Reçu à Paris du 9 au 11 septembre par Emmanuel Macron, le président vietnamien Tô Lâm a signé avec la France une série d’accords touchant la défense, l’espace, les minerais critiques et le nucléaire civil. Deuxième visite du dirigeant vietnamien en France en deux ans, ce déplacement confirme la volonté d’Emmanuel Macron de bâtir, avec l’Asie du Sud-Est, un réseau de partenariats bilatéraux présenté comme une alternative aux blocs sino-américain et occidental.
Un partenariat rehaussé au rang de « global »
La visite s’inscrit dans la continuité de la déclaration conjointe d’octobre 2024, qui avait élevé la relation bilatérale au rang de « partenariat stratégique global », le plus haut niveau diplomatique reconnu par Hanoï. Les deux chefs d’État ont adopté à cette occasion une nouvelle déclaration conjointe insistant sur les notions de « souveraineté, autonomie et confiance stratégique », registre que la diplomatie française mobilise désormais systématiquement dans ses partenariats asiatiques, comme elle l’a fait la semaine précédente avec le président sud-coréen Lee Jae myung.
Le texte prévoit la poursuite de la mise en œuvre intégrale de l’accord de libre-échange Vietnam-Union européenne et la ratification, annoncée avant la fin de l’année, de l’accord de protection des investissements entre les deux blocs. Hanoï en attend un rééquilibrage de ses échanges commerciaux, aujourd’hui structurellement excédentaires en sa faveur.
Défense : des intentions plus que des contrats fermes
Sur le plan militaire, les ministres Catherine Vautrin et le général Phan Van Giang ont signé un accord de coopération sur les opérations de maintien de la paix des Nations unies, ainsi qu’une déclaration conjointe sur la sécurité civile. Une lettre d’intention porte sur l’achat de trois hélicoptères NH90 auprès d’Airbus Helicopters, contrat qui reste à concrétiser. Les deux pays ont également acté l’intensification des escales de la Marine nationale dans les ports vietnamiens et la participation française au troisième Salon international de la défense du Vietnam, prévu en décembre à Hanoï. La déclaration conjointe évoque enfin une priorité donnée à la coopération industrielle et technologique pour aider le Vietnam à construire sa propre autonomie en matière d’armement, un objectif de long terme plus qu’une annonce immédiatement chiffrée.
Minerais critiques, espace et nucléaire : le cœur souverainiste de l’accord
L’élément le plus significatif pour la ligne éditoriale de la souveraineté économique reste l’accord de coopération signé sur les minerais critiques et les terres rares, un sujet sur lequel le Vietnam dispose de réserves importantes et où l’Union européenne cherche activement à diversifier ses sources d’approvisionnement hors de Chine. Cet accord s’accompagne d’un projet d’investissement français dans la gestion intégrée des ressources hydriques de la province de Diên Biên.
Dans le domaine spatial, la France s’est engagée à soutenir financièrement la fourniture et le lancement d’un satellite d’observation de la Terre pour le Vietnam, dans la continuité du programme VNREDSat déjà opéré avec l’appui d’Airbus Defence and Space. Les deux pays ont aussi confirmé la poursuite de leur coopération sur l’évaluation des opportunités du nucléaire civil pour la production d’électricité, incluant la recherche technologique et la sûreté nucléaire, un dossier suivi de longue date par le CEA et EDF au Vietnam.
Aéronautique, rail et finance : le volet industriel classique
Comme lors des précédentes visites d’État croisées, l’aéronautique occupe une place importante : un protocole entre Airbus et Vietnam Airlines porte sur l’acquisition d’appareils A350-900, complété par une lettre d’intention portant sur 20 A220 et 30 A321neo. Thales a par ailleurs signé un contrat avec VietJet Air pour la réparation de systèmes avioniques. Dans le ferroviaire, un mémorandum entre le ministère vietnamien de la Construction et l’entreprise française Systra vise la rénovation de la ligne Hanoï-Haiphong, tandis qu’un protocole distinct porte sur la création d’un institut ferroviaire commun. Paris Europlace a en outre annoncé son soutien au projet de centre financier international de Da Nang, une place que Hanoï cherche à développer pour attirer des capitaux étrangers.
Une « troisième voie » aux limites reconnues
Cette accumulation d’accords bilatéraux s’inscrit dans une stratégie plus large qu’Emmanuel Macron a également déployée avec la Corée du Sud début septembre : construire ce que plusieurs commentateurs ont qualifié de « coalition des indépendants », des partenariats destinés à réduire la dépendance de la France et de ses partenaires asiatiques vis-à-vis de Washington et de Pékin. Céline Pajon, chercheuse au Centre Asie de l’Ifri, relativise toutefois la portée de cette approche : l’autonomie stratégique promue par Paris reste, selon elle, cantonnée aux dimensions économique et énergétique, sans réel volet de défense mutualisé, et ne débouche sur aucun accord trilatéral ou mise en réseau effective entre partenaires asiatiques. Elle souligne aussi que des pays comme la Corée du Sud ou le Japon restent fortement dépendants de la protection militaire américaine, et que cette ligne diplomatique ne fait pas consensus au sein même de l’Union européenne, la France ne pouvant l’assumer seule à l’échelle du continent.
Pour les entreprises françaises concernées, notamment dans l’aéronautique, le ferroviaire, l’énergie et désormais les minerais critiques, ces accords ouvrent néanmoins des perspectives commerciales concrètes sur un marché vietnamien en forte croissance, tout en testant la capacité de la France à construire des relais d’influence économique en Asie du Sud-Est indépendamment des rapports de force sino-américains.
