Rachat de SFR : la grève des salariés expose les tensions sociales

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Jeudi 24 septembre, environ un tiers des 8 000 salariés de SFR ont cessé le travail pour protester contre les conditions sociales du rachat de l’opérateur par Bouygues Telecom, Free et Orange. Une mobilisation inédite qui rappelle que, derrière les 20,35 milliards d’euros de la transaction, se joue aussi le sort de milliers d’emplois.

Le rachat de SFR provoque sa première grève de grande ampleur

L’intersyndicale Unsa-CFDT avait appelé les salariés de SFR à cesser le travail jeudi après-midi. Selon les organisations syndicales, environ 3 500 personnes ont répondu à l’appel à travers la France, et près d’un millier de salariés se sont rassemblés devant le siège d’Altice France, maison mère de l’opérateur, à Paris.

Les revendications portent directement sur les conditions de reprise négociées dans le cadre du rachat de SFR. Les syndicats réclament trois offres de reclassement distinctes, une par opérateur repreneur, là où une seule est aujourd’hui proposée, ainsi que des garanties spécifiques pour Altice Technical Services, filiale technique dont l’activité dépend presque exclusivement de SFR. Le sort de plusieurs milliers de salariés au delà de 2029, date jusqu’à laquelle le consortium s’est engagé sur l’emploi, reste en outre largement flou.

Le trio acquéreur a de son côté présenté un dispositif d’accompagnement chiffré à près d’un milliard d’euros : reprise d’un maximum de 5 000 salariés (dont 2 500 déjà identifiés et le personnel d’environ 120 boutiques), propositions de contrats à durée indéterminée, et indemnités pouvant représenter jusqu’à trois années de salaire net pour les salariés acceptant un départ vers un projet externe, soit environ 100 000 euros pour un employé de boutique rémunéré 2 500 euros mensuels.

Un rachat de SFR évalué à 20,35 milliards d’euros

L’accord entre Patrick Drahi, propriétaire d’Altice France, et le consortium formé par Bouygues Telecom, Free-Iliad et Orange a été signé le 6 juin 2026, après une offre relevée à 20,35 milliards d’euros, dette incluse, contre 17 milliards initialement écartés fin 2025. Le partage des actifs est asymétrique : Bouygues Telecom récupère environ 42 % de l’ensemble, avec l’activité B2B et les zones peu denses ; Free-Iliad et Orange se répartissent le reste, soit environ 31 % et 27 %, sur le segment grand public, les fréquences et les infrastructures.

L’opération doit permettre à Patrick Drahi de réduire une dette qui culminait autour de 24,3 milliards d’euros. La cession de SFR, combinée à celle de XpFibre, la filiale fibre optique d’Altice cédée séparément pour environ 8 milliards d’euros à plusieurs investisseurs, doit ramener l’endettement net du groupe sous 8 milliards d’euros. Sont exclus du périmètre repris par Bouygues, Free et Orange les data centers d’Ultraedge, les activités de relation client d’ACS-Intelcia et les opérations ultramarines de SFR.

Le rachat de SFR sous l’œil vigilant de l’Autorité de la concurrence

L’examen réglementaire de l’opération, engagé mi-juillet après que la Commission européenne a renvoyé le dossier à l’Autorité de la concurrence française, porte sur trois acquisitions distinctes mais contractuellement liées, celles de Bouygues Telecom, d’Orange et d’Iliad. Son président, Benoît Cœuré, a averti que l’opération <em>«ne va pas de soi»</em>, dans un marché déjà très concentré. L’institution a fait savoir que l’instruction pourrait durer au moins dix huit mois.

Le passage de quatre à trois opérateurs mobiles nationaux, une première sur le marché français, nourrit les inquiétudes sur les prix. Plusieurs études comparatives menées sur d’autres marchés européens ayant connu une concentration similaire anticipent des hausses tarifaires de 5 à 15 % dans les deux à trois prochaines années, avec un surcoût estimé entre 1 et 3 euros par mois pour un forfait moyen, et un risque de disparition des offres d’entrée de gamme autour de 2 euros. Des remèdes sont à l’étude du côté de l’Autorité : cessions de fréquences, engagements tarifaires ou ouverture facilitée aux opérateurs virtuels.

Le rachat de SFR, test de la souveraineté télécoms française

À la différence de plusieurs dossiers récents où des actifs stratégiques français ont changé de main au profit de capitaux étrangers, le rachat de SFR maintient le réseau mobile et fixe de l’opérateur sous contrôle de trois groupes français. Ce choix, validé par Patrick Drahi après avoir écarté d’autres pistes de cession, s’inscrit dans une logique de consolidation nationale plutôt que d’ouverture du capital à des fonds étrangers, un scénario redouté par une partie de la classe politique lorsque le dossier SFR s’est ouvert.

La question de la souveraineté n’est toutefois pas totalement refermée. La cession séparée de XpFibre, qui porte sur une infrastructure fibre optique considérée comme stratégique, implique plusieurs investisseurs dont l’identité et la nationalité restent encore incertaines à ce stade du processus. Un rachat de SFR pensé comme une consolidation entre champions nationaux pourrait ainsi, sur son versant infrastructure, ouvrir malgré tout la porte à des capitaux non européens, un paradoxe que l’Autorité de la concurrence devra intégrer à son analyse dans les mois qui viennent, aux côtés des garanties sociales encore réclamées par les salariés de l’opérateur.

Pour aller plus loin, Refrance a déjà suivi les grandes étapes de ce dossier : Rachat de SFR : 20 milliards d’euros pour Patrick Drahi et jusqu’à 10 000 emplois menacés et Télécoms : vers un séisme industriel avec le rachat de SFR à 24 milliards de dollars.

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