Drones sous-marins : Thales resserre son emprise sur Exail Technologies malgré un nouveau report comptable

Crédits photo : Exail Technologies

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Exail Technologies, le champion français des drones navals et de la navigation inertielle en cours de rachat par Thales, a de nouveau reporté la publication de ses résultats semestriels 2026. Un contretemps technique qui ne remet pas en cause l’opération de 3,9 milliards d’euros, mais qui illustre la complexité de l’intégration d’une pépite familiale dans un géant de la défense.

Un deuxième report en dix jours

Dans un communiqué diffusé le 24 septembre, Exail Technologies a annoncé que la publication de ses comptes du premier semestre 2026, déjà repoussée du 15 au 24 septembre, interviendrait finalement avant le 10 octobre. Le groupe explique qu’un délai supplémentaire est nécessaire pour finaliser les travaux d’arrêté des comptes, en particulier pour réexaminer le traitement comptable d’instruments financiers d’une grande complexité technique, émis par ses filiales. Ce report, effectué en accord avec les commissaires aux comptes, s’explique très probablement par la structuration financière du rapprochement avec Thales, engagé cet été.

Malgré ce contretemps administratif, Exail a confirmé les tendances préliminaires déjà communiquées à la mi-septembre : un chiffre d’affaires semestriel de 275 millions d’euros, en hausse de 27 % sur un an, et un excédent brut d’exploitation en progression de 43 %. Des chiffres qui traduisent une dynamique commerciale solide, portée par la demande croissante en systèmes autonomes de défense navale.

Une bataille industrielle remportée in extremis face à Safran

Le contexte de ce report ne peut se comprendre sans revenir sur les origines de l’opération. Le 6 juillet 2026, Thales avait annoncé son intention d’acquérir Exail Technologies pour 3,9 milliards d’euros en valeur d’entreprise, soit 134 euros par action. L’annonce était intervenue quelques jours seulement après l’échec, le 3 juillet, des négociations exclusives entamées fin juin entre Safran et la famille Gorgé, actionnaire de référence d’Exail, qui avait valorisé le groupe à 128,50 euros par action. Selon Raphaël Gorgé, président d’Exail, Thales a su saisir l’opportunité en quelques demi-journées à peine, après l’échec des discussions avec Safran, faute d’accord sur des conditions jugées mutuellement acceptables.

L’accord signé porte dans un premier temps sur les 35,51 % du capital détenus par la famille Gorgé, avec une finalisation attendue entre le troisième et le quatrième trimestre 2027. Une offre publique d’achat obligatoire sera ensuite lancée sur le solde du capital, pour une clôture prévue début 2028 au plus tard. Thales prévoit par ailleurs de racheter au même prix les participations minoritaires détenues par le fonds ICG.

Une pépite stratégique pour la guerre sous-marine

L’enjeu dépasse la seule mécanique financière. Exail Technologies, issue de l’ancien Groupe Gorgé, est l’un des rares acteurs mondiaux à maîtriser à la fois les drones sous-marins (véhicules téléopérés dédiés notamment à la guerre des mines, utilisés dans le programme franco-britannique de lutte anti-mines dronisée MMCM) et les systèmes de navigation inertielle à fibre optique, technologie critique pour guider tout engin militaire privé de signal GPS. En 2025, le groupe avait réalisé 479 millions d’euros de chiffre d’affaires, pour un carnet de commandes supérieur au milliard d’euros.

Pour Thales, qui maîtrise de son côté la technologie concurrente du gyroscope laser en anneau, l’acquisition doit permettre de couvrir l’ensemble de la chaîne de la guerre sous-marine, de la composante élémentaire jusqu’aux systèmes autonomes complets. Le groupe table sur plus de 90 millions d’euros de synergies annuelles au niveau du résultat opérationnel d’ici 2032, avec un effet relutif dès la première année.

Sur le plan de la souveraineté industrielle, l’opération présente un double visage. D’un côté, elle évite qu’un actif technologique aussi sensible échappe au giron français ou européen, à l’heure où les tensions maritimes (incursions de drones, surveillance des câbles sous-marins, réarmement naval) alimentent une vague de rapprochements dans le secteur de la défense à l’échelle continentale. De l’autre, elle traduit une concentration croissante de la base industrielle de défense française autour d’un nombre restreint de très grands groupes, au détriment des entreprises familiales indépendantes qui avaient jusqu’ici fait la spécificité du tissu industriel tricolore. Raphaël Gorgé lui-même a indiqué qu’une augmentation de capital alternative n’avait pas trouvé preneur à un prix jugé satisfaisant pour ce type d’activité, ce qui a précipité la vente de contrôle.

À l’issue de l’opération, Raphaël Gorgé restera aux commandes opérationnelles d’Exail jusqu’à la finalisation du rachat, avant de se tourner vers de nouveaux projets industriels, notamment dans les petits réacteurs nucléaires, via le groupe familial Gorgé SA.

La prochaine échéance à surveiller sera donc la publication effective des comptes semestriels d’ici le 10 octobre, qui devrait lever les dernières incertitudes comptables entourant cette opération. Les autorisations réglementaires et antitrust, elles, continueront d’être suivies de près jusqu’à la finalisation du rachat du bloc de contrôle, attendue fin 2027.

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