La start-up parisienne Stairling a annoncé le 14 septembre le rachat de la plateforme de mise en relation VTC MySam, fondée à Albi en 2016. L’entité issue de cette opération prend le nom de Staircab et vise, selon ses dirigeants, à devenir le « système d’exploitation » du secteur des voitures de transport avec chauffeur en France : une alternative structurée aux plateformes américaines Uber et Bolt, plutôt qu’un concurrent frontal sur leur propre terrain.
Une coopérative née pour concurrencer l’ubérisation
Fondée en 2024 par Mimoun El Alami, par ailleurs fondateur de FinDrive, un service d’abonnement automobile pour chauffeurs, Stairling s’est construite comme une coopérative proposant aux chauffeurs VTC un statut d’« entrepreneur-salarié ». Cette construction juridique française combine autonomie opérationnelle et protections du salariat : fiche de paie, couverture sociale, versement hebdomadaire de la rémunération. Le choix vise explicitement à se démarquer de l’ubérisation du secteur, régulièrement critiquée pour la précarité qu’elle impose aux chauffeurs indépendants classés sous statut d’auto-entrepreneur.
Un ensemble élargi de 18 000 chauffeurs
La coopérative revendique aujourd’hui environ 2 000 chauffeurs actifs, pour un écosystème élargi de 5 500 conducteurs et 2 000 véhicules, dont 40 % électriques, et une soixantaine de salariés. Avec l’acquisition de MySam, plateforme reconnue dans le tourisme, l’événementiel et les collectivités locales, Staircab intègre environ 18 000 chauffeurs inscrits, dont près de 4 000 actifs, opérant dans 200 à 350 villes françaises. Pierre Rosi, fondateur de MySam, devient responsable de la nouvelle marque au sein du groupe. Le montant de la transaction n’a pas été communiqué.
Combinées, les deux structures traitent environ 100 millions d’euros de flux financiers annuels. Stairling affiche un objectif de 3 000 à 4 000 chauffeurs d’ici la fin de l’année, puis 200 000 chauffeurs et 2 à 3 milliards d’euros de flux annuels à horizon cinq ans. Un changement d’échelle considérable, qui suppose une consolidation rapide d’un marché VTC français aujourd’hui dominé par les plateformes américaines, mais qui reste de taille : selon les derniers chiffres disponibles, la France comptait en 2025 environ 125 000 chauffeurs VTC titulaires d’une carte active, contre 47 800 chauffeurs de taxi.
Un modèle B2B tourné vers l’hôtellerie et les collectivités
Staircab cible une clientèle strictement B2B : hôtels, agences de voyage, aéroports, offices de tourisme, collectivités et sites événementiels, à qui l’entreprise propose quatre modes d’intégration (API, widget embarqué, marque blanche complète ou dispositif matériel avec QR code). La commission prélevée auprès des partenaires peut atteindre 10 %, complétée par une commission Staircab du même ordre. « Nos deux solutions sont très complémentaires : Stairling apporte un cadre plus stable, MySam son expertise terrain et des outils concrets pour aider les chauffeurs à développer leur propre clientèle », a résumé Mimoun El Alami dans la presse spécialisée.
Une ambition fintech, agrément ACPR en vue
L’ambition ne s’arrête pas au transport. Stairling a déposé une demande d’agrément auprès de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution pour opérer directement les flux de paiement de ses chauffeurs, avec l’objectif assumé de devenir l’un des principaux acteurs fintech de l’économie des plateformes en Europe. Une nouvelle levée de fonds serait en cours de finalisation, après un premier tour de 1,5 million d’euros bouclé en juin 2025 auprès de Plug and Play Ventures, Kima Ventures, Source Ventures et 199 Ventures.
La directive européenne sur les travailleurs de plateformes en toile de fond
Cette opération s’inscrit dans un contexte réglementaire mouvant qui touche l’ensemble du secteur. La directive européenne sur les travailleurs des plateformes numériques, qui instaure une présomption de salariat lorsque plusieurs critères de subordination sont réunis, doit être transposée en droit français d’ici décembre 2026. Elle rebat les cartes pour le secteur VTC et la livraison, où le modèle de l’indépendance contractuelle domine depuis plus d’une décennie, et sur lequel plusieurs questions parlementaires réclament déjà une transposition rapide. En construisant un statut hybride avant même l’échéance légale, Stairling anticipe un mouvement que les plateformes américaines devront elles aussi négocier sur le sol français.
L’angle souveraineté : consolidation industrielle et alternative sociale
L’angle de souveraineté économique est ici double. Industriel d’abord : la consolidation d’acteurs français de taille modeste, Stairling et MySam, permet de constituer un pôle national dans un secteur urbain où Uber, société californienne, capte une large part de la demande. Social ensuite : le statut d’entrepreneur-salarié, spécificité du droit du travail français, offre une alternative documentée à la précarisation associée aux plateformes globales, dans un secteur qui fait travailler plusieurs dizaines de milliers de personnes en France. Reste à Staircab à transformer des objectifs de croissance ambitieux, multiplier par cent son nombre de chauffeurs en cinq ans, en résultats vérifiables plutôt qu’en promesse de communiqué de lancement.
