Jeudi 15 octobre, le Conseil de l’Union européenne a gelé les avoirs de trois personnes et de neuf entités accusées d’aider la Russie à contourner les sanctions sur le pétrole et les transactions financières. Explications.
Le Conseil de l’Union européenne a adopté, jeudi 15 octobre, de nouvelles mesures restrictives contre trois personnes et neuf entités impliquées dans l’importation de biens sanctionnés vers la Russie et dans le contournement des sanctions européennes sur le pétrole et les transactions financières, selon un communiqué publié à 17 h 50.
Le texte, qui s’appuie sur le régime de sanctions lié aux actions menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine, a été formalisé par la décision (PESC) 2026/2332 et le règlement d’exécution (UE) 2026/2333, tous deux datés du 15 octobre.
Movers Group, DT Inier, United Stream : le maillon logistique et financier
Les trois personnes physiques visées sont Dmitry Chudovsky, directeur général de Movers Group LLC, Ivanna Savchuk, actionnaire majoritaire de LLC DT Inier, et Svetlana Gumenyuk, fondatrice et directrice de United Stream LLC. Les trois sociétés sont elles aussi inscrites sur la liste.
Elles couvrent chacune un étage différent de la chaîne : Movers Group LLC est présentée comme une entreprise russe de transport de marchandises, LLC DT Inier comme un courtier en douane russe, et United Stream LLC comme un prestataire russe de services financiers.
À leurs côtés figurent six autres entités : Begler Tekstil Insaat Elektronik ve Dis Ticaret Ltd et Medse Group LLC, sociétés commerciales établies en Türkiye, ainsi que DIS Logistics DMCC, Vigor Marine Services LLP, Shiva Shipping Ltd et Hurus Trade FZE. Selon le communiqué, ces quatre dernières sont établies aux Émirats arabes unis, en Inde et aux Seychelles. Le Conseil ne précise pas, dans le texte, le pays de chacune.
Gel des avoirs et interdiction de voyager dans l’UE
Les mesures sont de deux ordres. Les avoirs des personnes et entités listées sont gelés, et il leur est interdit de recevoir, directement ou indirectement, des fonds ou des ressources économiques de la part d’acteurs européens. Les trois personnes physiques font en outre l’objet d’une interdiction de voyager dans l’Union.
Par ailleurs, le communiqué rappelle le cadre politique : dans ses conclusions des 18 et 19 juin 2026, le Conseil européen a réaffirmé son soutien à l’indépendance, à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de l’Ukraine.
Kaja Kallas : « aiding and abetting » et un trillion d’euros de manque à gagner pour Moscou
La haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères, Kaja Kallas, est citée dans le communiqué : « Circumventing EU sanctions is akin to aiding and abetting Russia’s illegal war of aggression » (traduit de l’anglais : contourner les sanctions de l’UE équivaut à aider et à encourager la guerre d’agression illégale de la Russie). Elle estime que les sanctions ont déjà privé Moscou de plus de mille milliards d’euros et qu’elles peuvent gagner en efficacité si elles sont pleinement appliquées.
Cette liste intervient trois jours après la plus vaste vague d’inscriptions jamais adoptée par l’Union. Le lundi 12 octobre, les Vingt-Sept ont ajouté plus de 1 600 personnes et entités accusées de soutenir l’effort de guerre russe, dont plus de la moitié liées à la production de missiles balistiques, rapporte Euronews. Le même jour, les ministres des Affaires étrangères réunis à Luxembourg ont dit vouloir maintenir leurs sanctions malgré l’accord sur le diesel conclu entre Donald Trump et Vladimir Poutine : selon Euronews, Washington accorde à Moscou une large dérogation sur le diesel russe jusqu’en avril 2027, en échange de livraisons de 300 000 tonnes immédiatement, puis de 500 000 tonnes supplémentaires en novembre.
Le pétrole russe, nerf de la guerre selon Kallas
C’est précisément sur ce terrain que se place la cheffe de la diplomatie européenne. Dans un entretien publié le 15 octobre par Euronews, Kaja Kallas qualifie l’accord sur le diesel de « cadeau évident » à Moscou et affirme que « la majeure partie du financement de cette guerre vient du pétrole ». Elle y juge aussi que la trêve énergétique « ne fonctionne pas vraiment du côté russe ».
L’inscription de transporteurs, de courtiers en douane et de sociétés de services financiers vise donc les intermédiaires par lesquels transitent ces flux. Le communiqué ne chiffre ni les volumes concernés ni les montants gelés.
Le Conseil n’annonce pas de prochaine étape dans ce communiqué.
