À Fouju, le méga-campus IA à 50 milliards d’euros rallume la bataille du foncier agricole

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Sur 90 hectares de terres agricoles de Seine-et-Marne doit sortir de terre l’un des plus grands campus de data centers d’Europe. Autorisé par le préfet fin juillet, le projet « Campus IA » de Fouju avance désormais concrètement, chantier de sous-station électrique entamé fin août, fouilles archéologiques achevées mi-septembre. Mais le dossier reste une ligne de fracture entre l’ambition affichée de souveraineté numérique française et la réalité d’un financement très majoritairement étranger, sur des sols agricoles que la profession refuse de voir sacrifiés.

Un chantier hors norme à 40 kilomètres de Paris

Le village de Fouju, 655 habitants, doit accueillir onze bâtiments de data centers et un centre de formation, sur près de 90 hectares dont 73 dédiés à la construction. À pleine capacité, l’installation atteindra 1,4 gigawatt de puissance électrique, soit l’équivalent d’un réacteur nucléaire, pour une consommation annuelle évaluée à environ 10 térawattheures. Le site prévoit également 613 groupes électrogènes de secours et plus de 31 000 tonnes de stockage de carburant (huile végétale hydrogénée), ainsi que 680 groupes froids pour le refroidissement des serveurs.

Coût total annoncé : 50 milliards d’euros. Le projet avait été présenté lors du sommet Choose France de juin 2025 comme l’un des emblèmes de l’accueil en France des géants mondiaux de l’intelligence artificielle.

Un financement à dominante émiratie

C’est là que le dossier prend un relief particulier pour Refrance. Le financement du campus est porté à environ 70 % par MGX, le fonds souverain d’Abou Dabi, aux côtés de Nvidia, de Mistral AI et de Bpifrance, selon les informations recoupées par plusieurs médias spécialisés. Autrement dit, l’infrastructure présentée par l’exécutif comme un pilier de la souveraineté numérique française repose d’abord sur des capitaux du Golfe, la contribution française passant par Mistral AI côté technologie et par Bpifrance côté investissement public.

Interrogé au Sénat dès le 28 mai par la sénatrice de Seine-et-Marne Marianne Margaté, le gouvernement a défendu le projet comme « structurant » pour la souveraineté numérique du pays, mettant en avant les partenariats avec des acteurs français comme Mistral AI et l’énergéticien Eiffage. La sénatrice avait pour sa part pointé, dans sa question écrite, l’ampleur du financement émirati, la brièveté de l’enquête publique (31 jours) et un possible contournement de la réglementation Seveso applicable aux sites à risques.

Neuf exploitations agricoles cédées

Sur le terrain, le projet s’est construit par le rachat des terres de neuf exploitations agricoles locales. La zone concernée se trouve en outre à proximité d’un périmètre de captage d’eau potable, ce qui alimente les inquiétudes des associations environnementales sur d’éventuelles fuites de fluides frigorigènes et sur la qualité de la ressource en eau. France Nature Environnement Seine-et-Marne, sa déclinaison régionale, la Ligue pour la protection des oiseaux, la Confédération paysanne et les Soulèvements de la Terre se sont fédérées sous la bannière « Stop IA à Fouju », rassemblant plus de 47 000 signatures sur une pétition en ligne.

Quatre arrêtés préfectoraux datés du 29 juillet 2026 ont validé le projet au titre du code de l’environnement et autorisé l’exploitation de plusieurs data centers (DC1, DC2, DC4) par les filiales dédiées Campus AI SPV1, SPV2 et SPV4. La commission d’enquête publique avait rendu un avis favorable sans réserve, validation confirmée depuis par le tribunal administratif de Melun. Les opposants, eux, dénoncent une procédure « bâclée » et un maire, Jonathan Wochenmayer, resté silencieux face aux sollicitations de la presse.

Des fouilles archéologiques sans effet sur le calendrier

Nouveau rebondissement mi-septembre : l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) a mené des fouilles sur six hectares du site et mis au jour un enclos palissadé gaulois du premier âge du Fer ainsi qu’une succession d’occupations humaines allant de la fin de l’âge du Bronze au début du Moyen Âge. Selon les informations disponibles, ces découvertes n’ont pour l’heure pas d’incidence sur le calendrier du chantier : les travaux de la sous-station électrique, entamés fin août, se poursuivent, et une première tranche du campus reste attendue pour 2028.

Les opposants prévoient une nouvelle journée de mobilisation le 29 septembre, avec l’objectif annoncé de porter la contestation sur le terrain juridique en complément de l’action militante.

Un cas d’école pour le foncier français

Le dossier de Fouju condense, à lui seul, plusieurs tensions structurantes du foncier économique français actuel : l’appétit des géants de l’intelligence artificielle pour de vastes emprises foncières, la difficulté à concilier ambitions de souveraineté technologique et dépendance à des capitaux étrangers, et la pression croissante sur les terres agricoles au moment même où l’objectif « zéro artificialisation nette » structure le débat public. Pour Refrance, ce projet mérite un suivi dans la durée, notamment à l’approche de la mobilisation du 29 septembre et d’éventuels recours contentieux contre les arrêtés préfectoraux.

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