La Fédération des promoteurs immobiliers (FPI) a présenté, le 9 septembre, les chiffres de son Observatoire pour le deuxième trimestre 2026. Le constat, résumé par son président Pascal Boulanger lors d’une conférence de rentrée qu’il a lui-même qualifiée de « vraiment triste », dépasse largement les mauvaises nouvelles habituelles du secteur : « Nous pensions avoir touché le fond, mais nous sommes encore plus bas. » Selon lui, il s’agit tout simplement du pire trimestre jamais enregistré dans l’histoire de la fédération.
Un effondrement chiffré
Les données parlent d’elles-mêmes. Au deuxième trimestre 2026, 19 356 logements neufs ont été réservés en France, contre 25 333 un an plus tôt, soit un recul de 23,6 %, à comparer à une moyenne 2020-2026 de 28 829 réservations trimestrielles. Sur l’ensemble du premier semestre, le marché passe pour la première fois sous la barre des 40 000 réservations, en repli de 18,3 % sur un an.
Le détail par segment confirme l’ampleur de la crise. Les ventes en bloc, c’est-à-dire les logements achetés en une seule fois par des bailleurs sociaux ou institutionnels, chutent de 40,8 % à 5 162 unités et ne représentent plus que 27 % des ventes totales, contre 34 % un an auparavant : les bailleurs sociaux, confrontés à un tarissement de leurs fonds propres, réduisent leurs acquisitions de logement intermédiaire pour concentrer leurs moyens sur le logement social pur. Les ventes au détail reculent de leur côté de 11,3 %, tirées par un effondrement de 17,9 % chez les propriétaires occupants, partiellement compensé par une hausse de 13,4 % des achats d’investisseurs particuliers, seul point que Pascal Boulanger dit regarder avec un optimisme prudent.
Les mises en vente suivent la même pente, avec 18 740 logements proposés au deuxième trimestre (-17,9 %) et 32 483 sur le semestre (-12,9 %). Conséquence directe : le délai d’écoulement des stocks atteint 21,4 mois au niveau national, très loin des 10 à 12 mois jugés sains par la profession, avec des situations locales extrêmes comme Grenoble, où il faudrait environ 50 mois pour écouler les programmes existants au rythme actuel des ventes. Les prix, eux, résistent : le mètre carré neuf se maintient légèrement au-dessus de 5 000 euros, preuve que l’ajustement se fait avant tout par les volumes et non par les prix.
Un secteur qui perd ses emplois
Au-delà des statistiques trimestrielles, c’est la trajectoire de fond qui inquiète la fédération. Le secteur de la promotion immobilière serait ainsi passé d’environ 33 000 à 24 000 emplois en l’espace de deux ans, selon les chiffres avancés par la FPI, soit près d’un quart des effectifs. Un stock de logements invendus représentant environ 1,8 milliard d’euros resterait par ailleurs immobilisé en trésorerie chez les promoteurs, aggravant leur fragilité financière à un moment où le coût de la dette reste élevé, dans un contexte où l’OAT française à 10 ans évolue au-dessus de 4 %.
Pascal Boulanger pointe un faisceau de causes conjoncturelles et structurelles : les élections municipales de mars, la dégradation du contexte international avec les tensions autour de l’Iran, un PIB français quasiment à l’arrêt (-0,2 % au premier trimestre, stagnation au deuxième), une inflation remontée à 2,4 % en août, des taux de crédit immobilier moyens autour de 3,16 %, et une réticence croissante des élus locaux à autoriser de nouveaux programmes, notamment de logement locatif intermédiaire. Il évoque aussi le poids des incertitudes politiques nationales, entre budget 2027 et perspective de l’élection présidentielle.
Un enjeu de souveraineté économique et territoriale
Ce recul n’est pas qu’une affaire de statistiques sectorielles. La promotion immobilière irrigue un tissu dense de PME du bâtiment, de bureaux d’études et d’artisans, et pèse directement sur la fiscalité locale et sur la capacité de la France à loger sa population dans les zones tendues. Un secteur exsangue, contraint de céder des stocks ou du foncier à prix cassés, ouvre la porte à une recomposition du capital au profit d’acteurs financiers plus opportunistes, français ou étrangers, moins engagés dans une logique de long terme sur les territoires.
La FPI a mis sur la table plusieurs demandes pour le budget 2027 : élargissement et rehaussement des plafonds du dispositif d’investissement locatif Jeanbrun, qui ne génère aujourd’hui que 100 à 200 réservations mensuelles contre un objectif initial de 4 000 ; assouplissement des règles prudentielles du Haut Conseil de stabilité financière (HCSF) qui limitent l’accès au crédit ; incitations fiscales via la TVA pour les « maires bâtisseurs » qui acceptent de nouveaux programmes. Le projet de loi « Relance et décentralisation du logement », actuellement débattu, sera scruté de près par la profession, tout comme les premières prises de position des candidats à la présidentielle sur ce dossier que Pascal Boulanger résume sans détour : « Il y a péril en la demeure. Les Français et l’économie française ne peuvent pas attendre. »
