Le sidérurgiste français Vallourec a signé, le 9 septembre 2026, un nouvel accord avec le géant pétrolier saoudien Aramco portant sur la fourniture de tubes OCTG (Oil Country Tubular Goods), utilisés pour le forage et l’exploitation des puits de pétrole et de gaz. La signature s’est déroulée à Paris, en marge du forum d’affaires franco-saoudien, dans le prolongement des échanges économiques intensifiés entre les deux pays ces derniers mois. Elle confirme la place que conserve un savoir-faire industriel français au cœur d’une filière énergétique mondiale largement dominée par les acteurs américains et asiatiques.
Un partenariat vieux de plus de six décennies
L’accord annoncé ne part pas de rien. Vallourec et Aramco entretiennent des relations commerciales depuis 1962, une longévité rare dans l’industrie pétrolière. Le groupe français avait créé Vallourec Saudi Arabia (VSA) en 2011, puis inauguré en 2014 un site de traitement thermique et de filetage à Dammam, sur la côte est du royaume, où sont façonnées les connexions premium VAM, technologie brevetée qui assure l’étanchéité des tubes dans des conditions de forage extrêmes. En 2023, Aramco avait distingué cette implantation locale lors de ses Local Manufacturers Quality Excellence Awards.
Le nouvel accord vient consolider un contrat-cadre de dix ans signé en 2022, qui engageait déjà Vallourec comme fournisseur privilégié d’Aramco. Selon le communiqué du groupe, l’objectif est désormais de soutenir la montée en puissance de l’exploitation saoudienne des ressources non conventionnelles (gaz de schiste notamment), un segment technique où les tubes premium et les connexions filetées de haute précision jouent un rôle déterminant. « Cet accord constitue un témoignage de la relation solide que Vallourec entretient avec Aramco depuis 1962 », a déclaré Philippe Guillemot, PDG du groupe, insistant sur la « présence industrielle locale forte » construite au fil des décennies.
Une base industrielle qui reste française
Si la production destinée au marché saoudien est en grande partie réalisée sur place, la conception, la recherche et développement ainsi qu’une partie du savoir-faire technologique restent ancrés en France. Le siège du groupe se trouve à Meudon, dans les Hauts-de-Seine, tandis que le site d’Aulnoye-Aymeries, dans le Nord, concentre une usine de forge, un centre de R&D et la production de tubes premium OCTG. C’est là que Vallourec développe notamment sa ligne Cleanwell, une technologie de connexion sans graisse dopante, ainsi que des solutions pour tubes ombilicaux offshore. Le groupe dispose également d’un centre de services à Famars et d’une implantation à Roissy-en-France pour sa filiale de soudage Serimax.
Cette architecture, recherche et ingénierie en France, production répartie au plus près des marchés stratégiques, illustre une stratégie assumée par Vallourec depuis plusieurs années : préserver en France la maîtrise des technologies à forte valeur ajoutée tout en implantant des capacités locales dans les pays clients, condition posée par des donneurs d’ordre comme Aramco pour sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement.
Un groupe redressé qui mise sur le Moyen-Orient
L’accord intervient alors que Vallourec traverse une phase de consolidation financière après des années de restructuration. Au premier trimestre 2026, le groupe a affiché un chiffre d’affaires de 975 millions de dollars, en repli de 7 % sur un an, la baisse des volumes vendus étant partiellement compensée par une hausse de 8 % des prix moyens. Sa dette nette est redevenue positive à hauteur de 67 millions de dollars, avec une liquidité totale de 1,9 milliard de dollars, signe d’un bilan assaini qui permet au groupe de continuer à verser des dividendes à ses actionnaires tout en réinvestissant. Le Moyen-Orient pèse déjà 28 % du chiffre d’affaires tubes du groupe, juste derrière l’Amérique du Nord, ce qui en fait un marché prioritaire.
L’action Vallourec a toutefois réagi avec prudence à l’annonce, cédant environ 3 % en séance, dans un contexte où le titre reste sensible aux variations du prix du pétrole et aux arbitrages d’investissement des majors du Golfe. Le groupe a par ailleurs multiplié cette année les contrats internationaux, au Brésil, en Angola et au Guyana, confirmant une stratégie d’exposition mondiale au secteur pétrolier et gazier plutôt qu’un repli sur le seul marché français.
Une pièce du puzzle franco-saoudien
Cette signature s’inscrit dans un mouvement plus large de rapprochement économique entre Paris et Riyad, marqué ces dernières semaines par la visite d’État du prince héritier Mohammed ben Salmane et par plusieurs annonces d’investissements saoudiens en France. Elle illustre un axe moins commenté que les grands contrats d’infrastructures ou les investissements financiers : celui des équipementiers industriels français qui, par leur expertise technique de niche, s’assurent une place durable dans les chaînes d’approvisionnement énergétiques du Golfe, loin des projecteurs mais avec un effet structurant sur l’emploi et la recherche en France.
