L’armée de l’Air et de l’Espace a donné le coup d’envoi, le 8 septembre, à la septième édition de la mission Pégase, un déploiement aérien de grande ampleur qui doit conduire, jusqu’à la mi-octobre, des Rafale français de l’Arctique au Proche-Orient en passant par l’Indo-Pacifique. Au-delà de la démonstration de force, l’opération sert de vitrine à l’industrie française de défense, à un moment où Paris cherche à consolider sa base de clients export face à une concurrence internationale de plus en plus vive.
Un dispositif inédit par son ampleur
Décollée de la base aérienne 125 d’Istres, la mission mobilise environ 300 aviateurs et neuf appareils : quatre Rafale F4, trois ravitailleurs A330 MRTT Phénix et deux avions de transport A400M Atlas. Sur près de 40 jours, le dispositif doit parcourir plus de 40 000 kilomètres, traverser quatre océans et effectuer neuf escales dans des environnements aussi variés que le Grand Nord, les tropiques ou le désert.
L’itinéraire se déploie en trois grandes zones stratégiques. La première, arctique, passe par le Groenland et l’Alaska, dans une logique de coopération avec les États-Unis et de validation de nouvelles routes aériennes vers l’Amérique du Nord. La deuxième traverse l’Indo-Pacifique, avec des étapes au Japon, en Corée du Sud, en Indonésie, en Inde puis à La Réunion, deuxième zone économique exclusive française au monde. La troisième conduit la formation au Proche et Moyen-Orient, avec des escales au Qatar et en Égypte.
Le commandant de la mission, le général Julien Sabéné, a présenté l’opération comme une manière d’assurer une présence militaire crédible sur un arc stratégique étendu. Selon le ministère des Armées, Pégase 26 doit permettre de renforcer la préparation opérationnelle de l’armée de l’Air et de l’Espace et de confirmer sa capacité à projeter rapidement une force aérienne crédible sur des théâtres éloignés, tout en développant l’interopérabilité avec des partenaires géographiquement distants comme le Japon ou la Corée du Sud.
Deux exercices majeurs en toile de fond
Le déploiement s’articule autour de deux exercices bilatéraux et multilatéraux de premier plan. En Inde, les Rafale français participeront à l’exercice aérien international Tarang Shakti, aux côtés de plusieurs forces aériennes partenaires de New Delhi. En Égypte, la mission rejoindra l’exercice bilatéral Amun, qui associe régulièrement les deux armées de l’air depuis plusieurs années.
Ces deux étapes ne sont pas anodines sur le plan économique. L’Inde a confirmé cette année l’acquisition de 114 Rafale supplémentaires pour la marine indienne, dans un contrat évalué à environ 34 milliards d’euros et assorti d’un important volet d’assemblage local via le groupe Tata, garantissant à Dassault Aviation une visibilité industrielle jusqu’au début des années 2040. L’Égypte, de son côté, est déjà cliente de l’appareil français et continue de faire l’objet d’un dialogue commercial actif. Faire évoluer les Rafale de Pégase 26 sur ces terrains, aux côtés des forces locales, constitue une démonstration grandeur nature des capacités de l’avion, à un moment où Dassault Aviation cherche à consolider son carnet de commandes à l’export face à la concurrence américaine et à l’offre chinoise émergente.
Autonomie stratégique et souveraineté ultramarine
Au-delà du volet industriel, Pégase 26 s’inscrit dans une logique plus large d’autonomie stratégique revendiquée par Paris. Le ministère des Armées met en avant la capacité de la France à projeter seule, sans dépendre d’un tiers, une force aérienne cohérente et complète, associant chasse, ravitaillement en vol et transport stratégique, sur des théâtres situés à plusieurs dizaines de milliers de kilomètres du territoire métropolitain. Dans un contexte international marqué par une contestation croissante du droit international et par des tensions régionales persistantes, cette capacité de projection autonome est présentée par l’état-major comme un élément clé de crédibilité diplomatique et militaire.
L’escale à La Réunion illustre un autre enjeu, plus discret mais tout aussi stratégique : celui de la présence française dans l’océan Indien. Avec la deuxième zone économique exclusive mondiale, la France y dispose d’intérêts économiques et sécuritaires considérables, que la mission Pégase contribue à réaffirmer face à une zone Indo-Pacifique de plus en plus disputée entre grandes puissances.
Sur le plan intérieur, l’opération repose également sur le pilotage à distance depuis la base aérienne de Lyon-Mont-Verdun, où le centre de commandement et de conduite des opérations aériennes (CAPCODA) suit l’ensemble du dispositif. Cette architecture illustre la montée en puissance des capacités de commandement centralisé de l’armée de l’Air et de l’Espace, un investissement structurel qui dépasse le seul cadre de la mission Pégase.
Alors que la précédente édition remonte à quelques années, ce septième Pégase confirme la volonté de l’état-major de pérenniser cet exercice de projection à grande échelle comme un rendez-vous régulier de la politique de défense française, combinant entraînement opérationnel, diplomatie militaire et promotion de l’industrie nationale.
