La directrice générale de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru) depuis 2021 a été choisie pour diriger CDC Habitat, la filiale immobilière de la Caisse des dépôts et consignations. Une nomination annoncée les 21 et 22 septembre, en pleine ouverture du Congrès Hlm de Bordeaux, et qui replace le logement social au cœur des arbitrages budgétaires de l’État actionnaire.
Une valse à la tête du premier bailleur du pays
Selon les informations révélées par Acteurs Publics et confirmées par Le Journal du Grand Paris et Batiactu, Anne-Claire Mialot doit prendre la direction générale de CDC Habitat. Sa nomination sera soumise au conseil de surveillance de l’entreprise, dont la validation est attendue début octobre.
Elle succède à Clément Lecuivre, qui n’occupait la présidence du directoire de CDC Habitat que depuis le printemps 2026, après avoir lui-même remplacé Anne-Sophie Grave à la tête de l’entreprise. Ce mouvement rapide illustre la volonté de la Caisse des dépôts de renforcer, à un moment sensible pour la politique du logement, la ligne de commandement de sa principale filiale immobilière avec un profil venu du monde de l’aménagement urbain et de la haute fonction publique territoriale plutôt que de la seule sphère financière.
CDC Habitat gère aujourd’hui un patrimoine de plus de 348 000 logements sur l’ensemble du territoire, ce qui en fait le premier bailleur social de France. L’entreprise trouve son origine dans la Société nationale immobilière (SNI), elle-même héritière de la Sogima créée en 1961 pour loger les familles de militaires, intégrée à la Caisse des dépôts en 2004 puis rebaptisée CDC Habitat en 2018. Elle est aujourd’hui qualifiée de « filiale d’intérêt général » du groupe public, aux côtés de la Banque des Territoires, et constitue l’un des principaux leviers d’intervention directe de l’État actionnaire sur le marché du logement, du logement très social à l’accession à la propriété en passant par le logement intermédiaire et les résidences étudiantes.
Un parcours façonné par l’État et les territoires
Née en 1977, Anne-Claire Mialot est administratrice de l’État, formée à l’Institut national des études territoriales (Inet) et à Sciences Po Bordeaux. Son parcours l’a menée de la direction générale des services de la communauté d’agglomération de Cergy-Pontoise (2011-2014) à la Cour des comptes comme rapporteure (2015-2016), puis dans les cabinets ministériels de Manuel Valls et Bernard Cazeneuve comme conseillère « collectivités locales ». Entre 2017 et 2019, elle a occupé les fonctions de conseillère « cohésion des territoires et logement » à la présidence de la République sous Emmanuel Macron, avant de devenir préfète déléguée pour l’égalité des chances en Seine-Saint-Denis. Elle dirige l’Anru depuis 2021.
À la tête de l’agence chargée du Nouveau programme national de renouvellement urbain (NPNRU), elle a défendu ces dernières années le principe d’un renouvellement urbain « accéléré, concerté et exemplaire », rappelant régulièrement que vingt ans de politique de rénovation urbaine ont permis à environ cinq millions d’habitants de quartiers prioritaires de bénéficier de la transformation de leur cadre de vie. Son mandat a aussi été marqué par des tensions récurrentes sur les moyens du troisième volet du programme (Anru 3), l’agence ayant dû à plusieurs reprises rassurer sur sa trésorerie et alerter le Sénat sur les risques pesant sur le financement futur du dispositif.
Un timing qui n’a rien d’anodin
Cette nomination intervient alors que s’ouvre à Bordeaux, du 22 au 24 septembre, le 86e Congrès Hlm, qui doit réunir environ 15 000 professionnels du secteur. Le ministre du Logement Vincent Jeanbrun y a confirmé, quelques jours avant l’ouverture, la reconduction du gel des aides personnelles au logement (APL, ALF, ALS) prévue pour 2027, une mesure qui avait pourtant été retirée du budget 2026 sous la pression sénatoriale. L’Union sociale pour l’habitat, par la voix d’Emmanuelle Cosse, réclame de son côté un effort massif de production et de rénovation du parc social, alors que près de 2,9 millions de ménages étaient en attente d’un logement social au 30 juin.
C’est dans ce contexte de contrainte budgétaire, où l’État doit arbitrer entre la maîtrise de sa dette et le maintien de sa capacité d’intervention publique sur le logement, que la Caisse des dépôts installe à la tête de son principal opérateur immobilier une dirigeante rompue à la fois à la gestion territoriale, à l’exécutif de l’État et à la conduite d’une agence publique sous tension financière. Pour Refrance, cette nomination illustre un enjeu de souveraineté économique moins spectaculaire que les grands contrats industriels, mais tout aussi structurant : la capacité de la puissance publique française à conserver la maîtrise directe d’un parc de logements stratégique, alors que les besoins de financement du secteur se heurtent à la dégradation des marges de manœuvre budgétaires de l’État.
Aucune date précise de prise de fonction n’a encore été communiquée. La succession d’Anne-Claire Mialot à la tête de l’Anru n’a pas non plus été annoncée à ce stade.
