En marge de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies à New York, Emmanuel Macron a rencontré Donald Trump le 21 septembre pour tenter de relancer une initiative diplomatique française : obtenir une résolution du Conseil de sécurité garantissant la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz, verrou stratégique par lequel transite environ 20 % du commerce mondial d’hydrocarbures. L’entretien, tenu à la Trump Tower et qualifié de « très constructif » côté français, s’est concentré sur les moyens de desserrer une contrainte pétrolière qui pèse désormais sur l’ensemble de l’économie mondiale.
Un verrou stratégique sous tension
Le détroit d’Ormuz est bloqué depuis le déclenchement du conflit entre Washington et Téhéran, avec des conséquences directes sur les cours du brut, qui oscillent autour de 100 dollars le baril, et sur les prix à la pompe en France, où le gazole a récemment atteint un niveau record. Le détroit de Bab el-Mandeb, deuxième point de passage critique pour le fret énergétique mondial avec 8 à 12 % du commerce d’hydrocarbures, reste également affecté par l’instabilité régionale. Des infrastructures saoudiennes, dont les installations Aramco de Yanbu et l’oléoduc Est-Ouest, actuellement à l’arrêt, sont directement concernées par ces tensions.
La proposition française portée à l’ONU
Face à Trump, Macron a proposé plusieurs pistes permettant de faire circuler « davantage de porte-conteneurs et de tankers » sans attendre un accord global entre Washington et Téhéran sur le dossier nucléaire. L’idée centrale, portée par la France depuis plusieurs mois, consiste en une résolution du Conseil de sécurité qui sécuriserait la navigation de façon strictement défensive, via une force d’interposition maritime internationale, sans instaurer de mécanisme de péage qui créerait selon Paris un précédent dangereux pour le droit maritime international. Le Royaume-Uni est associé à cette initiative depuis une proposition conjointe formulée en mai. L’ambassadeur français auprès des Nations unies, Jérôme Bonnafont, a réaffirmé le 17 septembre au Conseil de sécurité la volonté de la France de participer à « une action collective pour assurer la sécurité maritime et la liberté de navigation ».
Washington entre fermeté et ouverture
Côté américain, Donald Trump a résumé sa position en des termes tranchés, affirmant disposer de deux options face à l’Iran : « conclure un accord ou détruire la République islamique d’Iran ». Il a toutefois indiqué croire à la possibilité d’un accord après les élections de mi-mandat américaines, tout en maintenant une ligne rouge sur l’accès iranien à l’arme nucléaire. Le secrétaire d’État Marco Rubio a pour sa part ouvert la porte à une rencontre avec Téhéran, précisant qu’aucune réunion n’était à ce stade programmée mais que Washington restait « tout à fait ouvert à une telle initiative ».
Les obstacles diplomatiques qui subsistent
L’équation reste toutefois compliquée par les négociations parallèles engagées entre l’Iran et Oman, qui ont abouti fin août à un accord sur le partage des revenus liés au détroit, une option que Paris cherche précisément à éviter de voir se généraliser. Les analystes soulignent par ailleurs qu’un éventuel véto chinois au Conseil de sécurité constitue une incertitude majeure pour l’aboutissement du texte porté par la France et le Royaume-Uni.
L’Ukraine, second volet de l’entretien
Au-delà du dossier Ormuz, Macron a profité de l’entretien pour évoquer le soutien à l’Ukraine, plaidant pour une accélération des livraisons de missiles intercepteurs destinés à renforcer la défense aérienne ukrainienne, et pour l’exploration d’un possible moratoire sur les frappes visant les infrastructures énergétiques. Trump a de son côté estimé que la Russie avait perdu le contrôle de son industrie pétrolière du fait de la guerre, qualifiant le conflit de « ridicule et sans fin ».
Un enjeu direct pour la facture énergétique française
Pour la France, l’enjeu dépasse la seule diplomatie régionale. La crise du détroit d’Ormuz illustre la vulnérabilité de l’approvisionnement énergétique européen à un goulet d’étranglement géographique unique, dans un contexte où le gouvernement français a dû, ces derniers jours, tenir des réunions de crise sur la hausse des prix des carburants. L’initiative portée à l’ONU s’inscrit ainsi dans une logique de sécurisation des flux énergétiques mondiaux dont dépend directement la facture énergétique française, sans que Paris dispose d’un levier propre pour l’imposer : le succès de la démarche reste conditionné à une avancée des pourparlers entre Washington et Téhéran, que ni la France ni le Royaume-Uni ne contrôlent.
La suite dépendra désormais du calendrier électoral américain évoqué par Trump lui-même, et de la capacité du Conseil de sécurité à surmonter les réserves de certains membres permanents sur un texte qui, pour l’instant, reste au milieu du gué.
