Face à la menace des drones, l’armée de l’Air teste un ballon captif au-dessus de sa base nucléaire de Saint-Dizier

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L’armée de l’Air et de l’Espace expérimente depuis le 2 septembre 2026 un ballon captif de surveillance sur la base aérienne 113 de Saint-Dizier-Robinson (Haute-Marne), révèle le site spécialisé Zone Militaire (opex360) dans un article publié le 12 septembre. Ce dispositif, testé pour la première fois sur un site aussi sensible, vise à combler une faille de plus en plus préoccupante dans la protection des installations militaires françaises face aux essaims de drones.

Un site au cœur de la dissuasion nucléaire

Le choix de Saint-Dizier n’a rien d’anodin. La base héberge les escadrons de Rafale des Forces aériennes stratégiques (FAS), la composante aéroportée de la dissuasion nucléaire française. Protéger ce site revient donc à protéger l’un des maillons les plus critiques de la souveraineté militaire du pays.

Le ballon testé mesure 12 mètres de long sur 7 mètres de large, évolue à une altitude d’environ 200 mètres et embarque une caméra électro-optique et infrarouge ainsi qu’une suite de capteurs couplés à des algorithmes d’intelligence artificielle. L’objectif est de détecter, identifier et caractériser en continu les drones menaçants mais aussi les véhicules ou individus suspects aux abords de la base. Selon le site d’information locale JHM, l’appareil, de couleur blanche, est visible du lundi au vendredi depuis la commune voisine de Moëslains pendant cette phase expérimentale de plusieurs jours.

Une menace devenue tangible

Cette expérimentation intervient dans un contexte où la vulnérabilité des infrastructures militaires aux drones bon marché n’est plus théorique. En juin 2025, le service de renseignement ukrainien (SBU) avait mené l’opération « Toile d’araignée », endommageant ou détruisant plusieurs bombardiers stratégiques russes grâce à des essaims de drones FPV télépilotés depuis des camions banalisés, une démonstration qui a fait l’effet d’un électrochoc dans les états-majors occidentaux.

Depuis, plusieurs sites sensibles de l’OTAN ont été survolés par des drones non identifiés. La base aérienne néerlandaise de Volkel, qui abrite des bombes nucléaires américaines B61, a vu ses forces armées tenter d’abattre des engins inconnus en novembre 2025. En France, la base navale de l’Île-Longue, dans le Finistère, qui abrite les quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de la Marine nationale, a elle aussi été survolée par des drones à plusieurs reprises fin 2025, poussant les fusiliers marins à tenter de les intercepter et une enquête à être ouverte.

Devant les députés en audition parlementaire, le général Jérôme Bellanger, chef d’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace, avait reconnu en octobre 2025 que le résultat des dispositifs actuels face aux essaims de drones restait « perfectible ». Le général Marc Le Bouil, commandant de la défense aérienne, avait pour sa part plaidé pour la possibilité de fouiller les véhicules suspects aux abords immédiats des sites sensibles, une prérogative aujourd’hui limitée.

Un arsenal anti-drones déjà déployé, mais jugé insuffisant

La France n’a pas attendu 2026 pour investir dans la lutte anti-drones. Le ministère des Armées dispose déjà de plusieurs dispositifs : les moyens mobiles de lutte anti-drones (MILAD), le système BASSALT, ou encore le programme PARADE (protection déployable modulaire anti-drones), confié en 2022 à un consortium formé par Thales et CS Group à l’issue d’un appel d’offres européen. Ce marché, dont le montant maximal est estimé à 350 millions d’euros maintenance comprise sur dix ans, avait permis la livraison de six premiers systèmes début 2023, avec la possibilité de commandes complémentaires. Des hélicoptères Fennec équipés de moyens de brouillage complètent ce dispositif.

Ces moyens, conçus initialement pour protéger des sites militaires, des opérateurs d’importance vitale et de grands événements comme la Coupe du monde de rugby 2023 ou les Jeux olympiques de Paris 2024, montrent néanmoins leurs limites face à des essaims coordonnés et peu coûteux. C’est ce constat qui pousse l’armée de l’Air à explorer des solutions complémentaires comme le ballon captif, une technologie déjà éprouvée par la Marine nationale en 2025 et longtemps utilisée pour surveiller les abords des bases opérationnelles avancées en Afghanistan et au Sahel.

Un enjeu de souveraineté qui dépasse le seul cadre militaire

Si les conclusions de l’expérimentation de Saint-Dizier se révèlent positives, ce type de dispositif pourrait être étendu à d’autres sites sensibles du territoire national. L’enjeu dépasse la seule question technique : à l’heure où le projet de loi de finances 2027 doit arbitrer entre plusieurs priorités budgétaires pour la défense, la capacité à protéger à moindre coût les infrastructures les plus critiques, qu’il s’agisse de la dissuasion nucléaire, des sites industriels de la base industrielle et technologique de défense ou des réseaux énergétiques, s’impose comme une composante à part entière de la souveraineté économique et stratégique française. La multiplication des incursions de drones au-dessus de sites sensibles, en France comme chez ses partenaires de l’OTAN, confirme que cette menace asymétrique et peu coûteuse redessine désormais les priorités de protection des installations vitales du pays.

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