Sabotage d’un pylône en Haute-Savoie : la sécurité du réseau électrique redevient un enjeu

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Un pylône à haute tension sectionné dans la nuit, deux sites industriels privés d’électricité pendant 48 heures, et une revendication anonyme qui cite au passage une installation de défense voisine. L’attaque commise début septembre contre le réseau de transport d’électricité en Haute-Savoie relance, à quelques semaines d’intervalle d’un précédent comparable dans le Cher, la question de la protection des infrastructures énergétiques critiques françaises.

Un pylône sectionné, deux usines à l’arrêt

Dans la nuit du 6 au 7 septembre, un pylône de la ligne à haute tension de 63 000 volts reliant Thonon les Bains à Allinges Publier, sur la commune de Marin, a été délibérément saboté : trois de ses quatre pieds ont été sciés. Les dégâts ont été découverts le lundi matin. Le gestionnaire du réseau de transport, RTE, a rétabli rapidement l’alimentation des clients résidentiels raccordés au réseau de distribution Enedis, mais deux sites industriels alimentés directement par cette ligne sont restés privés de courant jusqu’au mardi soir.

L’usine d’embouteillage des eaux d’Évian, filiale de Danone, a dû suspendre sa production. Les Papeteries du Léman, qui emploient 250 salariés, n’ont redémarré que le mercredi en fin de matinée, après quarante huit heures d’arrêt total. Selon les estimations rapportées par la presse régionale, les pertes pour la seule papeterie avoisineraient les 500 000 euros. Au total, environ 1 500 emplois auraient été affectés, directement ou indirectement, par la coupure.

La direction des Papeteries du Léman a déposé plainte auprès de la gendarmerie de Thonon les Bains. Le parquet n’avait, à la date des dernières informations disponibles, pas communiqué sur l’ouverture ou non d’une information judiciaire.

Une revendication qui vise aussi une installation de défense

L’acte a été revendiqué de façon anonyme sur un site affilié à la mouvance libertaire, Indymedia. Le texte cible explicitement l’usine Évian et la papeterie, accusées de contribuer à l’aggravation du stress hydrique dans le Chablais, une région où les tensions autour de l’usage de l’eau sont anciennes. Le communiqué mentionne également un site voisin exploité par Thales, sans que l’on sache si l’entreprise de défense a été concrètement visée par l’opération ou seulement citée à titre de dénonciation.

Selon des informations rapportées le 11 septembre, les enquêteurs orientent désormais leurs recherches vers la mouvance ultragauche. Dans une analyse publiée le même jour, le chercheur Olivier Vial, directeur du Centre européen de recherche sur les radicalités (CERU), décrit une stratégie dite des « mille entailles » : une multiplication d’actions ponctuelles et coordonnées visant à user, par petites touches répétées, la résilience de l’appareil industriel et énergétique français, plutôt qu’une action spectaculaire unique.

Un deuxième signal en 2026 après le Cher

L’épisode de Haute-Savoie n’est pas isolé. Dans la nuit du 6 au 7 avril déjà, plusieurs incendies avaient endommagé des installations électriques à La Chapelle Saint Ursin, Bourges et Saint Florent sur Cher, provoquant des dégâts chiffrés en plusieurs millions d’euros. Ces communes accueillent des sites de la base industrielle et technologique de défense, notamment des unités de KNDS Ammo France, CTA International et MBDA France. Les installations visées alimentaient directement ces usines d’armement. Une inscription « Actions contre la guerre » avait été retrouvée sur place. La préfecture avait alors qualifié les faits de « coordonnés et d’une particulière gravité », sans employer le terme de sabotage, et les avait transmis à la justice.

Deux sabotages distincts en cinq mois, l’un touchant directement l’alimentation de sites de la filière munitions, l’autre touchant l’agroalimentaire, le papier et, en toile de fond, un site de défense : le motif diffère selon les cibles, mais la méthode se ressemble, tout comme la vulnérabilité exploitée, celle d’un réseau de transport d’électricité étendu sur tout le territoire et matériellement difficile à surveiller en continu.

L’angle mort de la réindustrialisation

Cette série d’incidents intervient alors que la France affiche, avec la troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie et le plan d’électrification annoncé début septembre, l’ambition de faire de l’accélération de l’électrification des usages un pilier de sa stratégie de souveraineté énergétique et industrielle. Elle intervient aussi alors que la base industrielle et technologique de défense monte en cadence sous l’effet du réarmement, avec des sites de production sensibles à l’alimentation électrique continue.

Cette double dynamique crée, mécaniquement, davantage de points de vulnérabilité potentiels sur un réseau électrique dont la robustesse physique repose largement sur la dissuasion et la surveillance, plus que sur un blindage systématique de chaque pylône. Pour les industriels concernés, agroalimentaire, papeterie ou défense, la question n’est plus seulement celle de la fiabilité de l’approvisionnement électrique face aux aléas climatiques ou à la tension sur les prix de l’énergie, déjà documentée cette année, mais bien celle d’une exposition délibérée et croissante à des actes de malveillance ciblés. De quoi nourrir, dans les prochaines semaines, un débat sur les moyens consacrés par RTE, l’État et les industriels eux mêmes à la protection physique des infrastructures énergétiques jugées critiques.

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