Le 23 septembre 2026, les premières pierres de deux nouveaux programmes immobiliers ont été posées à Combani, commune du centre ouest de Mayotte. Le promoteur et foncière cotée CBo Territoria y engage 12 millions d’euros pour construire un pôle de services baptisé Marashi et un retail park nommé Mulima. Derrière cette opération de taille modeste à l’échelle nationale se joue une question bien plus large : celle de la capacité de la France à consolider, par le capital privé, son ancrage économique dans un territoire ultramarin sous tension, un an et demi après le passage dévastateur du cyclone Chido.
Deux programmes, un pari sur la décentralisation
Marashi, pôle de bureaux et de services organisé autour d’une galerie piétonne, accueillera notamment des enseignes bancaires et d’assurance : Allianz, BRED, Crédit Agricole, Groupama, ainsi que le cabinet de géomètres-experts Mayotte Topo. Mulima, retail park d’environ 1 500 m² divisibles à partir de 314 m², vise les enseignes de commerce ayant besoin de grandes surfaces. Selon CBo Territoria, environ 60 % des surfaces sont déjà précommercialisées avant même le début des travaux, un taux qui traduit une demande solvable réelle sur ce segment. Les livraisons sont attendues au deuxième trimestre 2027 pour Marashi et au troisième trimestre pour Mulima.
Ces deux constructions viennent compléter un pôle d’activités que CBo Territoria développe méthodiquement depuis 2021 : un entrepôt logistique, le centre commercial Ylang Ylang ouvert en 2023, puis un immeuble de bureaux livré en 2024 et loué à France Travail. En cinq ans, la foncière a ainsi transformé un secteur jusque là peu structuré en un véritable pôle économique secondaire, à l’écart du chef lieu Mamoudzou où se concentre traditionnellement l’activité de l’île.
La norme paracyclonique comme argument commercial et politique
Le communiqué de CBo Territoria insiste sur un point : Marashi et Mulima respecteront les mêmes normes parasismiques et paracycloniques que Ylang Ylang et les bureaux de France Travail, bâtiments qui ont, selon l’entreprise, « parfaitement résisté » au cyclone Chido de décembre 2024. Dans un territoire où la reconstruction publique post Chido est régulièrement critiquée pour sa lenteur, la démonstration a une portée qui dépasse le simple argument de vente : elle positionne le bâti privé récent comme référence de résilience, à un moment où l’État défend, non sans difficulté, son bilan en matière d’investissements et de reconstruction à Mayotte.
Foncier rare, enjeu territorial
À Mayotte, département français le plus densément peuplé et confronté à une pression foncière considérable, aggravée par l’habitat informel et la croissance démographique, disposer de terrains constructibles aménagés pour des usages économiques constitue en soi une ressource stratégique. Les élus locaux ne s’y trompent pas : la conseillère départementale Zaounaki Saindou a salué un projet qui répond au constat que « notre économie ne peut plus se concentrer sur un seul bassin de vie », tandis que l’adjointe de Tsingoni, Rahadati Abdallah, y voit « un acte de justice territoriale ». Le maire de Tsingoni, Issilamou Hamada, a pour sa part rappelé qu’un tel développement économique doit s’accompagner d’infrastructures de mobilité, plaidant pour le contournement routier de Combani, aujourd’hui goulet d’étranglement pour la circulation.
Une foncière qui renforce son pari sur l’archipel
Cette opération s’inscrit dans une dynamique plus large pour CBo Territoria. Début septembre, la foncière avait relevé sa guidance annuelle après un premier semestre 2026 jugé solide, confirmant son ancrage stratégique à Mayotte en complément de son assise historique à La Réunion. Son patrimoine économique était valorisé à 393 millions d’euros fin juin 2026. En engageant de nouveaux capitaux sur un territoire perçu par une partie des investisseurs comme risqué, en raison de son instabilité sociale, de sa vulnérabilité climatique et de tensions migratoires persistantes liées à la proximité de l’archipel des Comores, l’entreprise fait un choix qui dépasse le simple calcul de rendement immobilier.
Une dimension de souveraineté économique
Mayotte occupe une position singulière : seul département français situé dans l’archipel des Comores, dont la souveraineté française reste contestée par l’Union des Comores, il constitue aussi la porte d’entrée méridionale de la France dans le canal du Mozambique, à proximité de routes maritimes majeures et de zones d’exploration gazière régionales. Dans ce contexte, chaque investissement structurant, qu’il soit public ou privé, pèse sur la capacité de la France à démontrer une présence économique tangible et durable sur ce territoire. Que ce soit une foncière cotée sur Euronext Growth, et non l’État, qui porte l’essentiel de la structuration commerciale et tertiaire de Combani illustre la manière dont le capital privé hexagonal peut, dans les outre mer les plus fragiles, jouer un rôle de relais discret mais concret de la présence économique française, en particulier lorsque les grands chantiers de reconstruction publique post Chido restent, eux, en retrait du calendrier initialement annoncé.


