Société Générale a annoncé, le 21 septembre 2026, la nomination de Benoît Grisoni au poste de directeur adjoint des activités de banque de détail en France, banque privée et assurances. Cette prise de fonction, effective au 1er octobre, s’inscrit dans le plan stratégique à horizon 2029 présenté le même jour par le groupe lors de son Capital Markets Day, approuvé par le conseil d’administration trois jours plus tôt, le 18 septembre.
Un profil venu de la banque en ligne
Benoît Grisoni n’est pas un inconnu du groupe. Entré chez Boursorama (devenue BoursoBank) dès 1998 comme conseiller clientèle, il en a gravi tous les échelons : directeur général adjoint en 2016, puis directeur général en 2017. Sous sa direction, BoursoBank s’est imposée comme la première banque en ligne de France par le nombre de clients, un statut que le groupe entend désormais consolider avec un objectif affiché de dépasser les 14 millions de clients d’ici 2029.
Grisoni conservera la direction générale de BoursoBank tout en prenant en charge, dans ses nouvelles fonctions, la coordination de la clientèle des particuliers et des professionnels sur l’ensemble du dispositif français du groupe. Il sera rattaché à Lubomira Rochet, directrice générale adjointe et directrice de l’exploitation de Société Générale.
Une direction unique pour BoursoBank et le réseau historique
Le cœur de cette nomination tient moins à l’individu qu’au signal organisationnel qu’elle envoie. Société Générale entend désormais orchestrer sous un même pilotage BoursoBank, le réseau d’agences historique, la banque privée et les activités d’assurance. Le groupe évoque une « direction unique » de la relation client entre sa banque digitale et son réseau physique, une bascule qui acte la fin d’une gestion cloisonnée entre les deux modèles.
Concrètement, le plan prévoit une rationalisation ciblée du nombre d’agences, sans qu’un chiffre précis n’ait été communiqué à ce stade, ainsi que la suppression d’un niveau de supervision régionale. Le groupe assure qu’aucun licenciement n’est programmé, la baisse des effectifs devant s’opérer par attrition naturelle. Le directeur général du groupe, Slawomir Krupa, a indiqué vouloir façonner l’avenir de l’ensemble des activités de banque de détail en France au service des clients, en s’appuyant sur l’expérience de Grisoni à la tête de BoursoBank.
Un plan 2029 construit sur l’intelligence artificielle
Cette nomination ne peut se lire isolément du plan stratégique dévoilé le 21 septembre, qui fixe une trajectoire de coûts groupe ramenés sous les 16,3 milliards d’euros en 2029 (soit environ 2% de baisse par rapport à 2026), une croissance annuelle moyenne des revenus de 3%, un coefficient d’exploitation inférieur à 55% et une rentabilité des capitaux propres tangibles (ROTE) portée à 13-14% en 2029, puis au-delà de 15% en 2030. Le groupe vise également un ratio de solvabilité CET1 supérieur à 13% et annonce un potentiel de retour aux actionnaires dépassant 21 milliards d’euros sur la période 2026-2029, combinant dividendes, rachats d’actions et restitution de capital excédentaire.
L’intelligence artificielle figure explicitement parmi les leviers d’économies de ce plan. Société Générale a confirmé à cette occasion un partenariat avec l’américain Anthropic pour déployer ses outils d’IA générative au sein du groupe, aux côtés d’autres briques technologiques déjà engagées ces dernières années. Le détail des usages concrets, notamment dans la relation client ou le traitement des opérations bancaires, n’a pas été précisé à ce stade.
Ce que cette réorganisation dit de la banque française
Le mouvement s’inscrit dans une tendance plus large du secteur bancaire français, confronté depuis plusieurs années à la concurrence de néobanques et de fintechs étrangères sur le segment du client digital. En rapprochant sa filiale en ligne, longtemps gérée comme une entité largement autonome, de son réseau historique, Société Générale cherche à mutualiser ses coûts d’acquisition et de service tout en défendant sa base de clientèle française face à des acteurs comme Revolut ou N26.
L’appui affiché sur une technologie d’intelligence artificielle développée par un acteur américain illustre par ailleurs une tension récurrente dans la stratégie de souveraineté numérique des institutions financières françaises : la modernisation de la banque de détail nationale s’appuie, au moins pour partie, sur des briques technologiques étrangères, faute d’alternative européenne équivalente déjà mature à cette échelle.
Aucune hausse tarifaire pour les clients n’a été annoncée à ce jour, pas plus qu’un changement de compte, de RIB ou d’application pour les 14 millions de clients concernés par la fusion opérationnelle des deux réseaux. La montée en puissance effective du dispositif, à compter du 1er octobre, ainsi que la précision du nombre d’agences concernées par la rationalisation annoncée, seront à surveiller dans les prochains mois.


