économique continue de peser sur l’Europe.

Une offre présentée à l’ONU, rejetée en moins de 24 heures

Vendredi 25 septembre, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a présenté une feuille de route en sept jours. Selon Al Jazeera, le plan prévoit que les États-Unis débloquent les fonds iraniens gelés, lèvent les sanctions pétrolières et mettent fin à leur blocus naval. Ces mesures pourraient être exécutées en quatre ou cinq jours, les négociations formelles s’ouvrant au septième. Téhéran s’engagerait en contrepartie à rouvrir le détroit et à revenir à la table des discussions sur son programme nucléaire.

Samedi 26 septembre, Donald Trump a écarté la proposition. « Je rejette leur proposition », a-t-il déclaré à Axios, selon Euronews, ajoutant que les termes correspondaient à « ce que nous aurions peut-être accepté il y a un an » et que l’Iran avait « trop joué ». Il a affirmé que Téhéran ne cherchait un accord que parce qu’il « perdait si lourdement », tout en se disant ouvert à un compromis sur d’autres bases. Abbas Araghchi a répondu sur Telegram que l’Iran « ne reculera pas » sur ses conditions et attendait « les avis définitifs » que doivent lui transmettre les médiateurs. Le président Massoud Pezeshkian a de son côté évoqué une absence de confiance envers la partie américaine, rappelant que des cycles de négociations ont déjà été suivis de frappes et de sanctions.

Pour plusieurs observateurs cités par Al Jazeera, Téhéran s’attendait probablement à ce refus et cherchait surtout à démontrer sa disposition à négocier. Donald Trump a indiqué s’attendre à une reprise des discussions dans la semaine.

Une médiation qui contourne l’ONU

Le contexte institutionnel est révélateur. Dans son analyse du 28 septembre, le diplomate espagnol Gustavo de Arístegui décrit une Assemblée générale réduite à « une succession de monologues » et un Conseil de sécurité « presque complètement paralysé par les vetos réciproques ». La médiation utile se déroule ailleurs : le Pakistan, le Qatar et Oman conduisent une facilitation trilatérale hors des structures onusiennes. Le conseiller diplomatique émirati Anwar Gargash a résumé l’enjeu : « C’est le moment de la diplomatie », il faut trouver une solution politique durable.

L’Iran lie par ailleurs la désescalade à l’arrêt des hostilités au Yémen, ce qui élargit le dossier bien au-delà du seul détroit. Selon la même analyse, l’Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie ont formé une coalition de défense trilatérale contre les Houthis, et la France a déployé des moyens pour sécuriser le terminal énergétique de Yanbu, en mer Rouge.

Le marché sanctionne l’impasse

La réaction des marchés a été immédiate. Selon Al Jazeera et Euronews, le Brent a gagné plus de 3 % lundi matin pour s’établir entre 107 et 108 dollars le baril, tandis que le WTI dépassait 94 dollars. La hausse a effacé le repli d’environ 2 % de vendredi, quand la proposition iranienne avait un temps laissé espérer une détente.

Les effets se sont propagés au-delà du pétrole. Euronews rapporte que les craintes d’inflation ont pesé sur les places boursières, avec des indices européens en baisse de 0,1 à 0,5 %, un Kospi sud-coréen en recul de plus de 2 % et des rendements du Trésor américain montés à 5,21 %, proches de leurs plus hauts depuis 2007. L’or a cédé 2 % à 4 220 dollars l’once, signe d’un dollar et de taux réels orientés à la hausse.

Sur le terrain, le trafic reste très inférieur à la normale. Avant les frappes américano-israéliennes de février 2026, environ un cinquième de l’approvisionnement pétrolier mondial transitait par Ormuz, avec quelque 130 traversées par jour. Al Jazeera relève que 132 navires ont franchi le détroit entre le 21 et le 27 septembre, contre 116 la semaine précédente. La reprise est donc timide, et les attaques contre les navires dans le Golfe, aggravées par le contrôle houthi de la côte yéménite en mer Rouge, maintiennent les primes de risque.

Ce que cela change pour la souveraineté économique européenne

Pour la France et l’Europe, le message est double. D’une part, la facture énergétique reste exposée à une négociation dans laquelle elles n’ont pas de siège : ni les médiateurs (Pakistan, Qatar, Oman), ni les protagonistes ne sont européens. La présence française à Yanbu montre une capacité d’action militaire ponctuelle, mais pas de levier sur le calendrier diplomatique.

D’autre part, la tension sur les rendements américains et la fermeté du pétrole à plus de 100 dollars nourrissent un environnement de financement plus coûteux, au moment où les États européens doivent arbitrer entre budgets de défense, transition énergétique et consolidation budgétaire. Un baril durablement élevé pèse sur les importateurs nets d’énergie comme les grandes économies du continent, et renforce l’argument en faveur de la diversification des approvisionnements, sujet déjà au coeur des projets gaziers en mer Caspienne ou des contrats de GNL.

Les prochains jalons

Trois éléments seront à surveiller dans les jours à venir : la reprise annoncée des discussions entre Washington et Téhéran via les médiateurs, l’évolution du trafic hebdomadaire dans le détroit par rapport au seuil d’avant-guerre, et le niveau du Brent, dont la réaction de lundi montre la sensibilité aux moindres signaux diplomatiques.

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